‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 230 sur 517 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

DORliMONT.

A combien de revers le mariage expose ,

Que ne voit pas celui qui se peint tout en rose ;

Et qu'un e'poux commode a souvent acheté

Le précieux honneur des nœuds de la beauté!

Eliante est vraiment une femme admirable ;

Spirituelle , sage , et belle autant qu'aimable !

Mais en formant ces nœuds ne m'exposé-je pas

Aux dangers trop connus qui suivent tant d'appas,

Et ne forcé-je pas ma passion jalouse

A choisir pour autrui la femme que j'épouse ?

Ma foi, spirituelle , et belle si Ton veut ,

Je ne saurais former un si dangereux nœud !

Accordons cependant, avec ma résistance,

Le violent amour dont je sens la puissance :

Et pour reprendre haleine en cet étrange état ,

Voyons ce que m'écrit ici mon avocat.

(// décachette une lettre ? et lit.) a Vous ne sauriez avoir une meilleure affaire, » De vos deux cents louis j'aurai la somme entière :

5o l'original ,

)> Mais votre débiteur ne pouvant s'accorde*

» Sur ce droit bien acquis il vous faudra plaider. »

Plaider! oh ! la ressource est des plus misérables :

À cet homme endurci, ce juif à tous les diables,

Qui pre'tend m'exposer à cet outrage-ià ;

Plutôt que de plaider, voici qui répondra !

( // s'approche d'une table, et écrit ) « Puisqu'on ne peut de vous obtenir de justice, » Et qu'il vous faut poursuivre en plaideur obstine , » Sur vos refus déjà je me tiens condamne' ; » Et vous pouvez garder, j'en fais le sacrifice, » Ce qu'un droit contesté ne vous eût pas donné. »

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