‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 464 sur 517 · ACTE ï, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCÈNE III

Vous peindrai-je l'horreur de ce cœur malheureux Au mépris dont pour elle , elle a payé mes feux? Le trouble, à son nom seul, naissant dans notre armée? Nos héros divisés pour cette belle aimée , Et leurs vœux dédaignés, tout ce mépris ingrat N'aboutissant enfin qu'au plus terrible éclat; L'amour dont pour Olinde elle a conçu la flamme?

NARSÈS

De ce coupable amour il eût nourri son âme, Olinde, lui! mon fils? pardonnez à mes maux, Ces larmes que je donne aux regrets d'un héros. Mais vous, Tancrède, ô ciel! avez-vous pu vous-même D'un misérable amour mériter l'anathême?

Dans votre aveuglement offrir à la beauté Un encens de Dieu seul digne d'être écouté ? De votre aveugle erreur que je plains la faiblesse!

TANCRÈDE

Je la plains d'autant moins que plus elle m'abaisse , Ma honte en l'évitant ne fait que l'irriter; Mais libre enfin d'un feu que je ne puis dompter, Vous, des chrétiens ici l'apôtre et le modèle, Au fond du saint des saints leur ministre fidèle, Qui veillez jour et nuit sur ce dépôt sacré Que de tant de combats nos bras ont honoré, Et que viennent du ciel conquérir les phalanges En célébrant de Dieu la gloire et les louanges ; Apprenez-moi le sort de nos frères captifs Ici dans le saint lieu gémissans et plaintifs.

Aladin poursuit-il sur leur troupe tremblante De ses fils enlevés l'injure encor sanglante? Vous savez que c'est moi qui remis dans vos mains De ces fils au berceau les malheureux destins, Quand de Jérusalem renversant la défense Au palais du Soudan j'enlevai leur enfance. Jamais depuis ce temps ses yeux n'ont dû revoir Ces objets trop présens d'un triste désespoir. Après le triste jour qui perdit sa famille, Dans Clorinde long-temps j'ai cru revoir sa fille. Ce bras qui parmi nous jette encor la terreur ; L'amazone en nos camps promenant sa fureur, Dans le sang ottoman a-t-elle pris naissance? Est-ce elle à qui mes mains ont ravi sa puissance?

narsès .

Dans un sang non moins grand , non moins digne en eftV t , Non, Clorinde du jour a puisé le bienfait; De sa garde chargé depuis que je respire De ce secret sur moi j'ai su garder l'empire ; Mais je reçus de vous, je vous en fais l'aveu, Les princes détrônés dans cette ville en feu. Aux regards du Soudan je cachai leur enfance , À leurs yeux avec soin dérobant leur naissance, De peur que ce secret en éclatant au jour N'exposât leur salut pour les rendre à la cour. Depuis de nos chrétiens partageant les misères , A nos voix dans le temple unissant leurs prières , Ils baissent avec nous un front chargé d'ennui Aux autels de ce Dieu qui les appelle à lui ;

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