‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 223 sur 517 · ACTE II, SCÈNE IX. 3(j · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX. 3(j

Quel teint ! quel coloris ! quelle fraîcheur voilà ! Oh ! c'est un vrai trésor que vous nie gardiez là!

(A Eliante.) Mademoiselle, il faut, avec quelqu'indulgence, Excuser la lenteur de mon impatience.

Madame de RAINVILLE,

C'est monsieur qui veut bien être votre mari. Je crois, sur cet hymen, votre esprit affermi.

ÉLIANTE

J'obéirai, madame.

Madame de RAINVILLE

Et j'en serai charmée!

(A Dorimont.) Vous voyez , tout s'arrange. Elle est sage, formée,

Mademoiselle parle avec beaucoup d'esprit ; Et met surtout un sens à tout ce qu'elle dit!

ÉLIANTE

Moi! madame, est-ce un trait qu'il faut que je m'applique?

Madame de RAINVILLE.

(A Dorimont.) {A d'Haute fard.)

Vous en pourrez juger. Faites qo'elle s'explique.

D'HAUTEFARD.

Mademoiselle a pu s'éloigner de Paris Et quitter le séjour des plaisirs et des ris :

4o l'original,

Paris , où des salons le tumulte et l'ivresse

De cent succès nouveaux flattaient votre jeunesse;

Où le charme, entraînant des curiosités,

Succède au mouvement de vos sociétés,

Bals, spéciales, concerts; où des modes nouvelles

Le prisme chaque jour varie autour des belles;

Où le sexe , embelli de ce charme flatteur,

De cent objets charmans en est plus enchanteur.

Insensible aux attraits d'un monde trop aimable,

Vous y laissez sans doute un vide irréparable.

ÉLIANTE

A ces plaisirs, monsieur, je prends peu d'intérêt. Qui croirait me séduire à leur charme indiscret Par ces frivolités ne peut me satisfaire, Et m'en parler n'est pas le moyen de me plaire.

DORIMONT, à cTHautefard.

Qui diable de langage aussi tenez-vous là ? N'est-on donc, je vous prie, heureux qu'à l'Opéra; Et sans tout cet encens dont votre esprit l'enivre, Loin du beau monde enfin ne saurait-on plus vivre?

[A E Liante.) Mademoiselle, allez, j'estime la candeur Dont la sincérité m'explique votre cœur, Et quand je le pourrai je veux la satisfaire En époux pour cela digne qu'on le préfère; Oui, loin du monde ici je veux vous séquestrer, Et de tous faux plaisirs à loisir vous sevrer.

Page 1