SCÈNE I
OCTAVE
Quel prix d'un noble effort à Combattre assidu! Ramper servile esclave, ou tyran corrompu! Sous le voile trompeur qui cache leur bassesse, M'endormir avec eux, heureux de ma faiblesse; Mais plonger avec eux, avec un cœur d'airain, Au cœur qui s'ouvre à vous un poignard assassin ! Moi, leur victime aussi, devenir leur complice! Athlète armé contre eux pour entrer dans la lice, Lorsque d'un bras superbe et d'un pied dédaigneux Je m'apprête à fouler ce fantôme odieux! Voilà tout : balayer un nuisible adversaire Comme le grain du chaume est séparé dans l'aire. Quel est donc le malheur qui poursuit mon destin, Qu'il me faille aux hasards d'un péril incertain, Dans l'austère devoir d'une triste vengeance, Immoler de mon cœur la noble indépendance? Dans un plus digne essor quel péril m'eût coûté! Dans ce champ glorieux rien ne m'eût arrêté. Je serais roi peut-être un jour; le diadème Fût pour l'aiglon naissant tombé du rang suprême.
5o LE ROMANTIQUE.
Sur mon front révélés ses rayons immortels De la terre à mes pieds effacent les mortels, Et des dieux jusqu'à moi rapprochent l'intervalle. Quel noir cyprès m'ombrage et quel roseau m'égale! Mais dans son germe en fleur mon bonheur s'est caché, Et pour moi d'un seul jour l'univers desséché.