ACTE IV, SCENE VII
Je ne puis éclaircir, ni je ne puis cacher L'abîme inévitable où je vous vois marcher. Et pourtant dans l'effroi dont la crainte me guide, De deux périls certains le moins grand me décide. Oui , vous êtes le fruit des amours d' Aladin , A ses vœux accordée aux rives du Jourdain ; La sœur d'Olinde.
CLORINDE
0 ciel ! que venez-vous me dire ?
De ce grand changement avez- vous pu m'instruire? Croyez-vous me fléchir? par ce nouveau détour Espérez-vous, cruel , éteindre mon amour? Et ne craignez-vous pas qu'apprenant ma naissance Je ne coure du Roi surprendre la puissance, Et me couvrir moi-même, au mépris de ma foi, De l'opprobre éternel que vous craignez pour moi ?
NARSÈS
Non , je ne saurais craindre une telle imprudence.
CLORINDE
Venez à l'heure même en voir la confidence; Vous, qui dans mon amant croyez me diffamer, Et m'osez même encor défendre de l'aimer.
NARSÈS
Venez donc, j'y consens, découvrant qui vous ête, Ainsi de votre amant vous ravir la conquête. Mais loin à ces terreurs de vous abandonner Un motif plus puissant saura vous ramener. Vouée imprudemment aux soins d'une âme ingrate, Quel fruit attendez-vous de l'amour qui vous flatte?
58 0L1NDE ET SOPllUOME.
Ah! ne voyez-vous pas dans son égarement Les soins impérieux d'un autre attachement. L'amour dont son ardeur brûle pour Sophronie , Vous laisse-t-il encor quelque droit sur sa \ie? Profitez du moment où Dieu l'appelle à lui , Et laissez-le périr pour finir votre ennui. La palme du martyre épure ses souffrances ; Laissez à Dieu le soin de prendre ses vengeances ; Et vous, vous éclairant de son flambeau divin , A la gloire du Christ ouvrez-vous un chemin. Marchez par les sentiers d'une autre destinée Au bonheur éternel pour qui vous êtes née.
CLOK1NDE.
Que dites-vous? ô ciel! moi ! trahir mes sermens?
Abandonner l'amant qui meurt si j'y consens,
L'ami, le frère enfin que votre voix m'annonce?
Mais trop tard pour vouloir qu'à mes nœuds je renonce.
Non, je ne puis quitter, au prix même du jour,
L'amant à qui mon cœur s'est donné sans retour,
Ni je ne puis vouloir, dans son zèle barbare,,
Une religion qui de lui me sépare ;
Qui va même à mon cœur l'enlever pour jamais;
Et du rang des vivans l'a proscrit sans regrets.
Qu'a-t-il donc fait enfin pour une telle injure ?
Et du sang dont il sort quelle preuve m'assure?
Avez-vous pu, cruel, porter le désespoir
Dans mon cœur enivré du plaisir de le voir :'
Votre religion demande qu'il périsse !
Elle devoir lui seul défend qu'on nous unisse !