‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 248 sur 517 · ACTE III, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE X

Et contracter des nœuds si loin de convenir A Fhonorable rang que vous devez tenir? Celle que votre choix destine au rang d'épouse , D'augmenter cet honneur doit se montrer jalouse. Eliante n'a rien..,.

CLITON

Je l'adore ! il suffit.

Que me font ces trésors dont l'orgueilleux jouit ? Un trésor bien plus vrai remplace tous les vôtres , C'est l'amour qu'elle inspire, et je n'en veux point d'autres.

Madame ds RAINVILLE.

Combien vous m'étonnez avec cette chaleur! Vous faites-vous un jeu de cet excçs d'erreur? Déjà depuis long-temps indocile et sauvage, Votre bizarrerie augmente avec votre âge; Et vous gênez ainsi, dans vos altiers dégoûts, Les desseins complaisans de mon amour pour vous. Par ce triste plaisir, si vous cherchez à plaire, Ce n'est que pour vous mettre au-dessus du vulgaire : Vous singulariser est tout ce qu'il vous faut. Faut-il à tant de frais vous chercher un défaut? Ne sortirez-vous point du tort que je vous trouve De n'approuver jamais ce que le monde approuve? Et ne sentez-vous point les charmes plus puissans Des succès renfermés dans l'ordre et le bon sens? Laissez à Dorimont le tort inexprimable De ses travers outres dans un esprit aimable.

S'il ne semble qu'à peine en gêner les transports, Vainement son esprit y ferait des efforts: Il est original s'il aime à le paraître ; Et c'est vraiment ainsi qu'il nous convient de l'être. Mais vous qui n'avez rien des travers malheureux D'un enfant dépravé dans un vieillard quinteux; Jeune, affable, pourvu des grâces de votre âge, Pourquoi de la nature empoisonner l'ouvrage? Par des défauts acquis gâter ce qu'elle a fait, Vous rendre singulier pour être m oins parfait Et du monde trompant l'espérance fragile , D'un de ses ornemens faire un membre inutile?

D'HAUTEFARD.

Oui, du siècle, aujourd'hui, voilà l'égarement!

Et de nos jeunes gens le fol entêtement.

Je ne sais des esprits quel dédaigneux mérite

Se fait de tout braver une loi favorite.

Se distinguer, marquer à bon ou mauvais droit

Par les écarts brillans d'un caractère à soi;

Et de là s'éiever au-dessus du vulgaire ,

De qui n'en connaît point c'est la règle ordinaire.

Savans et, dès vingt ans, penseurs déjà profonds,

À trente on voit d'ennuis expirer nos Gâtons

Sous le précoce éclat de leur fausse sagesse,

Et le plaisir pour eux a perdu sa jeunesse.

Je l'avoue, autrement j'ai passé mon printemps,

Et nos aïeux, je crois, disposaient mieux du temps;

Et voilà la sagesse exempte de folie !

Voilà sur quel exemple il faut régler sa vie.

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