‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 184 sur 226 · Biographie universelle , lieu cité · texte numérisé non relu

Biographie universelle , lieu cité

4. Voyez Théâtre et OEuvres diverses de Morand. Paris , 1851 , 3 vol. ^ in-12. Tome I, Avertissement.

UD théâtre public. Sa tragédie de CMldénc fut jouée à la Comédie-FraDçaise le 19 décembre 1736; et quatorze mois plus tard, le 17 février 1738, il donnait au Théâtre Italien YEsprit de Divorce, comédie en un acte et en prose, la seule production de Fauteur qui ait vraiment réussi.

D'où vint ce succès inaccoutumé? cette exception unique dans la carrière dramatique de de Morand ? ce phénomtee d'un parterre applaudissant, qu'il n'avait pas vu avant, qu'il n'a pas revu depuis son Esprit de Divorce? De ce qu'il s'était joué lui-même ; de ce qu'il avait peint avec amour son portrait et celui des gens qui avaient posé devant lui ; de ce que sa comédie, enfin, était l'expression naïve et énergique de sa pensée de tous les jours, de tous les instants.

Ces mots nous feront comprendre peut-être comment quelques auteurs ont fait une pièce excellente entre beaucoup de médiocres, lorsqu'ils sont tombés sur le sujet ou le caractère dans lequel se résumaient toute leur vie ou toutes leurs observations.

L'acteur Baron, Tun des plus beaux hommes de son temps, et assurément l'un des plus heureux en amour, n'a-t-il pas fait, dans son Homme à bonnes fortunes, une pièce unique entre les siennes? Piron était lui-même un métromane, un homme entièrement absorbé dans le métier de versificateur; il est enfin devenu poète quand il a pris pour sujet sa passion favorite*.

La même chose arriva à de Morand pour son E^rii de Divorce. II s'était marié en Provence^et avait malheureusement rencontré une belle-mère comme on en voit quelquefois, dont toutes les pensées n'avaient qu'un but : brouiller les ménages, à commencer par le sien propre, à finir par celui de son gendre. De Morand se trouva bientôt si malheureux qu'il abandonna sa femme et ses biens, et vint à Paris

i. La Harpe, Cours de littérature ^ dix-huitième siècle, liv. I.

se livrer en célibataire aux plaisirs de l'esprit et à ceux dont la mère de sa Temme avait voulu le sevrer*. Sa belle-mère lui intenta bientôt un procès sous le nom de sa fille; elle faisait débiter contre lui cent sottises par les avocats*. < Accordez-lui tout ce qu'elle demande» écrivit à cette occasion de Morand ; je ferai à mon tour un factum où je l'accommoderai comme elle le mérite. » Ce factum était la comédie en question, où notre auteur avait retracé ses propres aventures.

Transportons-nous du reste au Théâtre Italien, le jour de la première représentation de cette pièce. De Morand s'est niché dans une troisième loge, d'où il suit avec une anxiété toute paternelle la marche , le développement et le sort de son œuvre.

Au lever du rideau, Dorante, le jeune époux, est en scène avec M. Orgon, son beau-père; il lui déclare qu'il adore sa femme, dont Mme Orgon est parvenue à lui faire perdre l'amour à force de calomnies. M. Orgon ne laisse pas échapper cette occasion de dauber sa moitié, qu'il a été aussi forcé de fuir (se. i).

Un peu plus loin, c'est Frontin qui se plaint de Mme Orgon en des termes à peu près semblables (se. m). Mme Orgon ne tarde pas à venir confirmer elle-même ces témoignages. Pendant ce temps, Frontin et Laurette, sa femme, cherchent àfaire obtenir à M. Orgon une entrevue avec sa fille Lucinde, aussitôt qu'il sera nuit. Mme Orgon croit que c'est Dorante qui a demandé cet entretien ; elle écarte donc Lucinde, reste exprès à sa place, et, dans l'obscurité, elle reçoit un baiser que M. Orgon destinait à sa fille. Reconnaissance des deux époux, scène conjugale où ils se reprochent avec une verve intarissable leurs torts réciproques. Madame met enfin Mon-

1. Delaporte et Clément, Aneedotet dramatiques ^ au mot Morand.

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