ACTE III, SCÈNE I
Je perds et ma patrie, et mon trône, et mes dieux,
Et de mes soins pour toi tu doutes en ces lieux.
A cette honte amère étais-je destinée?
Et n'y viensrie en effet que voir ton hyménée
Avec l'esclave indigne arrachée à la mort,
Et qu'à tes vœux encor disputera le sort?
THESEE.
Quel que soit en ces lieux le destin qui m'amène, Du sort qui m'y suivra mettez-vous moins en peine; Et quant aux traitemens que vous me reprochez, Aux caprices du sort les avais-je arrachés ? En portant dans vos murs la discorde et la guerre , De votre île ébranlée en ravageant la terre, Qu'ai-je fait , après tout, dans vos murs divisés, Que renvoyer les traits contre nous épuisés? Athène à tous les maux ouvrant ses champs fertiles, Dans la contagion la douleur de nos villes 5 Vengeant d'un de vos rois les mânes soulevés -, Et jusque dans nos bras nos enfans enlevés, Ceux même de nos rois , pour vos monstres sauvages , Des torrens de leur sang inondant vos rivages ; Tant de morts , de débris , dans nos champs entassés , De nos torts envers vous nous excusent assez. De vos ressentimens exhalez la furie, Etouffez la raison, le remords qui vous crie; Pour moi, de la patrie embrassant le danger, Je ne vois que l'état, mon honneur à venger -, Hellénie à mes pieds qui me demande grâce Pour le sang innocent, le pur sang de ma race»
38 THÉSÉE
ARIANE
Vante-moi bient cruel, ta triste dureté,
Et fais gloire à mes yeux de tant de fermeté»
Il s'agit bien ici des dangers d'Hellénie
Ni des soins prodigués aux maux de ta patrie.
Qui prend à tes secours plus d'intérêt que moi?
Et pour leur résister viens-je me joindre à toi?
Après l'indignité de tant de sacrifices
Dont ton ingratitude a payé les services ,
Il ne s'agit enfin que de trancher des droits
Qu'il faut de ta justice obtenir une fois.
Eh bien! puisque sur moi vous avez tant d'empire, Que ne m'expliquez-vous ce que vous voulez dire ? Que faut-il ?
ARIANE
Tu me veux contraindre à l'avouer :
C'est une épreuve encor dont tu peux me louer. Vous ne m'entendez plus , je le vois -, mais , Thésée , L'amour n'est pas éteint dans mon âme embrasée ; D'un transport aussi vif je sens les mêmes feux ; Je puis à vos froideurs interpréter ses vœux : Pour iout le prix enfin de mes larmes jalouses, C'est que je sois aimée.... ingrat ! que tu m'épouses. Quand je n'ai plus ici de père ni d'aïeux Pour témoins des sermens dont j'atteste les dieux, Que Taurus , de ma foi consacrant les tendresses , Reçoive ici pour moi l'offre de tes promesses -,