‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 365 sur 517 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Sans talent pour créer, pleins d'ardeur pour détruire ,

Admirez de leur voix le barbare délire,

Ce langage bizarre et par eux en crédit ,

Au néant du savoir égalant leur esprit.

Dans le nouveau jargon dont ce siècle se pique,

C'est ce qu'ils ont nommé, je crois, un romantique.

Eh bien, je le serai, je veux l'être; à la fin

Voyons de tant d'erreurs le singulier destin.

Il est juste qu'aussi l'injustice et le crime

Portent de leurs excès l'excuse légitime,

Et dans l'homme, jouet de leur ressentiment,

Trouvent de tant d'erreurs le juste châtiment.

Désormais sans pitié, sans frein, sans bienfaisance,

D'exemples trop réels imitant la licence,

Je m'institue au sein de la société

De ses débordements le soutien redouté ;

Déguisant en vertus mon sauvage égoïsme ,

Meurtrier par devoir, brigand par héroïsme;

On m'y force : eh bien donc ! la vengeance est ma loi ,

Le talion, la dure équité, mon emploi.

d'osmond.

Quel fruit de tant de soins donnés à sa jeunesse ! Je l'avais bien prédit, quel poids pour ma vieillesse! Mon fils , du déshonneur braver le sentiment ! Où Pavez-vous- donc pris cet endurcissement? Il n'est pas dans votre ame.

OCTAVE

Eh bien ! je vous l'atteste, Constamment malheureux, c'est un dégoût funeste, Le plus profond ennui des autres et de moi,

Et vous-même en secret m'approuverez, je croi. Témoin du mal secret d'un triste et long outrage, Où vient avec le temps échouer son courage, Le pouvez-vous blâmer l'homme au-dessus du sort Qui se fait de sa honte un généreux effort, Fût-ce chargé du poids d'un terrible anathême Le fils que votre amour eût condamné lui-même ?

d'osmond.

Mon fils?

OCTAVE

Ah ! pardonnez , ce mot m'est échappé ; Dans le commun malheur de moi seul occupé, C'est le cri de détresse... et mon remords l'expie.

d'osmond.

Eh bien! soit votre faute ou plus ou moins punie, Apprenez-le, monsieur, pour être infortuné, L'homme au crime, au remords n'est jamais condamné. Témoin des maux cruels qui tourmentent la vie, Et dont en ses revers son ame est poursuivie, Des travers des mortels il ne s'excuse pas Pour se soustraire au bien dont il sent les appas. On a vu de tout temps des cœurs ingrats, parjures, L'honnêteté souffrir de mortelles injures, Et jamais ces revers si doux pour la vertu N'ont embelli le vice en son cœur combattu. Vous déplorez du goût les honteuses maximes, Et des cœurs dégradés les ténébreux abîmes : Des charlatans du jour vous faites trop de cas; Leurs écrit6 sont mauvais; eh! ne les lisez pas. Grâce aux traits imprimés des mains de la nature,

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