‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 29 sur 226 · Piutarch.^ 5yUa, n · texte numérisé non relu

Piutarch.^ 5yUa, n

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surtout jamais pensé à réveiller en lui par les supplices le sentiment de liberté on d'amour de la patrie. C'était le moyen de l'éteindre si je l'y avais trouvé aussi brûlant que nou9 l'ont conté les historiens de nos vieux âges, et que le suppose ce Montesquieu pour les premiers temps de la république. Ma conduite fut beaucoup plus simple et plus raisonnable, j'ose le dire. J'avais de grands talents, des passions très-violentes, et ne redoutais pas l'effusion du sang. Après avoir vaincu et tué mes ennemis, j'étais le maître absolu de la république. Puissamment riche , j'avais gorgé d'or tous mes partisans; j'en avais fait mes créatures, et j'étais sûr de les retrouver au moment du besoin. Fatigué d'un titre inutile à mon pouvoir, j'y renonçai pour vivre plus tranquille; et, parce qu'on ne s'attendait pas à mon abdication , on s'est livré sur ce sujet à mille et mille conjectures bizarres, et puis on a fort sagement fini par n'en plus parler *, jusqu'à ce qu'il ait pris fantaisie à cet auteur français de se moquer de ses contemporains, en leur donnant comme sérieux et profond un paradoxe insoutenable, où mon caractère est travesti comme je viens de vous le dire. Ce qu'il y a de pis dans cette affaire , c'est que son pays a bonnement accepté ces explications et me regarde aujourd'hui comme ayant cru de bonne foi à l'excellence de notre ancienne organisation politique. N'est-ce pas humiliant?

Lts. Vous voilà bien malheureux, et je vous plains de toute mou Ame. Consolez-vous, croyez-moi. i^a pauvre race humaine est si misérable que je ne sais trop jusqu'à quel point la vérité lui vaut mieux que le mensonge. Je me suis demandé plusieurs fois quelle importance il peut y avoir à ce qu'un nom (car c'est à cela que se réduit toute la connais-

1. C« portrait de Sylla est tout à fait conforme à celui que Montesquieu lui-même trace dans le ch. n de la Grandeur et décadence des Romaint, et qu'on admire souvent d'aussi bonne foi que celui du dialogue d'Eucrate, sans s'apercevoir que les deux sont contradictoires.

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sance des personnages historiques) s'applique à certaines actions plutôt qu'à d'autres ; qu'un certain suicide, par exemple, rappelle le nom de Gaton, non celui de César; et qu'entre celui-ci et le nom de Pompée, le premier représente un vainqueur et le second un vaincu? Quel mal résulterait-il pour les hommes si toutes les mémoires , venant à faillir d'une manière uniforme , substituaient l'un à l'autre et s'entendaient encore entre elles , en renversant les faits rapportés parles historiens?

Stl. Vous avez peut-être raison. Déjà quelques exemples se sont présentés. Dans le fameux combat des Horaces et des Guriaces, on ne sait pas trop quels étaient les Romains, quels étaient les Albains ^; et, en vérité, la postérité n'y perd pas grand'chose. Mais en ce bas monde, du moins, la vérité est notre plus cher, trésor : et puisque nous sommes de loisir et que vous vous plaignez d'avoir été mal apprécié par les historiensy dites-moi donc, je vous prie, quelle pensée a dirigé vos actions; comment, avec un goût si prononcé pour les richesses, vous avez pu vous tenir à l'abri de toute corruption*; comment, avec une ambition démesurée, vous avez, au lieu de caresser les manies de vos concitoyens, fait ce qu'il fallait pour les irriter contre vous '7

Lts. Ce sont là des questions intéressantes en effet, et je suis tout prêt à vous expliquer ma conduite. Mais, avant tout, laissez-moi vous demander à vous-même votre opinion sur deux points qui me paraissent importants. Les poètes nous vantent tous l'âge d'or, qu'ils nous décrivent, je n'ai pas besoin de vous dire comment : les historiens et les moralistes , sans remonter aussi haut, nous représentent , dans tous les

1. In re tam darâ, nominum error manet utnus populi Horatii, utrius Cariatii fuerint. Liv., Bût,, I, 24.

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