‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 28 sur 226 · LYSANDRE ET SYLLA · texte numérisé non relu

LYSANDRE ET SYLLA

Ltsandrs. C'est vous, Syllal J'avais peine à tous reconnaître, depuis tantôt seize siècles que je ne vous ai vu. Car, si je ne me trompe , nous ne nous sommes pas rencontrés depuis que Plutarque nous a mis en présence dans un parallèle, à mon avis, bien peu philosophique \

Stlla. Ahl Lysandre, j'étouffe de colère. Je viens d'entendre lire, sous un de nos bosquets, un prétendu dialogue entre moi et je ne sais quel philosophe Eucrate'; Touvrage est d'un Français nommé Montesquieu » qu'on me dit être un homme d'un grand génie. Je ne veux pas le nier, mais tout le génie du monde ne Tautorise pas à choisir un Romain comme moi , qui n'a , je m'en flatte , jamais manqué de bon sQns , pour lui faire débiter dans un dialogue en l'air des

1. Ou VAdmiraiion deg vieiUes eotUumet, Ce dialo^e a été inséré en octobre 1845 dans le Journal de l'Institut historique.

2. Plutarch., Lysandr. et SyU. M. Ampère , dans on bon article de la Revue des Deux-Mondes y a justement apprécié ces parallèles souvent puérib que Plutarque veut à toute force et toiqours établir entre un Grec et un Romain.

3. Ce dialogue, admiré de tous ceux qui jurent sur la parole des autres, ne m'a jamais semblé qu'un jeu d'esprit peu estimable. Lorsqu'il y a dans l'antiquité tant de faits ou de personnages mal jugés, je suis étonné que Montesquieu soit allé choisir, pour le peindre sous des couleurs de fantaisie, un homme dont le caractère et la conduite ont toujours été en parfait accord, et ne se prêtent, ni l'un ni l'autre, aux suppositions gratuites qu'il lui a plu de faire.

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maximes tout à MX opposées à celles qu'il a réellement suivies.

Lts. N'est-ce que cela? A tous voir les yeux ardents» le teint rouge et semé de ces taches blanches qui vous avaient fait nommer par les Athéniens une mûre saupoudrée de farine % je croyais qu*on eût mis le feu chez vous. Qu'y a-t-il donc enfin dans ce livre odieux T

Stl. Si Ton en croit l'auteur, je n'ai jamais eu dans ma longue et heureuse carrière qu'un seul but , celui de rétablir l'ancienne liberté » c'est-à-dire la puissance du sénat et les élections populaires sans lesquelles je ne croyais pas que le peuple pût être heureux. A ce compte je n'aurais eu ni ambition, ni passion, j'aurais marché d'un pas toujours égal dans la voie sanglante que je m'étais tracée d'avance ; exactement comme le chirurgien qui coupe successivement tous les membres gangrenés ou susceptibles de l'être, et n'est jamais animé que d'un seul désir, celui de sauver son malade. Seulement ici ce n'était pas un homme, c'était la république qui avait besoin du fer et du feu : et je lui appliquais ce remède héroïque avec une imperturbable tranquillité d'âme.

Lts. Comment donc? ,0n vous donne ici un rôle magnifique, celui de mes contemporains Gallicratidas et Agésilas, et de tous ceux qu'on loue dans la plupart de nos histoires, et vous en êtes fâché 1 Je voudrais bien, quant à moi, trouver quelqu'un qui expliquât à la postérité les vrais motifs qui m'ont fait agûr; je ne me plaindrais pas, je vous assure.

Stl. Je me plains parce qu'il n'y a rien de vrai ni de vraisemblable dans les discours qu'on me prête. Tai partagé et poussé à l'excès toutes les passions de mon ordre ; je n'ai vu dans le peuple, conmie tous les vieux patriciens, qu'un vil troupeau fait pour nous servir, moi et les miens; je n'ai

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