ACTE III , SCÈNE V. U
Je veux (e (aire eucor pardonner tous les crimes Qu'au camp des musulmans rappellent tes victimes. Est-ce tout? D'Aladin privé de ses enfaus Pèsent sur les Chrétiens les tiers ressentimens ; Je sais jusqu'où contre eux peut aller sa vengeance. Avec moi de ses trails tu peuxbraver l'offense. Va, n'en redoule rien.
OLiNDE.
Qu'aurais-je à redouter :
La mort que je prétends doit peu m'épouvanter, Et de l'oser braver l'inutile mémoire N'est rien sans le bonheur d'en assurer la gloire. Des rigueurs de mon sort je n'ai qu'à me louer. Au salut des Chrétiens je viens me dévouer, Et je m'immole aux jours d'une jeune Chrétienne Que poursuit d'Aladin la fureur inhumaine. L'amour, dès le berceau nous unissant tous deux , M'attache à son destin par le plus saint des nœuds; Et tu vois.....
CLORINDE
Quoi! l'amour a joint vos destinées, Ainsi dès le berceau Tune à l'autre enchaînées ?
OLINDE
Oh! des nœuds des mortels connais le plus puissant.
CLORINDE
Faut-il que des devoirs il soit le plus pesant.
40 OLINDE ET SOPHROlNIE.
Que l'amour dans Ion cœur soit un don de la haine, Et le prix de tes soins une mort inhumaine ? J'aurais cru d'un tel sort ton orgueil moins jaloux.
OLINDE
Moins cruel , à mes yeux , il en serait moins doux..
CLORINDE
A quel point t'a séduit l'ohjet qui t'intéresse; Je ne te croyais pas si plein de sa tendresse. Eh bien donc , je veux voir cette jeune beauté A qui, dans son malheur, tant d'amour est resté: Je veux la voir, l'entendre ; et , je te le déclare, Etre encor son appui contre un maître barbare. Peut-être qu'en effet ce soin de mon amour Pourra mieux à mes pieds te ramener un jour; Peut-être mes égards pour la beauté qui t'aime Pourront mieux te porter à me chérir moi-même. Je le souhaite au moins; en attendant, de moi Reçois ta grâce entière et le pardon du roi.
Qu'entends-je ? Quoi!
CLORINDE
Sois libre.
OLINDE
Oui ; ta pitié m'étonne.
Mais sans borne à ta foi ma fierté s'abandonne.