SCÈNE III. SOPHRONIE, OLINDE, ALADIN
ALADIN
C'est assez murmurer Des obstacles tout prêts à punir votre offense, Et trop long-temps sur vous différer ma vengeance. Eh bien ! démentez-vous l'effroyable attentat D'un culte criminel funeste à cet état ?
SOPHRONIE
Quand je m'en fais honneur, moi ! que je le démente ? A m'avilir pour toi, tyran! que je consente? Non, ce crime est le mien!
ALADIN
Etrange aveuglement !
Tu braves donc la mort, ton dernier châtiment? Un jeune homme, dit- on,, a confessé le crime Dont tu viens t'accuser et te rendre victime.
OLINDE
N'appelle point un crime un généreux effort ;
Et supplice l'honneur d'une si belle mort.
Je viens à tes autels d'enlever la statue;
Oui. moi-même : en mes mains le ciel la restitue.
N'en crois pas à l'excès de son aveuglement Qui du crime d'un autre attend le châtiment.
SOPHRONIE
En doute de ma foi ne l'en crois pas lui-même ! Non ; l'image enlevée aux autels qu'on blasphème , Ce crime d'un chrétien et non pas d'un soldat, Est-il donc d'un guerrier l'incroyable attentat? Tyran, crains une erreur.
OLINDE
Tyran, ce trait d'audace, L'attentat inoui qu'à tes yeux on retrace Et qu'au courage seul on craint d'associer, Est-il donc d'une vierge et non pas d'un guerrier? On te trompe, Aladin.
ALADIN
Eh quoi î tous deux coupables, Vous disputer les torts dont vous êtes capables ? Vos supplices sont prêts! et par le crime unis De la mort tous les deux vous recevrez le prix : Gardes, éloignez-les.