SCÈNE I
MADAME D'OSMOND
Le malheureux! partout son image me suit;
Je nourris ma douleur du charme qui me fuit ;
Coupable ou non, ma gloire est de porter ses chaînes.
Le voir était ma joie, et mes larmes sont siennes.
Ah ! par des nœuds plus forts sur ce cœur abattu
J'aurais dû, je le sens, soutenir sa vertu.
C'est pour moi qu'il s'éloigne, et, par un vœu contraire,
C'est moi qu'il va chercher sur la rive étrangère.
Mais plus long-temps ici pouvais-je l'arrêter?
Ma fortune est affreuse ; y faut-il résister?
Épouse, amante, unie aux volontés d'un père,
Ma honte est de brûler d'un amour adultère.
J'aime! et qui? de douleur j'en frémis... un brigand!
Oui, je le vis terrible, épouvantable, ardent,
Et dans un antre affreux, dans ses bras enchaînée,
L'amour sous le poignard forma notre hyménée !
Étrange changement! que va-t-il devenir
Plein du feu violent qu'il ne peut contenir?
De quels complots suit-il la funeste aventure?
Il part ! et dans mon cœur jette un funeste augure.