ACTE I, SCÈNE III
De leur père ignorés aussi bien qu'ils l'ignorent,
lis n'entendent jamais ses honneurs qu'ils abhorrent,
Sans maudire avec lui tout l'enfer couronné
Et louer le Dieu juste avec nous détrôné.
Ainsi des sainîs décrets l'implacable colère
Des fils dès leur naissance a séparé le père ,
Et s'oppose à jamais à la réunion
De ceux qu'a poursuivis sa malédiction.
TANCRÈDE
3 'approuve, ainsi que vous, ces rigueurs légitimes Qui du fond de l'abîme ont sauvé^deuxvictimes : Qu'un secret éternel les cache à tous les yeux Et par ce saint exemple osez servir les cieux. Mais , parmi ces élus qu'au Seigneur on destine, Vous ne me parlez pas d'une chaste héroïne , Celle dont sous les yeux de la divinité J'ai vu les sages dons croître avec la beauté , Sophronie, en un mot.
NARSÈS
0 Ciel ! le puis-je croire :
Des enfans du Seigneur vous gardez la mémoire , Et vos exploits guerriers prompts à l'entretenir N'ont pu du culte saint chasser le souvenir. Sophronie, au milieu du culte de ses frères Ranime leur espoir, console leurs misères, Dans le saint tabernacle, entre son peuple et Dieu, Soulève le rideau qui couvre le sainf lieu.
Des bienfaits du Seigneur est aux uns le message, Des vertus de son peuple est à l'autre le gage ; Réveille dans les cœurs qu'elle voit chanceler La foi de vos exploits trop prompte à s'ébranler, Et de votre retour y portant l'espérance De ses vœux les plus chers hâte leur délivrance.
TANCRÈDE
De ses naissans attraits je fus jadis frappé. Tant de vertu m'étonne et ne m'a pas trompé. Mais parlez moi d'Olinde : instruit à vous complaire, De ses exploits guerriers informe-t-il son père? De ses égaremens vous connaissez l'excès.
NARSES
Je les vois effacés, Seigneur, par ses succès : Dans le camp des chrétiens conduil par sa vaillance Il y porta l'espoir de notre délivrance. Vous voyez Sophronie.