ACTE III, SCÈNE II
Et de (a délivrance a ranimé l'espoir.
Dans ces lieux ramené, rappelé par les charmes,
J'y revenais tarir la source de tes larmes;
Je te retrouve enfin , et grâce à tes malheurs,
Plus digne de la main qui vient sécher tes pleurs.
Sophronie, il est temps que ton cœur se rassure,
Je viens punir l'erreur, et venger ton injure.
Ecoute, et connais moi.
SOPHRONIE
Qu'oses-tu m'annoncer?
Olinde, en quels momens?... il y faut renoncer. Quand je viens à mon Dieu m'offrir en sacrifice, Est-ce à toi d'arrêter, d'empêcher mon supplice ? Quels droits auprès des siens ne sont pas superflus ? Quels titres sont les tiens?... je ne te connais plus.
olinde.
Cruelle, ah ! faut-il donc te rappeler encore
Ce premier sentiment dont l'ardeur me dévore,
Dont l'instinct dans mon cœur hrûle d'un feu nouveau,
Et de nos premiers ans éclaira le herceau ?
Dans le sein de Narsès croissant avec l'enfance
Cet amour de nos cœurs partagea l'innocence.
De quels transports nouveaux remplissant nos désirs
Du plaisir de te voir il a fait nos plaisirs,
Et de nos toits déserts charmant la solitude
Il me fit de t'aimer une douce habitude.
C'est cet ardent amour que rien n'a remplacé,
Que l'exil, les revers, le temps n'a pas lassé,
3ft OLINDE ET SOPHRONIE.
Et qui n'a rien trouvé de digne de ioi-même Que l'ardeur qui m'enflamme et la beauté que j'aime, Des ten(es des chrétiens dans ces murs entraîné, C'est lui dont les regrets vers toi m'ont ramené. De tous tes ennemis j'y viens punir l'audace ; Je viens prendre ta chaîne et mourir à ta place ! Nos chevaliers bientôt viendront te délivrer, Et du sang ottoman brûlent de s'enivrer.
SOPHRONIE
Oiinde, à quels transports ta dangereuse flamme Croit ici me soumettre et surprendre mon âme? Toi m'aimer? toi, cruel! me promettre la paix! Et mettre ici ma vie au prix de tes forfaits ? Songes-lu bien , hélas! quel prix tu viens prétendre De mes jours rachetés et que tu veux défendre. Mon âme! le salut de mes jours immortels! Et pour t'avoir aimé des lourmens éternels ! Non, je n'accepte pas l'offre de ton courage,, Et du prix de mes jours le funeste partage ! L'amour que tu me jure et tout le sang chrétien De mes jours conservés sont un faible soutien : Laisse en paix l'Ottoman vivre de ses offenses, Et du ciel sur l'impie appeler les vengeances, Et vois moi de ma gloire étonnant tous les yeux Du supplice où je cours m'élever jusqu'aux cieux. Ce Dieu dont tu voudrais disputer l'avantage Entre ce monde et lui ne veut point de partage. Ce Dieu que tu combats se nomme un dieu jaloux. Il ne veut point d'un cœur indécis entre nous ;