ACTE II , SCENE IL 3i
BASSET
Oh que non! on veut que j'aie de l'esprit, des talents, cela n'aurait pas un contradicteur dans toute la ville; il est cependant vrai que je n'ai rien de tout cela, mais rien, absolument rien.
DESCHAMPS
Oui!
BASSET
Mais m'entendez-vous bien, quand vous dites oui ? Savez-vous bien que je ne sais rien?
DESCHAMPS
Oh!
BASSET
Eh bien! je passe pour savant. J'ai de l'esprit seulement ce qu'il en faut pour se conduire : on me croit un phénix. Il y a toujours quelques petites fautes d'orthographe dans mes lettres : on dit que je les laisse pour me donner un air distingué.
DESCHAMPS, riant.
Ah! ah! ah!
Je vous fais rire. Vous me trouvez maladroit d'avouer mes défauts ; c'est cependant le seul moyen que j'aie trouvé pour empêcher qu'on ne les remarquât, outre la réputation qu'ils m'ont value. Je les dis à tout le monde , personne ne veut y croire. Je sais bien que vous n'y croyez pas vous-même. Non, Monsieur, vous n'y croyez pas.
3a LES PREVENTIONS.
DESCHAMPS
Écoutez donc, puisque vous nie le dites, il faut bien que je le croie.
BASSET
Ah! ne vous gênez pas. Croyez -moi tous les défauts que vous voudrez ; plus vous m'en croirez, et moins... Allez, je sais bien ce que je gagne à les avouer.
DESCHAMPS
Je veux croire vos défauts très - productifs , mais l'honneur s'oppose un peu au profit que vous en retirez. Lorsque les ridicules rendent plus que les qualités, on doit se faire un scrupule de les avouer; c'est un tort que la franchise , et ne vous faites- vous point de conscience de surprendre une estime qui n'est due qu'au mérite? Vous êtes honnête homme?
BASSET
On n'ose se flatter de rien; mais pour une mauvaise action...
DESCHAMPS
Vous balancez!
Je ne la ferais pas. (
DESCHAMPS
Eh bien! vous exposez cependant au danger de votre concurrence un homme de mérite , que vous savez avoir cent fois plus de droits que vous à ce que vous demandez.