CULTURE EN CELLULE SUR EAU DE POMME DE TERRE
a. —Forme-levure.— Elle offre des dimensions très variables, depuis 2 jusqu'à 12. Forme plus variable encore, ovoïde, sphérique, cylindrique, atténuéeàuneouaux deux extrémités; souvent munie d’un ou de deux bourgeons, tantôt arrondis, prêts à se détacher, tantôt formant le début du mycélium futur. Souvent aussi une cloison divise la cellule en deux. Un double contour se montre surtout sur les formes arrondies volumineuses. Chaque cellule de levure est entourée par une mince auréole réfringente et transparente de mucilage. Cutinisation ordinairement nulle, au moins au début.
04 LOUIS PLANCHON.
Pour suivre le développement de ces formes-levures en
cellule, il est nécessaire de les prélever sur une culture très
jeune, avant l'apparition
S Ne des premières pycnides.
D Q © Plus tard elles sont tou-
© ÿ LR? {jours mêlées d’abondantes a 6)
stylospores qui d’ailleurs
e NN o = germent d’une facon très
D @) D a S- analogue. tra 0 2 © = 0 0 b. — Germination. —
Surune goutte del’eau prise Fig 1, — Culture sur pomme detere au fond d'un tube de pomme de terre stérilisé,
la germination est très rapide. On observe alors :
1° Gonflement de la levure;
2° Apparition d’une zone claire assez large autour de la levure ;
3° Premier étranglement avec scission en deux cellules (non constant);
4° Formation d’un petit filament quelquefois moniliforme ;
5° Allongement en un filament régulier, continu et bientôt ramifié.
Généralement la germination se fait par les deux extrémités de la levure en mème temps, ou bien le tube germinatif se bifurque immédiatement au sortir de la cellule et donne deux branches très divergentes. Exceptionnellement il peut y avoir trois ou quatre branches.
La cellule primitive reste souvent reconnaisable :
1° A sa forme plus ou moins arrondie ;
2° À son double contour plus net;
3° A sa position fréquente en dehors delaligne dumycélium.
Mais ce ne sont pas là des caractères absolus.
Dans les levures et les filaments, grosses gouttelettes réfringentes.
(1) Toutes les figures de ce travail sont dessinées à la chambre claire et au même grossissement d'environ 600 diamètres.
La germination est d’ailleurs souvent inégale. Les levures ne poussent pas toutes ensemble, il est probable qu'il y a pour la germination une maturité nécessaire.
Enfin sur divers milieux spéciaux, la germination ne se fait pas de la même manière; les premières cellules moniliformes peuvent être très fortement arrondies, sphériques ou, au contraire, immédiatement allongées en un filament délicat, ete., etc.
Les levures cutinisées germent de même, mais beaucoup plus lentement.
Les filaments qui partent de la levure initiale s'étendent beaucoup et se ramifient. Ils ont une remarquable tendance à sanastomoser, point à noter, non seulement pour 27 reconnaître l'espèce, mais \ pour expliquer l'aspect que prennent parfois les pycnides.
c. — Développement des pycnides. — Il parait différent suivant les cas. Les pycnides immergées des membranes mycéliennes de l’eau __ de pomme de terre, par exemple, se forment par cloisonnement d’une cellule et formation d’un massif cellulaire
C+ eEsc : Fig. 2. — Culture sur gélatine, qui S organise et se creuse Formation des pycnides. plus tard sans que les filaments voisins participent en rien à sa production. Dans les cultures sur gélatine, au contraire, des filaments partent de la pycnide et l’entourentsouvent, bien que celle-ci soit en somme formée par un filament axile (flg. 2).
L'examen de l’eau contenue dans le fond des tubes de culture de pomme de terre montre clairement déjà un mode intéressant de développement des pycnides : c’est la formation
directe aux dépens d’une cellule de levure. On peut voir tous les passages permettant d'affirmer la chose. Une cellule de levure se gonfle et s’arrondit jusqu’à devenir tout à fait sphérique. Un filament en part d'un côté ou même des deux côtés. La cellule initiale reste bien visible, grossissant encore, souvent déjà divisée en deux par une cloison transversale ou oblique. Dès lors, la pycnide se différencie. Tandis que les filaments mycéliens s'allongent assez lentement, le massif du centre se forme : d'abord quatre à huit cellules assez grandes, puis peu à peu par division irrégulière un corps cellulaire, ordinairement tout à fait incolore, quelquefois légèrement cutinisé, dont les cellules sont petites et polygonales, et laissent apercevoir déjà par transparence des granulations qui sont des stylospores (fig. 3). Les Fig. 3. — Développement des pycnides filaments vont en dimiimmergées (eau du fond des tubes de - - x ont nuantde diamètre de chaque côté. Nulle part je n’ai vu d'ouverture à la pycnide, mais la préparation est remplie de cellules singulièrement semblables à des stylospores. Une fois développées, ces pycnides sont parfois un peu confuses et mal limitées. | Dans certains cas même, la formation pyenidaire ne se borne pas là : la division en massif continue même sur les branches qui partent du centre et peut se prolonger assez loin, en sorte que l’on a sous les yeux un véritable réseau de pycnides, avec des parties plus ou moins renflées, mais provenant {toujours d’un centre initial qui est la levure semée. Le tout est incolore ou rarement coloré ; cependant il arrive qu'après la division en quelques cellules assez grosses, la
cutinisation se fait; on formes macrosporioïdes analogie à retenir entre les pycnides et le mycélium durable que je rapprocherai plus loin.
Du reste, des branches entières de mycélium ont parfois une tendance à se diviser dans d’autres directions que le sens transversal : il s'ensuit des
se croirait alors en face d'une des développées le long d’un filament :
Fig. 4. — Branche mycélienne immergée (eau de pomme de terre). Tendance à la formation de pycnides.
aspects spéciaux de mycélium qui
sont probablement une étape vers la formation des pycnides
(fig. 4.)
Vérifions ces faits
par la culture en cel-.
lule. Après la première germination et l’allongement en un ou deux filaments, la cellule initiale renflée se cloisonne et forme un petit massif, d’abord composé de quelques éléments assez gros, puis subdivisé en petites cellules polygonales, fines. Mais ces cellules bourgeonnent ici plus ou moins et deviennent le point de départ de filaments peu
Ve
Fig. 5. — Culture en cellule sur eau de pomme de terre. — Groupe cellulaire tendant à la formation des pycnides : a, première observation; b, cinq heures après; c, douze heures après ; d, vingt heures après.
nombreux qui s’anastomosent entre eux, ou avec des branches mycéliennes voisines. Ces branches paraissent souvent provenir de filaments étrangers qui se jetteraient
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sur la pycnide ; mais en réalité, c’est elle qui les produit.
Au bout de quelque temps des filaments assez nombreux peuvent ramper autour de la pycnide et en renforcer la paroi, mais il ne semble pas que ce soit là un phénomène essentiel, car le nombre et la disposition de ces filaments varient beaucoup.
Quelque temps après, les pycnides commencent à se former d’une facon très analogue sur divers points des filaments, par division d'une cellule unique ou d’un petit
Fig. 6. — Culture en cellule sur eau de pomme de terre. — Formation des pycnides: a, première observation ; b, douze heures après; c, vingt-quatre heures après ; d, quarante heures après.
nombre de cellules. Peu de filaments annexes (fig. 5, 6). Ces pycnides du mycélium peuvent être nombreuses et former des séries. Cela est rare dans les cultures en cellule.
Toutes les pycnides ne s'ouvrent pas ; la plupart cependant émettent des stylospores. Si le milieu n’est pas épuisé, celles-ci germent aussitôt. Leur germination est semblable à celle des formes-levures.
Ce mode de développement ne diffère en somme que fort peu de ceux qu'ont décrits Bauke (1) pour les pycnides et
(1) Bauke, Beiträge zur Kenntniss der Pycniden (Nova acta der cæs. Leop. Car. deutsch. Akad. d. Naturf. Halle 38, n° 5).
INFLUENCE DES MILIEUX SUR LES DÉMATIÉES. b9
Van Tieghem (1) pour une spermogonie. Van Tieghem a montré aussi chez les CAætomium (2), que les périthèces présentent, suivant la nature du milieu nutritif, les deux modes de développement, complet et simplifié, enveloppé ou non enveloppé, que Bauke indique pour les pyenides des Cucurbitaria.
Il importe de noter ici :
1° La possibilité du développement direct aux dépens de la cellule semée ;
2° L'absence parfois tout à fait complète de tout revètement d’origine extérieure ;
3° Le bourgeonnement des cellules de la pyenide même, dont les filaments vont au devant des filaments voisins ;
4 L'action de l'immersion paraissant simplifier le développement.
d.— Stylospores. — Les stylospores formées dans les pycnides sont fort petites (5 à 7 w.sur 2 à 3 à la sortie), mais elles grossissent très rapidement (cinq heures après 8 à 9 w sur 4 ou 5), et deviennent alors un peu granuleuses et analogues à des levures. La distinction peut devenir difficile lorsque les deux éléments sont mélangés, mais les stylospores sont toutes semblables, plus ou moins cylindriques, tandis que les levures sont assez inégales de dimensions, ordinairement plus allongées que les stylospores, plus renflées aussi, à double contour plus net.
Les stylospores, une fois sorties de la pycnide dans la petite masse gélatineuse qui les accompagne,yse divisent souvent en deux (rarement trois) par une ou deux cloisons transversales, soit en conservant leur forme ovoïde, soit en s’étranglant légèrement au niveau des cloisons. En outre, si les conditions ne sont pas favorables à leur germination immédiate, elles se colorent en se cutinisant assez
(4) Van Tieghem. Sur le développement de quelques Ascomycètes, 3° partie :
Développement d'une Spermogonie (Bull. de la Soc. bot. de France, 1877,
(2) Van Tieghem, Nouvelles observations sur le développement du périthèce des Chætomium (Bull. de la Soc. bot. de France, 1876, p. 364).
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fortement, et contribuent ainsi pour leur part au noircissement des cultures. La coloration varie dans d’assez larges limites : elle est généralement foncée, car la cutinisation est rapide.
Ces stylospores cutinisées forment autour des pycnides anciennes des amas quelquefois très volumineux englobés dans une masse mucilagineuse générale.
Lorsque les stylospores vont germer, elles deviennent à peu près sphériques (vingt-quatre heures), atteignent 8 à 9 y sur 7 à 8 et donnent un à trois filaments. Souvent une cellule plus grosse se sépare à la base de ceux-ci. Puis le développement se fait comme s’il s'agissait d’une formelevure.
Les cultures en cellule un peu anciennes (une douzaine de jours) montrentle champignon bien développé, et permettent de constater la continuité entre les divers modes de fructification : les levures d’où l’on est parti, — les pycnides formées (surtout abondantes dans les parties centrales de la culture et émettant par leur ouverture des quantités de stylospores en amas, agglomérées dans une masse gélatineuse), — ces mêmes stylospores déjà plus ou moins fortement cutinisées, — le mycélium durable protéiforme (en cellules intercalaires, filaments plus ou moins longs, bouquets irréguliers, formes Macrosporium, Alternaria irréguliers, etc., etc.). Tout cela dans la gouttelette d’eau de pomme de terre servant de milieu de culture, et surtout vers les régions excentriques. Enfin de véritables A//ernaria différenciés, en files régulières et se montrant d'ordinaire hors du liquide, mais toujours en continuité avec le mycélium blanc, ramifié, qui réunit toutes ces formes et en démontre la commune origine.
Certains groupes de cellules cutinisées peu adhérentes ou même se séparant les unes des autres, constituent fréquemment aussi des paquets tout à fait analogues à des Funago, ce qui donne une nouvelle forme végétative que l'on retrouvera d'ailleurs plus nette et plus intéressante
encore dans les cultures sur certains milieux spéciaux.
En somme, quand on sème en cellule sur eau de pomme de terre des formes-levures de cet Alernaria, elles se comportent très diversement :
Les unes grossissent et constituent simplement la spore initiale d’un filament qui s’allonge et se ramifie.
D’autres donnent un massif par division, grossissent, épaississent leurs parois, se cutinisent fortement, émettent aussi des bourgeons, forment en somme une sorte de Macrosporium initial.
D'autres se divisent également en un massif, mais à cellules pius petites, moins vite et moins fortement cutinisées et qui, bientôt, laisse échapper des stylospores. Ce sont des pycnides initiales d'où sont aussi partis deux ou trois filaments ramifiés fortement. On voit ainsi que la spore en massif peut être considérée comme un stade d'arrêt dans le développement des pycnides. C’est un point qui sera étudié plus loin.
Enfin, la levure peut aussi végéter en levure (chose assez rare en cellule), ou se gonfler simplement et rester alors stationnaire sans que la raison de ces différences apparaisse nettement.
Quel que soit le groupe initial, dont l’origine primordiale est toujours, on le voit, une cellule de levure, les filaments mycéliens peuvent porter divers ordres d'organes : autres pycnides qui se développent de loin en loin, formes macrosporioïides, Alternaria, etc.