CTE II, SCÈNE VIII
Et qui dans un séjour, où d'ailleurs tout abonde, Porte un air de détresse et de gène profonde. On s'y croirait jeté dans un pays perdu , Où l'on ne connaît rien de tout ce qu'on a vu. Quoi! pouvez-vous ainsi de toute bienséance, Voir violer chez vous les lois et la décence? Me direz-vous pourquoi, d'une illustre maison, Le toit s'est vu changer en un mince donjon? Pourquoi, dans votre cour, ces laquais sans livrée, Montrant de vos habits leur bassesse honorée; A leur tête un Pasquin au rang de vos amis , D'un bouffon, pour vous plaire, empruntant les lazis, Qui chez vous de plaisant improvisant le rôle , Nous rend tous les fripons formés à son école ? Est-ce tout ce qu'ici l'on pourrait bien siffler? Ma foi, non....
DORIMONT
Oh ! monsieur, qui pour nous quereller, Ici, de vos grands airs, déployant l'élégance, Faites à nos dépens briller votre éloquence : Je vous soutiendrai, moi! qu'on y vit comme ailleurs, Et qu'on peut sur ce ton conjurer les railleurs. On y fait ce qu'on veut : sans règle ni mesure On y dort , mange , boit autant que le jour dure 5 Hors le soir, qu'un repas mieux conditionné , A l'heure du soupe nous rassemble à dîné. Et des dînes, je crois, la nouvelle méthode, Vaut certes vos soupes à l'ancienne mode ;
Enfin Ton fait ici sans bruit, sans envieux,
Ce qu'ailleurs, croyez-moi, Ton ne ferait pas mieux.
Et si pour quelque tort j'attends de l'indulgence,
C'est envers la beauté ma longue négligence.
Eliante , sans doute , a droit de s'offenser,
Que si tard de la voir on se puisse empresser.
Si long-temps loin de nous qu'est-ce donc qui l'arrête?
Madame de RAINVILLE.
Sans doute, pour vous plaire, elle est à sa toilette.
DORIMONT
Pourquoi donc? en faut-il pour parer la beauté? La nature ! il suffit, et la simplicité !
Madame de RAINVILLE.
Mais enfin , la voici !