SCENE X
CLÏTON, Madame de RAINVILLE, D'HAUTEFARD.
Madame de RAINVILLE.
Me direz-vous ici ce que vous venez faire? Quelle est cette conduite indiscrète et légère, Quand vous avez d^abord refusé de venir?
CLITON
C'est de quoi je venais vous parler à loisir.
Je conviendrai d'abord franchement d'une offense 5
De mes torts à passer ici votre défense.
Je la brave , il est vrai; mais jugez entre nous :
Puis-je moins mériter d'aigrir votre courroux ?
Vous venez à l'hymen asservir Eliante ;
Vous avez vu former notre union naissante T
Et croître avec nos ans un si tendre intérêt.
Je n'ai pu me souffrir aux lieux qu'elle habitait :
Ces lieux, je le vois trop , arrosés de mes larmes ,
De sa seule présence empruntaient tous leurs charmes.
J'accours, je viens rempli des feux dont j'ai brûlé,
Me rejoindre à L'objet dont je suis isolé ;
Je viens la voir, l'aimer et m'accuser, me plaindre
De l'amour violent que je ne puis éteindre.
Madame de RAINVILLEv Et c'est ce dont encor vous venez me parler?
CLITON
Vous en parler? Non point; pourquoi dissimuler? Mais pour rompre un hymen où je ne puis m'entendre.
Madame de RAINVILLE.
Mon fils, expliquez-vous : je ne puis vous comprendre. Eliante vous plaît; mais belle, j'en conviens, Avec beaucoup d'attraits n'a point autant de biens. Voulez-vous, entre vous rapprochant l'intervalle, Former, en l'épousant, une chaîne inégale ;