CLORINDE, TANCRÈDE
TANCRÈDE
Eh bien, sur nos malheurs puis-je vous attendrir? Insensible aux tourmens dont je ne puis guérir, Vous voyez mes adieux ; du camp des infidèles Porterai-je à Bouillon de moins tristes nouvelles? Porterai-je la paix? Et mes vœux satisfaits , La grâce des chrétiens vaincus par vos bienfaits ? Au moins me deviez-vous celte reconnaissance De nos chrétiens soumis à votre obéissance, De vos liens rompus, et de mes sentimens Prêts à passer pour vous la foi des Musulmans. Mais enfin, c'est assez vanter vos injustices....
CLORINDE
N'alléguez point ici mes injustes caprices.
m OUNUE ET SOPimOME.
Je les romps ; et veux bien n'en reparler jamais, Au nom de ce chrétien, l'objet de mes bienfaits, Olinde, dont ma main vient de briser la chaîne, Et rend la liberté l'échange de la mienne..
TANCRÈDE
Eh quoi î voire pitié vient de le délivrer?
CLOR1NDE.
Pouvais-je à son bonheur tarder de conspirer ! J'ai cru par ce service apaiser vos murmures; • Ou plutôt, dût ce mot réveiller vos injures, J'ai cru par ce bienfait contenter mon amour, Et l'ardeur que ses yeux m'ont rendue en ce jour. Après un si long temps qu'une trop longue absence Me semblait pour jamais priver de sa présence, Au plaisir de le voir pouvais-je résister?
TANCREDE
Ainsi , de votre amour vous osez vous vanter?
Et c'est moi , plein d'un feu que votre haine offense,
Que votre cœur choisit pour cette confidence?
Ainsi s'est confirmé ce transport dangereux
D'un bruit qui vous peignit l'un de l'autre amoureuXc
Dès lors jusques au bout instruite à me déplaire
Vous prépariez le coup dont rougit ma colère.
Que me reproche, ô ciel ! votre injuste rigueur? L'amour que pour Olinde a nourri ma douleur ;