SCÈNE I
ARIANE
JCjt voilà pour quel prix, revoyant ces rivages,
Le cruel m'arrachait à des bords moins sauvages!
Sans craindre que des mers l'abîme ose s'armer ,
Ni que de feux pour lui le ciel s'ose allumer,
Ariane , au rocher déplorant ton injure,
Vois l'ingrat pour adieux rire de son parjure.
0 crime! ô perfidie! horrible trahison !
L'amour, de l'univers m'a fait une prison.
Où fuir? où le chercher? où trouver sur les ondes
Les plaisirs arrachés âmes douleurs profondes?
Où va-t-il ? car enfin un peuple à réprimer
N'est pas le vain honneur qui le vient d'enflammer,
Et déjà de ses feux l'injuste tyrannie
Au malheur d'Ariane a su joindre Hellénie.
Comme elle pour une autre instruite à l'épargner,
Elle a vu de ses bras l'inconstant s'éloigner.
Eh bien donc ! loin d'ici quelle beauté jalouse
Au nom de son amante unit le nom d'épouse?