‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 23 sur 517 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MÉDÉE, yEGÉE, THÉSÉE.

MÉDÉE

Me direz-vous , seigneur , où tendait l'imprudence De l'étrange conseil qui me force au silence ? Le roi privé du sceptre, et muet devant vous, Un ministre outragé, ce peuple à vos genoux :

a8 THESEE.

Voilà par quels éclats voire haine secrète Signale dans ces lieux sa présence indiscrète ; Aux plus hardis complots vous allez recourir, Sans voir par quels ressorts vous en pourrez sortir ; Vous exposez le trône, et sa chute imminente Est un nouvel attrait dont l'obstacle vous tente. Que le soin de sa gloire ait pu vous embraser... Mais à braver Minos vous faut-il exposer?

THÉSÉE

Et faut-il donc, madame , avec lui vous entendre ?

Est-ce à ses vœux sanglans Fhom mage qu'il fa ut rendre?

Etrange aveuglement que je ne conçois pas!

Et des devoirs des rois digne et rare embarras !

Quoi ! lorsqu'à tout ce peuple énervé, sans courage,

Je viens rendre les droits que ce despote outrage-,

Quand de sa liberté l'ouvrage est mon espoir ,

C'est vous de l'affranchir qui bravez le devoir?

On livre à l'ennemi , tyran de cet empire ,

Un peuple malheureux contre qui tout conspire 5

Que dis-je ? à l'ennemi qui ne l'exige pas ,

Et qu'eût glacé la crainte ou l'aspect du trépas.

Ah ! c'est assez de sang, d'horreurs et de supplices !

Laissez-m'en arrêter les cruelles prémices ;

Et voyez dans quel rang, pour mieux s'en prendre à vous,

Un aveugle destin s'en va porter ses coups.

D'assez près alliée aux malheurs d'Hellénie,

Plus près dans votre cœur frappe la tyrannie.

Que mon roi , moins pressé de s'en faire un appui,

Me laisse de plus près mesurer l'ennemi ;

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