‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 26 sur 226 · Sertorius et Mercure; cf. Romului et Numa Pompilius · texte numérisé non relu

Sertorius et Mercure; cf. Romului et Numa Pompilius

pnints, ni ventes, ni échanges.... Taime mieux des lois simples» dures et sauvages, qu'un art ingénieux de troubler le repos des hommes, et de corrompre le fond des mœurs. > Je supprime tout le reste. Qu'y a-t-il sous ces phrases, assez bien tournées d'ailleurs? J'y vois la preuve évidente que vous n'avez rien compris du tout à la question que vous traitez. Il semblerait, à vous entendre, que les codes comme celui de Justinien se font tout d'une pièce, que le législateur en a fourni de son propre fonds les matériaux comme il en a construit la charpente. C'est une erreur inexcusable. C'est le temps, c'est le frottement des hommes entre eux, c'est l'expérience et la nécessité qui forment successivement les coutumes des peuples. Ces coutumes petit à petit deviennent obligatoires et ont force de loi; et quand un législateur veut donner un code, il ne peut faire autre chose que rassembler ces coutumes, les coordonner entre elles, et modifier ou même supprimer celles qui contrarient l'ensemble de la législation. C'est ce qu'a fait Justinien, c'est ce qu'avait fait Solon, c'est ce qu'ont fait tous les législateurs passés, c'est ce que feront tous les législateurs à venir. Que si le code de Solon était beaucoup plus simple que celui de Justinien, cela vient de ce qu'il avait beaucoup moins que le législateur romain, l'expérience des siècles. Les lois règlent essentiellement les rapports des hommes entre eux ; ces rapports sont en petit nombre chez un peuple sauvage ; ils se multiplient à mesure que la civilisation s'avance, et les lois par cela même deviennent plus nombreuses et plus compliquées. C'est un mal, selon vous, et vous proposez à ce mal un remède héroïque, savoir, de supprimer radicalement les emprunts, les 'ventes, les échanges; c'est-à-dire les rapports entre les hommes : c'est-àdire en d'autres termes que vous voulez ramener l'humanité à l'état sauvage, ou même au-dessous de l'état sauvage. Est-ce là, je vous le demande, un bon enseignement à donner à un prince qui doit hériter du trône ?

FÉN. Mais ne forcez-vous pas les conséquences?

S.-ÉvR. Non, assurément. Vous êtes, du reste, si peu au fait de ce qui a lieu en cela, que Justinien ne répond rien de sensé aux ignorances et aux bévues de Solon, que vous donnez partout comme le véritable sage. Celui-ci dit, par exemple : < Taurais cru que les bonnes lois sont celles qui font qu*on n'a pas besoin de jurisconsultes, et que tous les ignorants vivent en paix à l'abri de ces lois simples et claires, sans être réduits à consulter de vains sophistes sur le sens des divers textes.» L'empereur répond à cela: < Pour accorder tout, j'ai fait ma compilation. > Si votre Justinien n'eût pas été placé là, comme le faquin de la comédie, selon l'expression de Boileau*, pour recevoir toutes les nasardes, n'aurait-il pas répondu aussitôt à Selon : < Les difficultés dans l'application des lois viennent rarement de l'indécision ou de la contradiction des textes Quand le cas se présente, il faut assurément les corriger; mais la plupart du temps la difficulté vient des plaideurs eux-mêmes. Ce sont eux ou leurs avocats qui prétendent que telle loi ne s'applique pas exactement dans telle ou telle circonstance : c'est là-dessus que roule la discussion. Est-ce le législateur qu'il faut accuser de ce que les hommes s'aveuglent sur leurs propres intérêts ? C'est une loi bien simple à faire que celle qui me permet de clore mon domaine avec un mur. Mais si je fais ce mur avec des fondations si profondes qu'il arrête et détourne une fontaine qui arrosait le jardin de mon voisin, l'empêcherez-vous de plaider contre moi, et de soutenir que j'ai abusé ici d'une loi bonne en général, mais mauvaise dans le cas particulier? Yous répondez qu'il faut les mettre tous les deux hors de cour, que ce sera beaucoup plus simple. Sans doute; tout se réduit à ceci : c Arrangez-vous comme vous pourrez ; » c'est-à-dire que le plus fort rosse ou tue le

1. Rifletrions m'tfQfier sur queiques pauages du rhéteur Longin, n* 6.

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plus faible, et qu'il n'en soit plus question. N'est-ce pas là un résultat abominable ?

Fén. Je Tavoue, et je vois que j'ai donné là de mauvais conseils.

S.-Éyr. J'en ai peur, franchement ; malheureusement ce n'est pas la seule fois. Vous nous montrez quelque part ' César exposant son plan de gouvernement. Les points fondamentaux de sa doctrine sont de corrompre toutes les femmes pour entrer dans le secret le plus intime de toutes les famillesi et en second lieu d'emprunter et de dépenser toujours sans mesure, et de ne payer jamais rien. Je laisse de côté la moralité de ce conseil, qui paraît être la conclusion géi^érale de votre dialogue : mais croyez-vous que les deux moyens proposés ici par César soient d'une exécution si facile? César devait beaucoup, sans doute : mais qui lui avait prêté ? c'étaient ses partisans. Il fallait donc qu'il se les fût faits avant de pouvoir emprunter. Vous lui faites dire : « Pour me rendre maître de Rome, je travaille à être le débiteur universel de toute la ville ; plus je suis ruiné, plus je suis puissant. > C'est rabaisser beaucoup le talent et la valeur du personnage. Qu'un homme médiocre essaie votre recette, et nous verrons quel parti il en tirera. Vous n'avez donc dans la conduite de César, aperçu ou compris que les vices, et vous avez cru que ces vices avaient fait son succès. Etrange aveuglement ! C'est le génie de ce grand homme, c'est son habileté à se faire des amis et à profiter des fautes de ses adversaires qui l'ont fait réussir dans ses entreprises*; c'est aussi malgré ses vices et non pas à cause d'eux, que tout lui a succédé ; et s'Q n'avait eu que le talent très-médiocre de Pompée ou de Gaton, cette dissipation, cette corruption que vous donnez ici conmie la cause de sa fortune, auraient au contraire précipité sa chute. Je ne puis vous le cadier, mon-

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