SCENE PREMIERE
DORliMONT.
A combien de revers le mariage expose ,
Que ne voit pas celui qui se peint tout en rose ;
Et qu'un e'poux commode a souvent acheté
Le précieux honneur des nœuds de la beauté!
Eliante est vraiment une femme admirable ;
Spirituelle , sage , et belle autant qu'aimable !
Mais en formant ces nœuds ne m'exposé-je pas
Aux dangers trop connus qui suivent tant d'appas,
Et ne forcé-je pas ma passion jalouse
A choisir pour autrui la femme que j'épouse ?
Ma foi, spirituelle , et belle si Ton veut ,
Je ne saurais former un si dangereux nœud !
Accordons cependant, avec ma résistance,
Le violent amour dont je sens la puissance :
Et pour reprendre haleine en cet étrange état ,
Voyons ce que m'écrit ici mon avocat.
(// décachette une lettre ? et lit.) a Vous ne sauriez avoir une meilleure affaire, » De vos deux cents louis j'aurai la somme entière :
5o l'original ,
)> Mais votre débiteur ne pouvant s'accorde*
» Sur ce droit bien acquis il vous faudra plaider. »
Plaider! oh ! la ressource est des plus misérables :
À cet homme endurci, ce juif à tous les diables,
Qui pre'tend m'exposer à cet outrage-ià ;
Plutôt que de plaider, voici qui répondra !
( // s'approche d'une table, et écrit ) « Puisqu'on ne peut de vous obtenir de justice, » Et qu'il vous faut poursuivre en plaideur obstine , » Sur vos refus déjà je me tiens condamne' ; » Et vous pouvez garder, j'en fais le sacrifice, » Ce qu'un droit contesté ne vous eût pas donné. »