Joinville^ Hist. de saint Louis, p
séqueDt, convenir, être bienséant ou utile, qui était aussi fort usité.
Fai premier ce qu'il afiert à Dieu '.
11 h'aféroit pas que il doanasi à notre geut trêve*.
Notre vieux Froissart * fait chanter une jeune fille dans
un virelai dont le refrain est : i
On dit que fai bien manière
D'être orguiilousette; Bien affiert à estre 6ère
Jeune pucelette;
et Christine de Pisan* a dit aussi dans une jolie ballade où elle s'excuse auprès de son doux ami de faire bonne mine à tout le monde :
Mais ce seroit à moi trop grand'folie De ne faire fors à vous bonne chière; Ce n'est pas droit ne chose qui affière Devant les gens, pour faire apercevoir Les médisans qui veulent tout savoir.
— J'avoue bien volontiers, repartis-je, que ces exemples me font vivement regretter le verbe férir; c'était une part notable de la richesse de notre langue : comment l'avonsnous laissé perdre?
— Il y a d'autres mots perdus qui étaient plus importants encore, non que leur sens fût plus général que celui de férir, mais parce qu'ils tenaient à un plus^and nombre de dérivés. Tel est le mot clore, par exemple, que je n'hésite pas , à nommer l'un des plus beaux mots de la langue française, d'où sont issus éclare, enclore, forclore, reclore, parclore, et, en changeant la voyelle, conclure et easclure.
Le sens de clore, venu dû latin claudere, était parfaitement
1. Joinville, Bût. de taint Louis, p. 2. — 2. Ibid., p. 101. 3. Vieux poètes français, t. D, p. 146. — 4. Ihid., p. 169.
s 12 LE JARDIN DES PLANTES.
net et déterminé ; on Ta remplacé dans l'usage ordinaire par le mot fertMTj qui, venu de ferme ou de firmare^ signifie au propre affermir, fortifier, rendre solide ou stable.
Le roi Touloit aller fermer un tertre là où il ot jadis an ancien chastel an temps deil Machabîex.
Les barons distrent au roy que i! li seroit plus grand honneur de refermer le bourg de Sagetle que les Sarrazins avoient abattu *.
Vous voyez que fermer un tertre, c'est le fortifier; refermer un bourg, c'est refaire ses fortifications. Par une métonymie assez naturelle, comme une clôture suppose toujours que la cloison ou la chose qui clôt est ferme ou stable ; comme, en d'autres termes, une porte ne peut être close sans être en même temps fermée ou arrêtée, tandis qu'elle est mobile quand elle est ouverte ; on a dit fermer pour clore, et cela s'est trouvé juste dans beaucoup de circonstances, même dans des expressions figurées, comme fermer Usyeux^ fermer la mainj fermer la bouche; les doigts, les paupières, les lèvres s'appuient alors et s'afi'ermissent, et se ferment par conséquent pour se clore. Il n'en est pas tout à fait de même de l'oreille , qui ne se meut pas ostensiblement dans l'homme, de sorte que, quand on a dit fermier Toreitie, on a détourné le mot fermer de sa signification propre pour rappliquer dans une expression métaphorique avec un sens qu'il n'a déjà lui-même que par catachrèse. C'est, en général, un défaut dans le style que cet abus de figures entassées dans un seul mot; et vous sentirez parfaitement combien il peut devenir bl&mable si, employant ce mot fermé dans le même sens que tout à l'heure, mais dans une expression inusitée, je dis qu'il est nuit fermée au lieu de dire qu'il est nuit close. Cette dernière phrase est très-belle et irès-juste : la précédente est non-seulement inusitée, comme C oreille fermée^ elle est étymologiquement absurde. Du reste la difiérence
]. Joinville^ EUi.desaintLowiy p. 180, 181/
des deux mots devient palpable d^ns cette phrase : « Cette porte ferme bien, mais elle ne clôt pas, » où je veux exprimer qu'elle a une serrure solide ou de bons verrous, mais qu'elle laisse des jours par où le vent passe. Sans insister, du reste, sur cette synonymie, il suffit d'observer que les autres mots de la même famille, affermer^ affermir y infirmer ^ confirmer y n'ont pas du tout le sens de clore, tandis que ce sens se retrouve dans tous les composés enclore ^ édorcj conclure, exclure, forclore^ etc. Il est donc important de voir si le radical clore et ses composés immédiats manquent de la plupart de leurs temps.
L'infinitif clore donne immédiatement les futur et conditionnel, je clorai, je clorais, qui sont encore usités aujourd'hui. L'infinitif passé clos et le participe passé clos, close sont au nombre des mots les plus usités de la langue, soit dans le simple, soit dans les composés. Le singulier du présent indicatif et le singulier de l'impératif je clos, tu clos, il dot, ne peuvent non plus donner lieu à aucune difficulté; il n'y en a réellement que sur le participe présent et le prétérit, et les temps qui en dérivent.
Quant au participe présent, Butet donne closant^, qui n'est ni dans l'Académie, ni dans l'étymologie latine claudens, ni surtout dans les composés conclure, exclure, qui font con^ chbant, excluant, et non conclusant, excluant. Le participe régulier est donc cloant, et c'est ainsi que l'on disait autrefois ; au moins trouvons-nous dans Joinville :
Monseigneur Guyon Mal voisin descendoit la lice qui choit noire ost Il s'encUyoit en la chapelle *.
Toutefois Philippe de Gomines, intercale un y et dit ' : Us eloyoierU la pluspart de son ost.