ACTE 111, SCÈNE VI. ft
El n'est-ce pas portée à trop de complaisance Que j'ai pour lui du roi conjuré la clémence ? N'est-ce donc pas livrée à vos justes regrets Que j'ai pu rendre un fils aux larmes de Narsès? De ses jours conservés méritez l'avantage.
TANCRÈDE
Et quel prix de ses soins prétend votre courage ? Déjà dans le sommeil des Gastons, des Renauds , Dans les chaînes d'Armide infidèles héros, La sainte cause en lui perdra-t-elle un apôtre Qui loin de notre armée en va servir une autre ? Est-ce un appui qu'encore on nous veuille enlever?
CLORINDE
Jugez si pour le perdre il l'a fallu sauver !
Je ne le cache pas, oui, l'espoir téméraire,
De l'attacher à moi par un lien sincère,
Serait pour mon amour un triomphe assez grand
Pour me faire envier l'hymen qu'on me défend !
Satisfait des efforts que j'ai faits pour sa vie,
Vous, au camp des chrétiens emmenez Soplironie.
TANCRÈDE
Sophronie! Ali! grand Dieu !.. Voilà par quels bienfaits Vous croyez des chrétiens apaiser les regrets ? Olinde, si du moins j'en crois ce que l'on pense Au pur sang de Narsès ne doit pas la naissance; Mais avec Sophronie un plus heureux destin Le fait compter parmi les enfans d'Aladin
Uk OLINDE ET SOPHRONIK.
Que les chrétiens, suivant leur fureur vengeresse, Ont pour s'en délivrer nourris dans la bassesse, Et que de leur naissance ils n'ont jamais instruits Pour qu'au Dieu véritable ils ne soient pas ravis.
CLORINDE
Et vous auriez , cruels, poussé la barbarie Jusqu'à leur enlever la naissance et la vie ? Olinde par vos soins du trône descendu S'est vu privé d'un rang justement prétendu. Et vous me l'avouez? vous venez me le dire Sans redouter les nœuds où ma tendresse aspire? Sans craindre que pour lui brûlant de plus de feux Je n'aille révéler ce secret malheureux ?
TANCRÈDE
Et que vous servirait d'en révéler l'offense, Que d'augmenter encore un intervalle immense, Qu'à forcer Aladin, jaloux de cet honneur, A refuser l'hymen qui fait votre bonheur?
CLORINDE
Vous, qui me l'attestez, connaissez-vous Clorinde? Et ce que sa vaillance eût tenté pour Olinde ? Si mes exploits du moins ne m'égalent à lui , Doutez-vous qu' Aladin n'acceptât pour appui Une main fière assez pour dédaigner Tancrède, Et qui n'a pas voulu ce héros à son aide.
TANCRÈDE
Non , je n'en doute pas ; et je vois qu'en effet Votre orgueil envers moi serait trop satisfait :