‹ Thèses présentées a la Faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade de Docteur ès-sciences naturelles (volume 5)Chapitre 11 sur 76 · MAMMIFÈRES · texte numérisé non relu

MAMMIFÈRES

Quelques lignes me suffiront pour décrire ce que le cœur des Mammifères présente de vraiment spécial. Je prendrai pour types les cœurs de l'Homme, du Mouton, du Chien, etc.

Le ventricule droit semble avoir, par rapport au ventricule gauche, une capacité plus grande que chez les Oiseaux. Sa coupe est encore celle d'un croissant: l'orifice pulmonaire est au sommet d'un infundibulum antérieur; la corne postérieure du croissant est. comme chez les Oiseaux, occupée par l'orifice auriculo-ventriculaire (PI. XVI, fig. 6).

La paroi interne se compose de deux parties plus ou moins distinctes; la partie antérieure est formée de faisceaux obliques de haut en bas et légèrement d'arrière en avant. Ces faisceaux naissent supérieurement à gauche de l'orifice pulmonaire N (PI. X, fig. 1 et 2), et vont se rendre à la moitié supérieure du bord antérieur du ventricule ; ils correspondent à la fausse-cloison des Reptiles et se comportent du reste comme les faisceaux correspondants ries Vertébrés déjà étudiés. La partie postérieure de la paroi interne est formée par des faisceaux obliques de haut en bas et d'arrière en avant, et dont le bord antérieur estconligu au bord postérieur des faisceaux de la fausse-cloison. Ces faisceaux, naissant, comme chez les Reptiles, les Crocodibens et les Oiseaux, du point de contact des orifices auriculo-ventriculaires, représentent le premier faisceau rayonnant postérieur. Ils sont figurés en Y (PL X, fig. l et 2). Ils offrent, suivant les espèces, plus ou moins de régularité. Le plus souvent ils sont séparés des faisceaux de la fausse-cloison par un sillon plus prononcé que les sillons voisins. Chez la plupart des Mammifères, du reste, le bord postérieur de la fanssecloison forme une saillie très-évidente, ou bien envoie obliquement à

la paroi externe une languette charnue (PI. IV, fifj. 2), M (PI. X, fig, 1), qui accentue la distinction dos deux groupes de faisceaux. Ce sont là des vestiges de la lèvre, comme, dans les types déjà étudiés, la faussecloison est interpoibée entre l'artère pulmonaire et l'aorte, et les faisceaux rayonnants sont placés entre les deux orifices auriculo-ventriculaires et les deux cavités ventriculaires. Les différences de position et de direction des deux ordres de faisceaux sont nettement accentuées (PI. IV, fig. 2) sur un cœur de fœtus de Veau représenté quatre fois plus grand que nature : M désigne la fausse-cloison, L les faisceaux rayonnants. La languette charnue du bord postérieur de la fausse-cloison est très-distincte. On voit également que les plans de ces deux parties de la cloison interventriculaire forment un angle saillant vers la droite.

La paroi e.xterne du ventricule droit est tapissée de colonnes charnues nées de l'orifice pulmonaire, obliques de haut en bas et d'avant en arriére, et formant à la partie externe et postérieure de l'orifice pulmonaire une masse charnue considérable R (Pi. X, fig. 1) qui établit une limite entre la cavité ventriculaire et l'infundibulum. Ce gros faisceau se porte en arriére et en bas. Il correspond au faisceau droit commun des Reptiles. Les fibres commissurantes y sont représentées par des arcs à concavité supérieure qui relient les faisceaux entre eux (PI. X, fig. 1). Ce faisceau commun tire son origine supérieure d'une cicatrice fibreuse B (PI. X, fig. 1 et 2). qui mérite toute notre attention. Cette cicatrice, à forme allongée, oblique d'avant en arrière et de gauche à droite, vient se relier antérieurement par un sillon à la partie postérieure de l'infundibulum pulmonaire, et postérieurement à l'extrémité antérieure de l'orifice auriculo-ventriculaire. Cette cicatrice répond également au bord postérieur de la fausse-cloison et serait cachée derrière sa lèvre, si elle s'était développée.

Si l'on perfore ce tissu fibreux, on pénètre dans l'aorte immédiatement au-dessus de la valvule sigmoïde droite. On ne peut douter que cette cicatrice ne soit le vestige de l'orifice de l'aorte gauche, orifice aplati et oblitéré chez les Mammifères comme chez les Oiseaux.

En arrière du faisceau commun, naissent du pourtour externe et postérieur de l'orifice auriculo-ventriculaire des faisceaux obhques parallèles aux précédents S, S (PI. X, fig. 1). Ces faisceaux, exactement comparables

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aux premiers faisceaux obliques gauches postérieurs des Reptiles, se rendent au bord postérieur du ventricule. La disposition et le parcours ultérieur de tous ces faisceaux ne difièrent pas essentiellement de ce que nous avons vu dans les classes dont nous nous sommes déjà occupé.

L'orifjce pulmonaire (PI. XVI, fig. 6) a trois valvules sigmoïdes: l'une antérieure, les deux autres postérieures droite et gauche. La disposition de la valvule auriculo-ventriculaire mérite une description spéciale. Celles qu'on en a données n'ont pas une précision suffisante pour nous permettre de poursuivre les curieuses analogies qui la rapprochent des valvules, différentes en apparence, que nous avons rencontrées chez les Chélouiens, les Grocodiliens et les Oiseaux.

Celte valvule, qui forme un voile circulaire continu sur tout le pourtour de l'orifice, peut néanmoins être décomposée en deux valves, l'une externe, l'autre interne. La valve interne, que l'on voit représentée (PI. X, fig. 1), de tehe manière que son bord inférieur dépasse celui de la valve externe, forme un voile fibreux dont le bord supérieur s'insère sur toute la longueur de la lèvre interne de l'orifice auriculo-ventriculaire. Il correspond par conséquent au bord supérieur de la cloison interventriculaire. Le bord inférieur de cette valve, qui est convexe, donne insertion à un nombre variable de tendons qui vont aboutir aux colonnes charnues de la paroi interventriculaire. Cette valvule paraît donc être une dépendance de cette paroi, et peut en définitive être considérée comme constituant la réunion des tendons du faisceau rayonnant postérieur YY (PI. X, fig. 1 et 2).

La valve externe ofi're une disposition plus compliquée : ses insertions supérieures occupent tout le bord externe ou libre de l'orifice auriculoventriculaire droit. Les insertions inférieures de cette valve forment deux groupes distincts de tendons, l'un antérieur et l'autre postérieur.

Cette disposition a fait reconnaître à cette valve deux pointes qui, ajoutées à la pointe de la valve interne, ont valu à l'ensemble de ces deux valves le nom de valvule triglochine ou tricuspide. Le faisceau antérieur du tendon de la valve externe vient se porter vers le bord postérieur de la fausse-cloison P (PI. X, fig. 1 et 2), S (PI. X'VI, fig. 6). Ces tendons se continuent ordinairement chez l'Homme avec des colonnes musculaires qui

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se confondent [)lus ou moins avec la fansse-cloison, on qui quelquefois conservent entièrement leur indépendance dans la partie supérieure de leur parcours, P (PI. X, fig. 2), et semblent s'insinuer dans la ligne de séparation de la fausse-cloison et de la cloison interventriculaire.

Il arrive aussi assez souvent, notamment chez le Porc et le Mouton, qu'une partie des tendons se rendent à un faisceau charnu tout particulier qui continue leur direction d'arrière en avant et de bas en haut, et qui, croisant à angle droit les faisceaux de la fausse-cloison sur lesquels il est appliqué, vient s'insérer directement à la partie droite de l'anneau pulmonaire //// (PI. X, fig. 2, où le faisceau est représenté coupé). Dans ce cas, le groupe de tendons de la valve e.vterne se concentre d'abord sur un faisceau charnu qui se bifurque pour constituer les deux faisceaux H e[ P de la /';;. 2(P1.X). Le groupe postérieur de tendons de la valve externe P' (?\. X, fig. 1 et 2) se rend au sommet de papilles charnues qui appartiennent à la paroi externe du ventricule; ces papilles constituent l'extrémité de colonnes qui se confondent avec les faisceaux obliques gauches déjà décrits. Comme ces derniers, ces colonnes se portent en bas et en arrière pour partager aussi leur distribution ultérieure. Telles sont les dispositions de la valvule tricuspide; j'avais besoin delà décrire avec précision et sans négliger des détails en apparence inutiles, afin de pouvoir déterminer ses homologues dans les classes précédentes.

Il me reste à faire remarquer, à propos du ventricule droit, que son sommet n'atteint pas généralement celui du ventricule gauche: mais pourtant la distance qui les sépare est variable suivant les conditions d'existence que je déterminerai plus tard en recherchant les conditions de la vie amphibienne.

Le ventricule gauche des Mammifères diffère si peu de celui des Oiseaux, qu'il me suffira d'y signaler quelques traits distinctifs pour en donner une idée complète. L'épaisseur des parois est relativement moindre que chez les Oiseaux; mais par contre la structure spongieuse de la partie interne et surtout de la pointe y est généralement plus prononcée. Cette structure spongieuse est du reste très- variable. Prononcée chez l'Homme, le Porc, le Singe, etc., elle l'est très-peu chez le Chien, le Bœuf, le Mouton, etc. L'orifice auriculo-ventriculaire gauche, avant la forme d'une circonférence

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un peu échancrée (PI. XVI, fig. 6), est fermé par la valvule initrale, dont les deux valves, l'une interne et l'autre externe, correspondent exactement aux deux valves des Oiseaux.

Deux masses papillaires musculaires, l'une antérieure et l'autre postérieure, correspondent, comme chez les Oiseaux, à cet appareil valvulaire M A' (PI. XI, fig . 1). La valve interne s'insère sur la ligne de contact des orifices auriculo-ventriculaire et aortique (PI. XVI, fig. 0); ce dernier orifice est situé en dedans et en avant de l'orifice auriculaire, en arrière et un peu à gauche' de l'orifice pulmonaire (PI. XVI, fig. 6). Par rapport à la cavité ventriculaire, il est dans la direction interne d'un diamètre transversal età peine oblique en avant de cette cavité. Sur une coupe horizontale du cœur à ce niveau, on peut voir que la lumière do cet orifice fait une faible saillie excentrique sur la coupe circulaire de la cavité ventriculaire (PI. W'\,flg. Qbis). C'est que le travail de concentration des éléments ventriculaires, que j'ai signalé chez les Oiseaux, se prononce encore plus chez les Mammifères.

L'aorte qui reste en relation avec le ventricule a reçu le nom d'aorte gauche; elle forme un tronc assez long, avant de fournir chez l'Homme trois grosses branches , et ces dernières ne naissent qu'au point où commence la portion horizontale delà crosse. Les trois branches qui naissent chez l'Homme de la crosse de l'aorte sont d'abord : à droite le tronc brachio-céphalique, puis la carotide primitive gauche, et enfin la sous-clavière gauche. Nous verrons quelle est la vraie signification de ces divers vaisseaux. La disposition et l'origine de ces branches supérieures de l'aorte présentent assez de variété chez les Mammifères. Mais il est cependant facile (le les ramener au même type général.

En résumé, ce qui caractérise le cœur des Mammifères, c'est: la disposition de sa valvule auriculo-ventriculaire droite ou valvule Iricuspide,

' Je n'ignore pas que dans plusieurs Traités classiques d'anatomie l'orifice aortique est considéré comme jilacé en arrière et à droite de l'oriflce pulmonaire. Cette relation, qui serait commune aux Mammifères et aux Oiseaux, est le résultat d'une distension exagérée d'u ventricule droit. Dans les injections modérées, et sur des cœurs examinés à vide, le rapport que j'indique s'est retrouvé d'une manière constante chez l'Homme, le Mouton, le Veau, le Porc, etc.

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l'obliquité Irés-prononcée en arriére et la puissance du faisceau droit commun, un moindre degré de développement que chez les Oiseaux de la portion bulbaire de l'infundibulum, l'oblitération définitive de l'orifice de l'aorte gauche, la disparition plus complète que chez les Oiseaux du vestibule de l'aorte droite, la mise en relation du ventricule gauche avecraorlc gauche, la disparition apparente de l'aorte droite. Aces dernières conditions, qui éloignent considérablement ce cœur de celui des Oiseaux, il faut ajouter encore que l'oriflce aortique se trouve en arrière et légèrement à gauche de l'orifice de l'artère pulmonaire, tandis que chez les Oiseaux il est en arriére et fortement à droite.

Au point de vue physiologique, le cœur des Mammifères participe des perfectionnements introduits chez les Oiseaux pour la séparation complète des deux sangs ; mais il y a en lui moins d'éléments d'activité et d'énergie pour ce quia trait surtout à la circulation pulmonaire. Le ventricule droit est moins bien disposé pour un effacement rapide de sa cavité ; le système valvulaire auriculo-ventriculaire droit est moins puissant, et l'anneau bulbaire est moins étendu et moins riche en fibres musculaires.

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