‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 2 sur 226 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les thèses d'histoire ici pabliées psrattro&t sans doute bien parsdozaies. Elles tendent eh effet à renverser sur plusieurs points les idées reçues communément. Que veut-on f Je n'ai jamais pu accepter de confiance les décisions vulgaires. Quoi que 1^ me dise , avant d'admettre, j'examine; et si mon esprit n'est pas convaincu, je rejette. C'est ce sentiment de pleine et entière liberté dans les jugements, qui m'animait dès l'enfance, qui me guidait dans l'âge mûr, que j'ai conservé dans la vieillesse, et qui, je le crois , ne m'abandonnera qu'à la mort.

Les pièces réunies dans le présent volume forment réellement trois parties. Dans la première il y a neuf thèses d'histoire proprement dites , c'est-à-dire qui ont pour objet l'étude des faits et les jugements à porter sur eux ou sur les hommes dont ils sont l'ouvrage.

Dans la seconde section, ce ne sont plus les faits historiques qui m'occupent, mais bien quelques particularités de l'histoire des langues ou des littératures : les cinq pièces qui y entrent, touchent donc immédiatement à la critique grammaticale ou littéraire; elles appartiennent néanmoins à l'histoire en ce qu'elles rappellent ou expliquent divers points pour lesquels il faut remonter aux âges passés.

Dans la troisième et dernière section sont les Nattvelles historiques. J'ai dit dans mes Thèses de littérature ( n<» Y ) , comment ces non-

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▼elles pouvaient intéresser le lecteur par Tezactitade et la variété des ciroonstances rapportées. Dans les quatorze pièces dont il s'agit, qui toutes concernent des poëtes, des écrivains, des savants ou des artistes français, on trouvera en eflTet ce mélange de vérités et de fictions qu'Horace recommande dans son Art poétique (v. 151), et qui fait, selon moi, le principal agréaient de ce genre d'ouvrage. Les faits n'ayant par eux-mêmes qu'une très-faible importance, l'intrigue n'y étant iM-esque rien et ne pouvant constituer cet intérêt que nous trouvons dans les romans, j'ai cru que j'y pourrais suppléer par le choix et rarrangement de détails caractéristiques des moeurs d'une époque ou d'un personnage , par la vérité dans le rappel des incidents, par la citation de vers ou de passages curieux et peu connus, enfin par la convenance et la pureté continue du style.

C'est par là que se distingue la charmante compilation des Souvenîn de la marquite de Créqui^ de M. de Gourchamp*. Tai essayé dans un autre cadre et sur des dimensions beaucoup moindres, d'atteindre un genre de mérite analogue au sien ; et en indiquant au bas des pages les sources où j'avais puisé , j'ai donné aux curieux le moyen de reconnaître ce qu'il y a d'historique et ce qui est d'invention dans mes nouvelles.

Je dois faire à l'occasion de quelques-unes de ces narrations, une observation toute pareille à celle que j'ai placée dans la préfoce de mes Thèses de Uttéraiure : c'est qu'elles ne sont pas éorites pour des adolescents y mais pour des gens arrivés à la maturité de l'Age, qui veulent savoir ce qui s'est passé autrefois, et peuvent lire sans danger des lignes que l'on fait bien d'écarter des yeux de l'enfance. L'histoire est l'histoire : elle contient quantité de choses qui seraient

1. Je consignerai id une observation qui ne se r^iporte qu'indirectement à mon livre, mais que je crois utile. Je suis étonné que les peintres, en quête de si:yets nouveaux, et si souvent réduits à des données indécises, communes ou rebattues, n'aient pas puisé dans cet ouvrage, où ils auraient trouvé , avec des costumes favorables et variés , des situations comiques et des personnages nettement caractérisés. Mes Houveïtes hisîoriquei leur offriraient le même avantage dans le genre léger, comme dans le genre élevé, quelques-uns des poèmes placés après mes TMsei de Critique. C'est une si bonne chance pour les peintres d'avoir un sujet bien précis et qui n'ait pas encore été traité, qu'ils devraient être sans cesse à l'affût des ouvrages où il s*en trouve, et qu'on leur rend service en les leur indiquant

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d'un fort mauvaifi exemple. Ce n'est pourtant pas une raison pour les anéantir ou les ignorer. Il suffît qu'on n'invite pas par l'attrait du plaisir ceux pour qui il y aurait quelque inconvénient ^ se mettre ces connaissances dans l'esprit. Or l'aspect sérieux de te livre suffira toujours à en écarter les jeunes gens et les détournera d'y chercher ce qui pourrait faire naître chez eux de mauvaises pensées. Quant aux hommes faits pour qui seuls mon livre est écrit, il y aurait une pruderie ridicule à le leur dissimuler. C'est à eux ensuite de ne pas laisser tomber le volume entre les mains de personnes à qui cette lecture pourrait ne pas convenir.

Je ne terminerai pas cette préface sans consacrer un triste souvenir au libraire que j'avais chargé de la publication de mes thèses et auquel j'avais souvent parlé de celles-ci, M. Hachette , à qui me liait une amitié de plus de vingt ans, avec qui j'avais pendant une dizaine d'années dirigé, et, pour la plus grande partie, rédigé la Revue de Vinstruction publiqtàe. Arrivé à Tàge où les espérances se sont évanouies, où les amis ont presque tous disparu, où la mémoire seule nous rappelle tant de personnes que nous étions heureux de connaître et d'aimer, je puis dire qu'il n'y a pas eu dans ces derniers temps de perte qui m'ait été plus sensible que la sienne. Je le fais d'autant plus à propos que , s'il eût vécu comme nous l'espérions tous , j'aurais, pour ce volume comme pour les précédents , réclamé les conseils de sa longue expérience. La mort qui l'a enlevé si rapidement ne me l'a pas permis ; elle ne peut pas du moins m'empécher de donner ici à l'ami perdu , un dernier témoignage de ma sincère affection et de mes profonds regrets.

Man 1865.

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