‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 377 sur 517 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

OCTAVE

Tu connais donc toi-même un autre maître aussi, Bien plus puissant que toi. Pourtant quelle conduite Nous a fait voir l'effet de ce rare mérite? Lâche ami! quels affronts accumulés sur moi M'ont déjà fait pleurer mon amitié pour toi. Quoi î reçu, protégé, chéri dans la famille, Ton amour pour épouse en obtenait la fille, Et du don de sa main que tu viens d'implorer Ton amitié s'apprête à la déshonorer.

Moi?

OCTAVE

Tu veux la quitter.

VALCOUR

Comment?

OCTAVE

L'excuse est vaine.

J'ai de ta perfidie une preuve certaine. Tu veux quitter ma sœur, ingrat ! et dans tes bras Son frère d'un affront ne la défendait pas ! Et quelle est cependant sa ressource dernière, Ainsi déshonorée et sa famille entière, Lorsqu'un nœud clandestin, gage de votre hymen, Imprime à ton refus la tache du dédain? Tu veux l'abandonner après l'avoir flétrie. Mais c'est peu de l'honneur, de son sang, de sa vie, 11 lui restait un frère, et dans tes bras nourri Ce frère fut vingt ans ton compagnon chéri. Sans soupçon du forfait que sa faiblesse implore,

Ingrat! à ta tendresse il s'abandonne encore. Tiens, perce-lui le cœur! tu finis mes regrets, Et d'un sein désolé je te devrai la paix. Mais j'emporte l'horreur d'une mort plus cruelle, Ma sœur à toi livrée, ah! que deviendra-t-elle? S'il te reste sur moi quelque chose à braver, C'est sa honte d'abord que ma main doit laver; Son hymen est promis, il faut qu'il s'accomplisse, Et d'elle ou de la mort que ta crainte choisisse.

valcour.

Penses-tu que je veuille encor l'abandonner?

octave.

Oh ! d'un aveu plus grand je pourrais t'étonner. Tout est épouvantable au fond de cet abîme, Et je n'ai dévoilé que la moitié du crime. Mais il ne tient qu'à moi de te faire rougir De l'infaillible aveu que je dois obtenir.

valcour.

J'attends de ce secret ce que je dois connaître.

OCTAVE

Ma bouche se refuse à l'horreur qu'il fait naître. Ou prends ma vie ou meurs. Mais j'ai pitié de toi: Va, nous nous reverrons; et chassant tout effroi, Ajoute: dans tel lieiu qu'il te plaira d'admettre, Crois-tu qu'il fût un homme assez bas, assez traître, Pour qu'au vil intérêt dont il fut animé Il pût trabir un cœur dont il serait aimé.

VALCOUR

Dans telle occasion ou plus ou moins pressante, Pour joindre à sa fortune un million de rente*,

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