Reçu en
2. Reçu en 1729; il a fait des pièces polissonnes, les Deux InseuiUf Sirvpau-eul, etc.
3. Reçu en 1752. — 4. Reçu en 1753.— 5. En 1758. — 6. Reçue en 1730. 7. Reçue en 1731. — 8. Reçue en 1737. — 9. Reçue en 1743.
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— II ne s'en apercevra pas : jamais homme ne fut si satisfait de lui-même, si content de ses vers et de ses pensées. Figurez-vous qu'il ne parle jamais de Voltaire, sans y ajouter répithète de mon illustre confrère S
— Mais s'il nous voit ou nous entend rire.
— Il ne nous verra pas ; j'ai disposé la table et le siège du lecteur de telle sorte que nous serons presque tous sur les côtés ou derrière lui ; très-peu seront en face. C'est à nous de ne pas éclater. Si d'ailleurs quelqu'un ne pouvait se contenir, ces deux portes ouvertes derrière lui, ofirent une issue facile et un moyen sûr de dissimuler nos sentiments.
— Vous direz tout ce que vous voudrez ; il est cruel d'appeler ici un brava homme, et pourquoi ? pour rejeter |sa pièce.
— Rejeter sa pièce I je me charge de lui dorer la pilule si bien qu'il sera aussi content du rejet que de tout le reste. D'ailleurs, n'est-ce pas ce que nous faisons tous les jours? et qui de nous en a jamais senti le moindre remords ?
— Il est vrai, dit Grandval, q.ue les poètes dramatiques deviennent de plus en plus assommants, et que les boules noires sont notre seul moyen de les mettre à la raison. Rappelez-vous ce malheureux qui nous soumit une tragédie d'Achille et que nous renvoyâmes sans avoir entendu autre chose que son premier hémistiche.
— Gomment, son premier hémistiche? dit Brizard, peu au courant des détails du foyer.
— Oui, reprit Grandval : c'était Achillequi ouvrait la scène et qui commençait bravement ainsi :
Quand, ma piqae à la main....
Nous en eûmes assez tout de suite, et priâmes le lecteur d'en rester là*.
1 . Voyez répttre dédicatoire en tête de la tragédie imprimée.
2. Anecdoiu dramaiiqvieg^ t. I, mot Achille, Le fait paraît cependant postérieur à la date de notre histoire.
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— Soity observa Préville ; mais si nous ne devions entendre qu'un vers ou deux, ce n'eût pas été la peine de nous convoquer.
— Non, non, répondit Armand; il faut aller jusqu'au bout ; e sur ma parole vous m'en remercierez.
— Mais îl est donc bien ridicule, voire perruquier? demanda Mlle Clairon.
— Plus que je ne saurais vous le dire. Vous le jugerez du reste quand vous l'aurez vu et entendu.
— Et comment l'avez-vous connu ?
— Rien de plus simple. Vous savez combien sont bavards les gens une fois mordus de la tarentule poétique? Celui-là assourdissait ses voisins de ses vers; l'un d'eux en a parlé à un de mes amis qui m'en a fait confidence. Tai fait naître une occasion de me rapprocher de maître André; puis j'ai parlé de vers. Il n'en a pas fallu davantage pour mettre le feu aux étoupes. Mon homme m'a récité du ton le plus grotesquement pathétique, des tirades dont j'ai failli crever. Enfin, j'ai mis en avant une lecture à notre comité. Depuis ce temps il ne dort, ne boit, ni ne mange, et serait, je pense, toujours chez moi, si je n'y avais mis bon ordre en lui faisant dire que je n'y suis pas. Au reste, je serais bien surpris si ayant rendez-vous dans une demi-heure il ne faisait pas déjà le pied de grue devant le théâtre. Puisque nous sommes au complet, je vais y envoyer. Autant vaut, s'il est là, que la séance commence tout de suite. >
Armand envoya en effet un garçon s'assurer s'il n'y avait pas à la porte quelqu'un dont il donna le signalement, en recommandant de rintroduire aussitôt. On ne tarda pas à lui amener maître André, dont le maintien ne démentait pas du tout ce qu'on avait annoncé. Richement coiffé en ailes de pigeon, exactement poudré, couvert d'un habit marron à larges boutons d'acier, avec gilet chatoyant, culotte de velours, bas de soie à côtes, souliers à boucles d'argent, et l'épée au
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cdté selon la coutume du temps , il tenait à la main un petit chapeaUy dont le principal usage semblait être, non de couvrir la tète où il eût dérangé sa coiffure, mais d'accompagner et de solenniser ses révérences.
Les hommes étaient debout lorsqu'il entra ; Armand le prit par la main, et le conduisant devant les dames : « Je vous présente» leur dit-il, mattre André, perruquier, qui, comme l'illustre menuisier de Nevers, a dans sa boutique cultivé les muses avec un plein succès. Quel dommage que sa fortune ne lui ait pas permis de consacrer tout son temps aux doctes travaux d'Apollon ! Sans doute il aurait élevé le Parnasse français de deux ou trois étages ; mais il lui a fallu dépenser une partie de ses forces à vaincre seulement les difficultés dé la vie matérielle....
• — Hélas, oui, mesdames, reprit André, après s'être incliné cérémonieusement devant chacune d'elles ; on m'avait bien mis au collège; mais ayant été créé sans bien, j'ai été contraint de quitter promptement mes études pour embrasser l'état de la perruque ^
— Ah ! dit Grandval, l'état de la perruque est comme l'état de la culotte et celui de la savate ; il ne peut satisfaire un noble cœur et un beau génie ; et l'aviez-vous choisi de préférence?
— Oh I point du tout. On m'a dit que c'était celui qui me convenait le mieux : je me suis laissé faire.
— Soumission bien louable, remarqua Mlle Clairon, et digne d'un homme qui aspirait à la gloire ; mais dès ce tempslà, sentiez- vous la verve poétique s'agiter dans votre sein?
— Certainement, je m'exerçais dans ma jeunesse à faire de petites rimes satiriques et des chansons gaillardes , qui n'ont pas laissé de m'attirer quelques bons coups de bâton.
1 . Voyez pour ce mot et presque tous les suirants la préface de la tragédie.
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— Ck)mmeDt, des coups de bâton? s'écria BeUeeour: et core vous dites qu'ils étaient bons î
— J'entends qu'ils étaient bien appliqués ; aussi je renonçai à la sjatire. Mais cela ne m'empêcha pas de continuer tonjours à composer quelques petits ouvrages d'un autre genre^ et qui n'ont pas paru.
— Enfin, dit Lekain, comment en étes-vous venu à composer ulie tragédie?
— Mon Dieu ! le voici. Comme je suis assez pensif de mon naturel, il me venait souvent des idées qui me faisaient tenir le fer à friser d'une main et la plume de l'autre. M'étant trouvé plusieurs fois à accommoder des personnes de goût et d'esprit * qui me voyaient penser, elles m'ont si fort questionné qu'elles m'ont forcé à leur avouer que je songeais toujours à composer quelques vers. Leur ayant fait voir quelqu'un de mes petits ouvrages, ces personnes m'ont persuadé que j'avais des talents pour le genre poétique; c'est ce qui m'a déterminé à entreprendre une tragédie.
— Très-bien, dit Mlle Dumesnil; cependant une tragédie est un ouvrage de longue haleine, devant lequel reculent bien des poètes.
— Ah ! madame, reprit André, vous me rappelez mes chagrins. Mes occupations journalières ne me permettaient point de travailler à ma pièce, et je désespérais de la pouvoir finir. Mais ayant été interrompu sur la fin de septembre, pendant
] . André ne nomme pas ces personnes. M. Beuchot va plus loin : dans la Biographie universelle , article André ( Charles) , il nomme De La SaUe- Dampierre et Paris de Maisieux, le premier surtout, comme étant nonseulement les instigateurs, mais les vrais auteurs de la tragédie du Désastre de Lisbonne. Selon lui, André s'y serait prêté de bonne foi et aurait accepté les éloges ironiques qu'il recevait. Cette supposition ne serait pas admissible s^il n'avait pas réellement composé, ou au moins cru composer sa pièce. Ces deux hommes peuvent donc l'avoir poussé , et même beaucoup aidé : toujours faut- il qu'André se soit cru le véritable auteur, et qu'il ait regardé la collaboration de ses deux Apoltons comme autorisée par la coutume des portes.
deux nuits consécutives, par ces sortes de gens qui, parleurs odeurs, sont capables d'empestiférer tout le genre humain, j*ai tAché de dissiper leurs odorats, en m'applîquant d*un grand zèle à ma tragédie : c'est ce qui m'a permis de la mettre plus tôt sous vos yeux S
— Alors, dit en riant Mlle Dangeville, la joyeuse soubrette, nous voilà bien redevables aussi à Tétat de la gadoue. Eh bien, profitons de ce qu'elle nous vaut ; hâtons-nous d'entendre cette composition dont on fait tant d'éloges.
— Je suis à vos ordres, mesdames, > dit André en s'inclinant profondément et tirant de sa poche un manuscrit moins sali de poudre et moins taché de pommade qu'on ne l'aurait pu penser.
Aussitôt Armand invita tout le monde à prendre place dans l'ordre qu'il avait précédemment indiqué, et le perruquier-poëte placé de manière à ne pas voir ses auditeurs, ayant d'ailleurs à côté de lui le verre d'eau sucrée habituel, fut prié de prendre la parole.
< J'ai pris pour sujet, dit alors André, l'événement le plus triste de notre époque, le Tremblement de terre de Lisbonne, qui a coûté la vie à tant de gens. J'en ai été si touché quand j'en ai lu les détails dans les gazettes que j'ai bien pensé que le tilt*e seul ferait palpiter les cœurs sensibles. La pièce est en cinq actes, comme celles démon illustre confrère, l'auteur de Zaire et de Mérope, Les personnages sont Don Rodriguez^ grand seigneur portugais ; le comte, fils de Rodriguez, amant de Théodora; M. Dupont, confident du comte ; Don Pedro, grand corrégidor portugais ; Théodora, fille de Don Pedro et amante du comte; Thérèse, sa confidente; Don Lavaros, neveu de l'inquisiteur et rival du comte; le Mufti; Roxane, sa fille ; Nadine , sa suivante ; un Eunuque et un garçon per» ruquier»
1. le n'ai pas besoin de dire que ces mots sont copiés textuellement de la préface.
— Ah 1 UD garçon perruquier ! s'écria Bdlecour ; voilà qui est original dans une tragédie. Hais soyez firanc, monsieur André. N'auriez-vous pas voulu, à l'exemple de ces peintres qui mettaient leur portrait dans leurs tableaux, signer en quelque sorte votre ouvrage et le désigner ainsi aux connaisseurs.
— Il en est bien quelque chose, répondit le perruquier avec un air de jubilation concentrée; toutefois, vous avouerez, je Tespère, que l'introduction de ce personnage n'a rien que de naturel.
— J'en suis bien persuadé ; mais ne nous arrêtons pas inutilement et passons au dialogue. >
André commença. Il lut, avec un aplomb merveilleux, des mines incroyables et des inflexions de voix inouïes, ce potpourri dramatique où il n'y a ni sujet, ni plan, ni suite dans les scènes, ni mesure dans les vers, ni exactitude dans les rimes, ni même correction dans le langage ou orthographe dans l'écriture. Le comité tout entier était dans un état difficile à décrire. A l'exception d'Armand, Lekain et Bellecour, qui s'étaient placés devant André et qui tenaient leur sérieux, tant bien que mal, à cdté de lui et derrière, on se tordait sur les banquettes. Les mouchoirs placés sur la bouche ne parvenaient pas à étouffer les rires, et le tiers au moins de l'assistance était constamment à voyager dans les couloirs pour se rafraîchir le sang et reprendre un peu de calme. Quant au lecteur, il ne s'apercevait de rien et continuait avec l'enthousiasme qui l'entraînait depuis le commencement, lorsqu'arriva la scène du perruquier , précédée de celle où l'en apprend que tout est arrangé, que le comte va épouser Théodora et M. Dupont se marier avec Thérèse. Celui-ci charge en ces termes sa future d'une petite commission :
Si j'osais te prier de vouloir, en passant, ' Ma chère amie, aller aussi trèapromptement
Avertir mon baigneur, pour qu'il vtnt de ce pas Me friser pour la noce ; il demeure à deux pas.
THÉRàSB.
Je vais me transporter chez lui certainement, Et même l'engager de venir à l'instant.
Elle sort en effet. M. Dupont, resté seul, récapitule tous les malheurs qui l'ont accablé, et qui ont fait jusqu'alors le s^'et de la pièce.
Quand je me suis trouvé au milieu de là mer» Sans secours de personne, ami, parent, ni frère, A la nage dans Teau, sans pouvoir gagner terre, Quelle frayeur j'ai eue, lorsque j'ai aperçu Ce Turc avec mon maître ayant le poignard nu 1 Enfin, quand je repense à toutes les traverses Qui me sont arrivées, la tète me boulverse; Mais pour me dissiper de tous ces accidents, n faut que je repense aux plaisirs si charmants Que je m'en vais goûter 1 pour moi quels agrémentai Quel suprême bonheur me saisit à l'instant. Le comte va donc, par un hymen très-heureux Accomplir tous ses vœux, et pour combler mes feux Je m'en vais aujourd'hui, avec lui, être uni A ma chère Thérèse aussi bien comme lui. Je m'ennuie à présent après mon perruquier. Je voudrais bien le voir promptement arriver.