‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 461 sur 517 · ALADIN, ISMEN · texte numérisé non relu

ALADIN, ISMEN

ALADIN

Uci, du mont Emaiïs aux plaines de Séïr, Des ondes du Jourdain aux richesses d'Ophir, Les chrétiens ont repris Bethel et Samarie Et du fils de leur Dieu reconquis la patrie. Jérusalem, déjà pliant de toutes paris, Voit du haut de ses tours l'enceinte de leurs dards, Et d'un siège trop long accusant la durée Gémit d'une vengeance à regret différée. Pourtant, dans le sommeil d'un indigne repos, Clorinde, jusqu'ici l'exemple des héros, Des tentes des chrétiens aujourd'hui prisonnière, Nous prive de l'appui d'une illustre guerrière; Tandis que nous pleurons le secours de son hras, Tancrède, ce héros passé dans nos étals, Tancrède, des Toscans nous annonçant le règne, Présente à ses attraits des feux qu'elle dédaigne,

k OLINDE ET SOPliROlN'lE.

Irrité d'un amour qu'elle vient d'outrager , Ce héros contre nous brûle de se venger, Et le plus menaçant d'un camp qui le protège, Chaque jour de nos murs précipite le siège. Au palais introduit, il vient me demander Le nouvel entretien qu'il lui faut accorder : Quel sera toutefois le terme de nos larmes? Qu'attendre de la trêve et du destin des armes ?

ISMEN

Voyez-le, puisqu'enfin c'est le devoir d'un roi, Et qu'il remporte au camp la surprise et l'effroi: Mais frappé des terreurs de la nouvelle audace Dont il faut à toute heure étouffer la menace ; Sachez par quels secrets de mon art suggéré, Le danger qui vous suit peut être conjuré. Renfermé dans la nuit de mon saint ministère, C'est à l'art des devins d'en percer le mystère : L'oracle, à mon oreille, entendu cette nuit Dans la ville en répand le favorable bruit. Vous connaissez l'image et la sainte statue, Qu'au cuite des chrétiens ce peuple prostitue, Qui, d'une vierge aux yeux consacrant les attraits, De la mère du Christ a conservé les traits. Sous la voûte d'un temple ouvert à son hommage. Tout ce peuple dans l'ombre en révère l'image. A cet emblème vain, le ciel tient attaché D'un brillant avenir le sort encor caché; Il faut qu'à ses autels elle soit enlevée Pour être à Mahomet dans son temple élevée.

JKVPE I, SCÈNE I. 5

Ainsi de ces chrétiens, confondant la hauteur, Vous punirez l'orgueil de leur culte imposteur. Déjà trop répandus dans celte cité sainte, Leur secte méprisable en désole l'enceinte. Empressez-vous contre eux d'employer la rigueur Que suspend de vos lois l'imprudente langueur.

ALADIN

Eh bien donc, j'y consens, promenez ma colère Sur ce peuple frappé de cet arrêt sévère. Que les chrétiens entre eux redoutent l'attentat D'un accord criminel funeste à cet état: Dès long-temps ma justice en a proscrit la race. Faut-il de ma douleur vous rappeler la trace ? Depuis que les cruels, en ces lieux triomphans, Ravirent à mes mains mes malheureux enfans. Dans ces lieux altérés de meurtres et de crimes Je me vis arracher ces deux tendres victimes ! Quand ces peuples vainqueurs conduits par Godefroi Au tombeau de leur Dieu vinrent porter l'effroi , Et du fond de l'Europe, à leur voix amassée, A travers les débris d'Ephèse et de Nicée , Massacraient ses enfans au nom d'un Dieu de paix. Hélas ! et les cruels annonçaient ses bienfaits, Et versaient en son nom le sang de l'innocence, Aux autels de ce Dieu de paix et de clémence! Depuis, par la victoire en ce palais rentré, Et chassant le vainqueur de carnage altéré, Je vins pour y pleurer les fils que je regrette ; Mais de mes ennemis méditant la défaite,

6 OLI.NDE ET SOPHRGNIE.

Ainsi que ma douleur présente à mes esprits, Et qu'appellent vingt ans de larmes et de cris. Sur ce peuple coupable, étendant ma vengeance. Excluons dans ces murs des lois de l'indulgence Ceux que des nœuds de paix y tiennent arrêtés, Et portons la victoire au* camp des révoltés. Mais, un des chefs puîssans de leur injuste cause, Tancrède vient à nous, sachons ce qu'il propose.

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