V. — GERMINATION ET PREMIER DÉVELOPPEMENT SUR DIVERS MILIEUX
a. — Eau de pomme de terre. — Lorsqu'on sème en cellule sur couvre-objet quelques spores dans de l’eau de pomme de terre, on voit la germination commencer presque aussitôt, Les spores grossissent, tendent à devenir sphériques, et leur coloration pälit beaucoup. Les fragments mycéliens qui les accompagnent dans le semis participent à ces modifications, mais en raison de leur différenciation : le mycélium caractérisé pousse pourtant aussi, mais plus lentement, sans se gonfler d'abord, et en conservant sa couleur foncée.
La germination se fait tantôt sur un point, tantôt aux deux extrémités, et le petit mamelon blanchâtre saillant, est entouré par une région très décolorée de l’exospore. Le plus souvent la première cellule s’allonge en un filament divisé, qui, dès le début, se termine par une spore arrondie ou ovoïde, incolore. Cette première spore en donne bientôt une seconde par bourgeonnement apical (vingtquatre heures), puis d'ordinaire une 3° se forme latéralement, à côté de la première, sur le sommet du filament sporifère, formant ainsi le début d’une ramification. La dernière cellule du filament à déjà alors deux pointes et a pris le caractère des articles du C/adosporium. Bientôt, si la végétation est vigoureuse, d’autres spores suivent les premières (quarante-huit heures) : la plus jeune est toujours la spore terminale, le développement étant
(1) Du reste, l'expression anaérobie, employée par les auteurs, n’est pas ici prise au sens absolu. Dans les liquides de ce genre, l’air est rés diminué, mais l'absence n° en est pas complète. Les anaérobies vrais sont for rares dans la nature.
128 LOUIS PLANCHON.
centrifuge. En général, comme chez les A/{ernaria, cette spore terminale est sphérique d’abord, puis s’allonge quand la suivante se forme, mais les exceptions sont nombreuses (fig. 32).
A côté des filaments sporifères se montrent souvent des ramifications stériles. Le troisième jour, il est fréquent de voir les filaments s’allonger beaucoup et se terminer en
Fig. 32. — Culture en cellule sur eau de pomme de terre : «a, an bout de douze heures ; b, au bout de vingt-quatre heures; c, deux jours; d, trois jours.
pointe, les spores formées sont rejetées sur le côté ou se détachent : ce phénomène paraît être en rapport avec la dessiccation progressive de la lamelle, et les filaments fins, stériles s'étendent surtout hors de la gouttelette liquide. Les spores détachées se cutinisent et prennent une teinte jaune.
En somme, la sporulation se fait suivant le type Cladosporium et la ramification n'arrive pas à la forme Æormodendron. Cette sporulation est rapide, presque au sortir de la spore primitive, qui reste simple el ne forme pas de massif.
Une fois cependant et sans que j'aie pu en trouver la raison, une culture faite dans des conditions identiques a germé différemment : les conidies se sont gonflées très lentement puis, vers le troisième jour, ont commencé à se diviser chacune en un petit groupe de cellules courtes et
colorées, sorte de massif central d’où partaient lentement des filaments trapus à larges cellules. Des spores se sont montrées aussi, mais plus tard {vers le sixième jour). Il y a tendance à la formation d'un tubercule central et le retard
Fig. 33. — Germination anormale en cellule sur eau de pomme de terre. a, au bout de quatre jours; b, cinq jours ; ce, six jours.
de la germination paraît en rapport avec une cutinisation plus forte (fig. 33).
6.— Gélatine nutritive.— La germination sur gélatine est analogue, mais diffère surtout par la production rapide de la forme Hormodendron, ainsi que Laurent (1) l’a déjà indiqué. Les premiers stades se font comme sur l’eau de pomme de terre. Cependant les filaments sont plus trapus. La plupart d’entre eux se terminent vite par une spore, puis par un petit chapelet (deuxième jour). Ensuite la ramification s'étend, les filaments s'allongent et diffèrent: les uns restent au sein de la gélatine et s’y terminent soit par des spores isolées, soit par de petits chapelets, soit enfin par de courtes ramifications cladosporiennes ; les autres sortent de la gouttelette et viennent donner au dehors, à l'air libre, des ramifications très nettes d’Aormodendron, à spores tantôt ovales, tantôt arrondies. Généralement, les branches qui portent des Æormodendron sont plus courtes que les autres (fig. 34). Du reste, on peut ici, comme dans
(1) Laurent, Recherches sur le polymorphisme du Cladosporium herbarum (Ann. de l’Inst. Pasteur, t. Il, p. 558 à 566, et p. 581 à 603).
ANN. SC. NAT. BOT. x O
130 LOUIS PLANCHON.
les cultures en tube, trouver des passages entre l’AHormodendron et la spore isolée. Les branches, stériles ou non, qui “s'étendent dans la gélatine sont très ramifiées : la première
Fig. 34. — Culture en cellule sur gélatine nutritive. a, un jour, d, deux jours; ce, trois jours ; d, quatre jours.
cellule de chaque rameau est assez souvent renflée, mais ce caractère n'est pas absolu.
Certaines cultures dans des conditions identiques se montrent plus abondamment et plus rapidement ramifiées : elles sont dans ce cas moins vite fructifères.
On voit qu'iciencore la cellule semée donne des filaments, mais ne se divise pas en un massif cellulaire central. On voit aussi que le C/adosporium immergé peut vivre, se développer vigoureusement et fructifier. Les spores émergées ne se montrent que plus tard.
Berlese a décrit avec détails la formation des conidies de l’Hormodendron dans les cultures à goutte pendante. Il a montré que les filaments sortant de la gouttelette prennent au sommet une papille sphéroïdale, qui s’allonge ensuite et en forme à son tour une autre, souvent deux divergentes, donnant des chapelets décroissants.
Dans les développements les plus favorisés par le milieu,
les conidiophores sont très régulièrement dichotomisés, les articles inférieurs longs et foncés, cloisonnés souvent, les supérieurs arrondis, petits, presque blancs.
Ainsi que l’observe très bien Berlese, les articles les plus anciens, les plus mûrs, sont aussi les moins adhérents et se détachent, entraînant avec eux le reste de la file, qui se désarticule aussi (sauf cependant les derniers articles, non mûrs, qui peuvent rester réunis). Entre chaque conidie, Berlese décrit un isthme court que j'ai observé quelquefois (eau glycérinée, etc.), mais qui me semble exceptionnel.
On remarquera que les Champignons à spores en chapelet dont le développement est centrifuge (Hormodendron, Alternaria, etc.) ont, au point de vue de la reproduction, un désavantage sur les espèces à chapelets centripètes (Pemcillium, Aspergillus, etc.). Ceux-ci ne laissent tomber que les conidies mûres, et amènent toutes les autres successivement à maturité. Les Hormodendron, au contraire, se désarticulant à la base, les conidies supérieures sont incapables de germer, ainsi que le montrent bien les semis en cellules, et le conidiophore doit s’allonger après la chute pour donner une nouvelle génération conidienne.
y.— Gomme.— J'ai encore étudié la RO REA re germination de ces spores en cellule sur gomme. — 4, au bout
sv 1: d'un jour; b, au bout de sur un troisième milieu, la gomme éinq jours. en solution très épaisse, visqueuse, milieu qui s'était montré favorable. La germination est ici toute différente. Dès le début, chaque spore émet un filament
132 LOUIS PLANCHON.
très fin et stérile, qui d’abord s’allonge démesurément tout droit, sans se ramifier; les petits groupes de spores ont alors l'aspect de centres rayonnants (24 heures). Bientôt ramification abondante (fig. 35); des spores apparaissent, presque toujours sur les filaments émergés et en ramification hormodendroïde, mais moins nombreuses que sur la gélatine.
Mycélium très abondant et très rameux, mais fin, de même diamètre sur toute sa longueur ; nombreuses gouttelettes d'huile donnant au filament un aspect spécial. Enfin, les cellules d’origine forment d'ordinaire un petit groupe central, qui ne se rencontre ni dans l’eau de pomme de terre, ni dans la gélatine, et qui pourrait être pris pour le début d'un tubercule; mais il ne se forme pas de tubercule réel. Chaque spore initiale est isolée.
Il faut remarquer encore qu'ici les fructifications d’Hormodendron sont portées à l'extrémité de filaments très allongés et très abondants, et que la brièveté de l’appareil végétatif n’est pas, comme on l’a dit, une caractéristique de l’Hormodendron cladosporioides.