ACTE III, SCENE I
Qu'à ce trône où tes vœux daignaient me présenter, Pour régner avec toi je puisse enfin monter
THÉSÉE
Ah! qu'exige de moi votre pitié barbare? Au péril qui me suit , moi, que je me déclare, Quand du secret encor tout me fait une loi ! Quand de Taurus ici le rigoureux emploi Redouble autour de nous les pièges qu'on nous dresse, Et n'offre que la mort pour prix de ma tendresse !
ARIANE
Non, je n'en veux pas tant que tu crains d'en ouïr,
Et je n'ai pas le droit peut-être d'en jouir.
Seule , et de tant d'orgueil reine dépossédée ,
Du trône et des grandeurs j'ose écarter l'idée.
Au plus obscur autel de ce ciel rigoureux,
Le plus humble serment , c'est tout ce que je veux -,
Et pour sceller l'aveu qui m'engage ta vie,
Un vil sang de rebut.... et la mort d'Hellénie.
THÉSÉE
Formez, pour m'en parler, des souhaits plus humains. Je n'immolerai pas à vos prétextes vains, Non plus qu'aux démêlés de ma triste famille, Le dernier rejeton qu'elle adopte pour fille : Sa naissance la met trop au-dessus de vous ; Cherchez une autre place où m'adresser vos coups.
ARIANE
Haine , vengeance , amour, me sont de faibles armes» Tu crains de m'écouter, tu rougis de mes larmes;
4o THESEE.
C'est ton dernier avis ?
THÉSÉE
Le dernier.
ARIANE
Vois mes pleurs 5 Tu peux t'en repentir.
THÉSÉE
Adieu, madame.
Je crains d'autres rigueurs.
ARIANE
Adieu! va, ta perte est jurée; Si ta retraite est sue, elle est mal assurée.