SCÈNE IL ALADIN, TANCRÈDE
TANCRÈDE
Souverain du prophète et des sacrés divans,
Je viens rendre Clorinde au camp des Musulmans.
Reprends sans différer cette beauté si fière
Dont j'achèterais trop l'obéissance altière ;
Tout le camp comme moi lui fait grâce en ton nom ,
Et veut même en tes mains la rendre sans rançon.
ALADIN
Tu n'as donc qu'à demi triomphé de ses charmes ? On dit que tu fais bien de lui rendre les armes, Et que de ses attraits autrefois plus épris Ton amour jusqu'ici n'obtint que ses mépris.
TANCRÈDE
Soudan, de ses refus soutiens-tu la querelle, Pour braver sous son nom lout un peuple rebelle?
ÀCTEI, SCÈNE 11. 1
Crois que de cet affront je dois être vengé ,
Et déjà son renvoi m'a trop dédommagé !
Du moins de tes guerriers les trompeuses souplesses
Ne viendront plus du camp surprendre les faiblesses.
Et d'un cœur qui nous hait nous cachant la moitié
Nous prodiguer l'outrage en portant l'amitié.
Je ne viens point ici me plaindre d'une injure.
Que Clorinde, à son gré , soit si tu veux parjure ;
Je ne veux désormais employer ses attraits
Qu'à différer la guerre et nous donner la paix.
Soudan, de nos deux camps la fatigue ordinaire
Nous a fait du repos un besoin nécessaire.
De la trêve aux chrétiens l'espoir est-il permis ?
Je viens la demander.
ALADIN
La trêve , aux ennemis ?
Jusqu'au dernier d'entre eux je leur promets la guerre.
TANCRÈDE
De combien d'ennemis couvres-tu donc la terre Avant que de leur sang tu puisses te lasser? Une demande encor que je dois l'adresser î De nos chrétiens ici les foules délaissées, Avec vos musulmans sans réserve entassées, Surchargeraient les soins de vos peuples jaloux, Et sans noas soulager sont un fardeau pour vous. Que de ces malheureux le bizarre mélange Du retour de Clorinde en effet soit l'échange ; Du chemin de l'erreur je viens les retirer, El sous la main de Dieu leur troupeau doit rentrer,
ALADIN
De tes desseins ici leur présence est un gage. Ne crois pas que jamais j'accorde à ton hommage Des jours si criminels, si précieux pour moi, Et peut-être un dépôt plus grand que tu ne croi l Adieu ; quitte envers moi du soin de ta conquête > Loin de Jérusalem va presser ta retraite.