POISSONS
Chez les Poissons, l'oreilleLle ne présente, comme le ventricule, (ju'nne cavité. Le cœur n'étant traversé que par du sang veineux, toute cloison devenait inutile, et il suffisait d'une poche contractile qui pût servir au sang de réservoir pendant la systole ventriculaire et d'organe propulseur pendant la diastole. Mais ce(iue l'oreillette des Poissons présente de remarquable, c'est sa capacité considérable, la structure partout aréolaire de ses parois, et les relations de sa cavité avec une poche veineuse de moindre capacité, le grand sinus veineux péricardique.
L'oreillette des Poissons présente une capacité supérieure à celle du ventricule. Non-seulement elle déborde celui-ci de tous côtés, mais ses parois, étant beaucoup plus minces, laissent au réservoir une lumière bien plus étendue. C'est là un premier point que je tiens à noter ' . Tout le sang veineux du corps se rend dans l'oreillette, mais pas directement, car les veines caves, au lieu d'aboutir à l'oreillette, se concentrent d'abord dans une loge ou sinus commun qui communique avec l'oreillette par une ouverture placée sur la face postérieure et supérieure de celle-ci, et correspondant à un étranglement postérieur ou isthme. Ce sinus offre une dilatation variable, mais d'une capacité à peu près égale à celle de l'oreillette ; ses parois sont tapissées de trabécules musculaires entre-croisées, mais aplaties et relativement peu développées. Ce sinus, qui chez les Poissons osseux est appliqué contre la cloison postérieure de la chambre cardiaque, est au contraire, chez les Plagiostomes, logé dans le péricarde".
' Les animaux à sang froid et ceux qui ont une circulation lente ou longuement interrompue ont des oreillettes relativement plus grandes que les autres animaux; c'est là une loi qui m'a paru générale.
2 Milne Edwards; Leçons sur la Pliysioloyie, tom. 111, pag. 31(J.
OREILLETTRS — PDISSONS. 143
L'orifice de communication du sinus et de l'oreillette est dépourvu de valvules chez beaucoup de Poissons osseux, mais il en possède deux chez un grand nombre de Poissons, tels que la Carpe, la Perche, la Truite, la Baudroie, les Piagioslomes, l'Esturgeon.
Enfin, un quatrième point que je signale pour en tirer plus tard des réflexions intéressantes, c'est la situation relative de l'oreillette et du ventricule. Chez certains Poissons, les Myxinoïdes par exemple, l'oreillette, le ventricule et le bulbe forment trois cavités séparées par des étranglements et constituant presque une série verticale régulière', l'oreillette et le sinus veineux qui lui est postérieur et légèrement supérieur étant placés en bas, tandis que le bulbe forme l'extrémité supérieure de la série. Mais généralement cette régularité de succession est altérée; l'axe commun de ces cavités en série se coude au niveau de la région ventriculaire; et, tandis que la partie supérieure conserve sa position primitive, la partie inférieure du ventricule se porte en haut et en arriére, entraînant avec elle l'oreillette. Celle-ci se trouve ainsi placée en arrière du ventricule et même du bulbe, suivant le degré variable de courbure que subit l'axe cardiaque primitif. Cette courbure de l'axe dans un plan vertical est très-prononcée chez les Sélaciens, et même elle s'accompagne, chez certains d'entre eux, d'une flexion latérale alternative de l'axe du bulbe, de l'oreillette et du ventricule : c'est ainsi que le bulbe naissant de la partie droite du ventricule se porte obliquement en haut vers la ligne médiane, tandis que l'oreillette et l'orifice auriculo-ventriculaire se trouvent non-seulement en arrière de l'orifice artériel, mais encore à gauche. J'ai tenu à signaler cette dernière relation, qui rapproche la position réciproque des cavités du cœur des Poissons de celle que nous avons observée chez les Batraciens ; nous verrons du reste ces changements de rapport et la torsion de l'axe s'accentuer bien davantage dans les autres classes de Vertébrés, et contribuer à créer entre les cavités du cœur des relations que la topographie du cœur des Poissons n'aurait pas permis de pressentir.
Quant à la constitution des parois de l'oreillette, je dois entrer dans quel-
' Je rappelle ici que je considère l'animal comme verticalemeat placé suivant l'axe de la colonne vertébrale.
ANATOMIE KT l'IIYSIfH.Or.lK
ques détails qui me pernietlronl d'élablir ncUcinent les homologies dans la série des Vertébrés. Voici les dispositions que présente l'oreillette des Sélaciens, sur laquelle ont plus particulièrement porté mes recherches : l'oreillette présente la forme d'une pyramide quadrangulaire aplatie sur deux de ses faces, dont la hase est percée par un orilice arrondi, l'orilice auriculo-ventriculaire; dont la face antérieure est en rapport de contact avec la face postérieure du bulbe; dont la face postérieure présente sur la ligne médianel'orifice du sinus; dont le sommet est arrondi, et dont les angles latéraux, arrondis également, forment deux cornes débordant les côtés du ventricule. L'orifice qui met en communication l'oreillette et le sinus veineux a la forme d'une boutonnière verticale occupant la face postérieure de l'oreillette et pourvue de deux valvules fibreuses latérales. Telle est la disposition de l'oreillette chez les Squalidés. Lesllajidés présentent quelques modifications qui sont en harmonie avec la forme aplatie et élargie de l'animal. Sur la partie médiane de l'oreillette se trouve un rétrécissement qui se traduit au dehors par un sillon circulaire antéro-postérieur : de là vient que le sommet de l'oreillette est bifurqué. Le bulbe artériel est logé en partie dans la portion antérieure de ce sillon. L'oreillette a chez ces Poissous un diamètre transversal plus long que chez les Squalidés; son diamètre vertical, c'est-à-dire la distance du sommet à la base, est moindre au contraire. Ces différences superficielles mises de côté, la composition et la structure des parois de l'oreillette sont identiques dans les deux cas. Une oreiUette ouverte et surtout examinée sous l'eau, ou desséchée dans l'état de distension, présente sur toute l'étendue de ses parois des colonnes musculaires saillantes régulièrement disposées et ayant un sens déterminé dont je désire formuler la loi.
De la partie antérieure de l'anneau auriculo-ventriculaire, naissent des fibres musculaires qui se réunissent bientôt en petits faisceaux ou cqlonnes. Ceux de ces faisceaux qui proviennent de la région moyenne convergent d'abord vers la ligue médiane : quelques-uns, internes, s'entre-croisent; les autres restent du même côté de la ligne médiane, et tous, rapprochés, forment par leur réunion une masse verticale un peu saillante dont les faisceaux divergent bientôt, en gagnant le sommet et les parties voisines des bords supérieurs de l'oreillelle. Ces faisceaux dépassent le bord et le sommet, et
viennent sur la face postérieure del'oreillelte embrasser l'orifice du sinus. Quelqiies-uDS, les plus internes, semblent s'insérer au sommet de l'orifice; les autres se portent sur les côtés du même orifice et en suivent les bords, pour converger au-dessous de son extrémité inférieure et s'insérer, en divergeant de nouveau, sur la partie postérieure de l'anneau auriculo-ventriculaire. Cette dernière partie du trajet des faisceaux musculaires est fort courte, parce que l'extrémité inférieure de l'orifice du sinus touche presque l'orifice auriculo-ventriculaire; aussi la disposition que je leur ai décrite est-elle là peu évidente, mais elle existe, et je l'ai notée avec soin, parce que nous la retrouverons très-accentuée chez les Batraciens, tels que le Crapaud, où la dislance qui sépare les deux orifices est bien plus grande.
Les faisceaux qui naissent antérieurement des régions externes de l'orifice auriculo-ventriculaire se portent obliquement en dehors, et d'autant plus obliquement qu'ils sont plus externes. Ils contournent laface antérieure et les bords des cornes de l'oreillette, et gagnent la face postérieure, sur laquelle ils convergent pour atteindre l'orifice auriculo-ventriculaire. Leur disposition sur la face postérieure de l'oreillette est exactement symétrique à celle qu'ils avaient sur la face antérieure.
Pour résumer cette description, je dirai: 1" que les faisceaux médians de la face antérieure, après avoir convergé avec ou sans entre-croisement, divergent pour embrasser l'orifice du sinus; qu'ils convergent une seconde fois en arrière de cet orifice, et qu'ils divergent enfin pour s'insérer sur l'anneau auriculo-ventriculaire. Ces faisceaux forment donc deux X, l'une en avant, l'autre en arrière de l'orifice, du sinus (PI. XW, fig. 9 et 10); 2° que les faisceaux latéraux enveloppent les cornes latérales de l'oreillette, en formant des circonférences presque complètes, dont les extrémités viennent se rendre à des points peu éloignés de l'anneau auriculo-ventriculaire; et 3" pour embrasser dans une seule loi ces deux ordres de fibres, je dirai que de la demi-circonfèrenee autérieure de l'anneau auriculo-ventriculaire partent des fibres qui divergent en rayonnant vers le sommet et les bords supérieurs de l'oreillette; qu'arrivées à ce niveau, elles se recourbent pour se jeter sur la face postérieure, où, après avoir embrassé l'orifice du sinus, elles convergent de nouveau pour venir s'insérer sur la demi-circonférence postérieure de l'anneau auriculo-ventriculaire (PI. XY,fig. 9,10,11).
ANATOMIE lOT l'HYS10L(.)(;iE.