‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 380 sur 517 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Tout entier me réclame et loin de vous m'appelle. On m'y force, il est vrai, mais je serai vengé, Et châtiment jamais ne fut mieux ménagé. Il pourra m'en coûter, il peut m'étre funeste; N'importe !

MADAME d'oSMOND.

Ah! vous voulez mourir, tout me l'atteste; Votre père par moi va donc être averti.

OCTAVE

Mon père! de ce nom vous n'avez pas frémi?

MADAME d'ûSMOND.

L'arrêt est, je le vois, sans doute irrévocable. J'ai mis à mon bonheur la borne insurmontable. Nulle félicité ne mûrit sous le ciel.

Vous l'avez éprouvé ?

MADAME D'OSMOND

C'est un destin réel.

Tout ne naît ici-bas que pour mourir bien vite; Nous n'aimons quelqu'objet que pour le perdre ensuite.

OCTAVE

Quelqu'objet de vos pleurs vous serait rappelé? En est-il digne au moins?

MADAME D'OSMOND

Il vous eût ressemblé...

Si vous l'aviez connu tel qu'encore il respire!

OCTAVE

Je l'aurais envié.

MADAME D'OSMOND

Chéri, voulez-vous dire!

Vous l'auriez tant aimé! je le revois encor De la vie à mes pieds épuiser le trésor, Présent à mes soupirs me prodiguer son ame; A ma bouche attaché son cœur était de flamme, Et les fleurs pour se joindre à nos ravissements, Heureuses renaissaient des pleurs de deux amants.

OCTAVE

Il n'est plus?

MADAME d'oSMOND.

Embarqué sur la mer orageuse , Il partit. De l'amour la flamme malheureuse L'y suivit. Sur les monts, sur les rochers errant, Pour garantir ses pas d'un ciel étincelant, L'amour de frais gazons couvrait les monts arides, Les vents battaient sa tête, et des marais humides La soif pressait ses pas ; sous l'orage et les vents , L'amour dans la tempête endormait ses tourments. Et les mers, et les monts, et les lointaines cimes Aujourd'hui sous nos pas entr'ouvrent des abîmes; Mais loin de sa prison l'âme habite un séjour Où le ciel unira ceux qu'unissait l'amour. Octave, d'un chagrin le songe vous oppresse.

OCTAVE

L'amour a de l'amour ranimé la tendresse.

MADAME D'OSMOND

(A part.)

Vous en aimez une autre?... O ciel! ah, qu'ai-je dit?

OCTAVE

Elle m'avait cru mort; c'est pour moi qu'elle vit. M'immolant le repos que j'ai cherché loin d'elle.

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