CHAPITRE II
AMPHIBIENS.
J'ai, dans le chapitre des Batraciens, longuement insisté sur la disposition générale de leurs oreillettes: je dois pourtant y revenir ici pour compléter ce quej'en ai déjà dit. Continuant à prendre pour types le cœur de la Grenouille et celui du Crapaud commun, je désire faire remarquer la prédominance très-prononcée de l'oreillette droite sur la gauche, et l'existence d'un sinus postérieur aux deux oreillettes. Ce sinus forme une cavité assez considérable, aplatie d'avant en arriére, et dont la face antérieure est adhérente à la face postérieure des oreillettes, taudis que la face postérieure convexe est libre et fait saille dans le péricarde (PI. XV, fig. 1 et 2), Ce sinus s'étend en arriére des deux oreillettes, et est aussi bien en rapport avec la face postérieure de l'oreillette gauche qu'avec celle de la droite. L'étendue qu'il occupe est marquée par une ligne pointée sur la fig. 4 (PI. XIII). A la partie supérieure de cette face convexe du sinus, se rendent plusieurs vaisseaux veineux. En haut et à gauche s'abouche la veine cave supérieure gauche. Un peu plus haut et à droite se trouve l'orifice de la veine cave supérieure droite et celui de la veine cave inférieure, ces deux vaisseaux se réunissant quelquefois en un tronc commun très-court au moment même où ils vont s'ouvrir dans le sinus commun. Ces trois troncs veineux, d'un calibre considérable, versent le .sang du système veineux général dans un vaste compartiment du sinus qui représente à lui seul presque tout le sinus. Mais tout à fait dans l'angle formé supérieurement par les deux embouchures des veines caves, viennent se rendre deux petites veines qui convergent jusqu'à la fusion, pour s'aboucher dans un petit compartiment supérieur du sinuscommun (PI. X'V, fig A). Ce compartiment, extrêmement petit par rapport au grand compartiment, reçoit le sang des veines pulmonaires. Il est entièrement séparé de l'autre par une cloison membraneuse
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delicale, (|ui païuîl n'être autre chose que le prolongement de l'éperon qui sépare l'orifice des veines pulmonaires de l'orifice des veines caves.
A chacun des com[)arliments du sinus correspond un orifice particulier percé dans sa paroi antérieure, et qui le met on communication avec l'une des oreillettes, le grand compartiment avec l'oreillette droite et le petit avec la gauche (Pi. XIII, fig. 1, 2, 4.), (PI. XV, fig. 1). Ces deux orifices, parfaitement distincts et séparés par la cloison inter-auriculaire, permettent de constater, lorsqu'on considère leur ensemble par la cavité de l'oreillette, qu'ils n'ont été formés que par le cloisonnement d'un orifice unique qui mettait en communication le sinus et la cavité générale desoreillettes avant la formation de la cloison inter-auriculaire (PI. XIII, fig. 2, 4). Ces deux orifices correspondent donc i)ar leur ensemble à l'orifice du sinus du cœur des Poissons, orifice qui serait cloisonné par la rencontre de la cloison du sinus et de la cloison des oreillettes. Cette vue, sur laquelle je reviendrai, sera du reste confirmée par la comparaison qui va suivre de la disposition des faisceaux musculaires des oreillettes chez les Poissons et chez les Batraciens.
Si nous supprimons par la pensée la cloison inter-auriculaire des Batraciens, nous retrouvons en effet exactement la disposition des faisceaux musculaires que nous avons rencontrée chez les Poissons. De la partie antérieure et médiane de l'anneau auriculo-venlriculaire (PI. XIII, fig. 3), s'élève en effet, comme chez les Poissons, un faisceau veilicalA de trabécules musculaires, faisceau dont la saillie est dans l'oreillette droite, parce que la cloison inter-auriculaire est à gauche de la ligne médiane. Ces colonnes ou trabécules divergent successivement sur la face antérieure et vers la partie supérieure des bords latéraux de l'oreillette B (PI. XIII, /?5'. 3). Les plus internes atteignent, sur la face postérieure de l'oreillette , le sommet de l'orifice commun des veines caves et des veines pulmonaires, ou orifice du sinus. Quelques-unes, rares , s'entre-croisent pour passer sur le bord opposé de l'orifice; d'autres embrassent ce même orifice en restant du même côté. Enfin tous ces faisceaux viennent converger au-dessous de l'extrémité inférieure de l'orifice commun du sinus en C(P1. XIII, fig. 4). Là, comme chezles Poussons, les uns, plus internes, s'entre-croisent, elles autres divergent. Tous viennent s'insérer plus ou moins obliquement sur les par-
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lies postérieure et latérale de l'anneau auriculo-venlriculaire. Cette dernière partie du trajet des fibres médianes, que nous avons vue être trèscourte chez les Poissons, a une assez grande étendue chez les Batraciens, et présente une grande netteté dans la disposition des faisceaux musculaires. Cette différence dans les dimensions, qui tient à la différence de position relative de l'orifice du sinus, semble masquer au premier abord la similitude complète qu'il y a dans la disposition de ces faisceaux chez les Poissons et chez les Batraciens. Mais un examen plus approfondi démontre cette similitude et permet d'éclairer par l'étude des Batraciens, où la disposition est on ne peut plus claire, ce point moins facile à constater de l'anatomie des Poissons.
Chez les Batraciens, la plus grande partie de ces fibres s'enlre-croisent au-dessous de l'orifice du sinus, et vont former à droite un plan profond de fibres obliques, et à gauche un plan superficiel do fibres symétriques à ces dernières. Toutes vont s'insérer plus ou moins obliquement sur les parties postérieure, latérale et même un peu antérieure de l'anneau auriculo-ventriculaire (PI. XIII, fig. 3. 4).
Quant aux fibres que nous avons vues chez les Poissons embrasser par des circonférences presque complètes les cornes latérales de l'oreillette, elles sont aussi très-nettement représentées chez les Batraciens 6" C (PI. XIII, fig. 3 et 4), où elles forment également des demi-circonférences et même des trois quarts de circonférence qui enveloppent d'avant en arrière les angles latéraux des oreillettes , et viennent s'insérer parleurs extrémités sur des points latéraux de l'anneau auriculo-ventriculaire.
Ainsi donc, chez les Batraciens comme chez les Poissons, les oreillettes se composent défibres à direction générale antéro-postérieure embrassant l'orifice du sinus veineux. Cette disposition commune a cela d'intéressant pour nous, qu'elle établit une analogie complète entre l'orifice du sinus des Poissons et les orifices réunis des veines caves et des veines pulmonaires chez les Batraciens, Ces orifices, en effet, vus chez ces derniers dans la cavité des oreillettes (PI. XIII, fig. 2, 4), forment par leur ens-^mble un orifice ovale, à grand, axe légèrement oblique, embrassé par des faisceaux musculaires exactement comparables à ceux qui chez les Poissons embrassent l'orifice du sinus. On voit nettement que cet orifice, d'abord
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unique dans sa charpente miisculairc, a été cloisonné secondairement. Cestlà un point intéressant, relativement au processus, de la constitution du système des veines pulmonaires. Je compte du reste insister sur la manière dont s'établit ce système, mais il convient actuellement de décrire la cloison inter-auriculaire et les valvules placées à l'orifice du sinus.
La cloison inter-auriculairc (PI. XIII, fig. 1, 2, 3, 4) est constituée chez le Crapaud par une membrane fibreuse mince et délicate, qui présente une légère concavité du côté de l'oreilwtte droite, et se trouve à gauche de la ligne médiane des oreillettes. Au niveau de l'orifice du sinus, elle correspond à la cloison qui divi.se le sinus et cet orifice en deux cavités et orifices secondaires, et adhère à cette cloison du sinus (PI. XV, fig. 1,2).
Une particularité digne de remarque de la cloison inter-auriculaire, c'est son indépendance à peu près complète des faisceaux musculaires qui tapissent les parois. En effet, elle passe au-dessus d'eux en y adhérant légèrement, mais sans interrompre leur parcours et sans influer en rien sur leur direction et leur disposition, de telle sorte que, la cloison enlevée, il ne reste, sur les parois auriculaires, pour ainsi dire aucun témoin de sa présence. C'est là une forme rudimentaire du cloisonnement de l'oreillette qui conserve à cette cavité tous les signes de son unité primitive. Cette cloison présente en outre sur sa face droite une valvule importante que nous allons retrouvera propos des orifices veineux.
L'orifice du sinus des velues caves dans l'oreillette droite (PI. XIII, fig. 1, 2, 4) a la forme d'une eUipse dont le grand axe est plus ou moins oblique de haut en bas et de droite à gauche. Cet orifice est fermé par deux valvules, dont l'une, externe, est constituée proprement parla lèvre droite de l'orifice du sinus veineux commun et correspond exactement à la valvule droite de l'orifice du sinus veineux des Poissons. Cette valvule, qui a un bord fibreux très-étroit, contient une partie des faisceaux musculaires qui embrassent à droite l'orifice commun du sinus veineux. La valvule interne doit attirer notre attention, car elle est de création nouvelle. Cette valvule (PI. XIII, /i^. 1, 2: E, fig. 4), large, fibreuse, est tout entière insérée sur la face droite de la cloison inter-auriculaire ; elle se dirige obliquement en bas et en avant, et son angle inférieur donne quelquefois insertion à un petit faisceau musculaire grêle qui vient se porter obliquement en bas
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jusqu'au faisceau musculaire aalérieur cl verlical des parois de l'oreillolte, dans lequel il se perd. Cette valvule n'a de relations aveclorifice du sinus commun que par son angle supérieur ; elle appartient exclusivement à la cloison, dont elle partage la structure fibreuse et dont elle semblerait être une sorte d'apophyse. Sa face inférieure regarde en bas, en arrière et à gauche, de manière qu'elle paraît devoir repousser le sang en bas vers l'orififo auriculo-ventriculaire droit, ou plus exactement vers la portion de cloison qui sépare l'embouchure des veines caves de l'embouchure des veines pulmonaires. Si cette portion de cloison était supprimée, la valvule tondrait donc à rejeter le sang des veines caves dans l'oreillette gauche. Je dois faire observer du reste que la portion de cloison qui est comprise entre le bord adhérent (le cette valvule et les embouchures veineuses se distingue nettement du restant de la cloison auriculaire par une minceur, une délicatesse et une transparence plus grandes ; aussi semble-t-on autorisé à considérer la valvule comme le bord postérieur dévié à droite de la cloison inter-auriculaire, tandis que la cloison mince et transparente qui est en arriére n'est en définitive que le prolongement de l'éperon veineux ou cloison des sinus. Cette dernière est venue adhérer par son bord antérieur à la face gauche de la cloison auriculaire, en avant du bord postérieur de cette cloison (PI. XV, fig. 2). La portion de la cloison auriculaire laissée en arrière de cette ligne d'adhérence serait poussée en avant par le courant sanguin et déviée à droite, de manière à constituer la valvule que je viens de décrire. Ces vues seront du reste confirmées par les études comparatives qui vont suivre. Cette valvule n'a point son analogue dans la classe des Poissons, puisqu'ils n'ont pas de cloison auriculaire; mais nous la retrouverons plus ou moins modifiée chez tous les Vertébrés à oreillette double.
Quant à l'orifice pulmonaire H (PI. XIll, fig. 2), il ne représente qu'un segment supérieur et gauche de l'orifice commun du sinus. Il semble constitué par le sommet même de l'orifice du sinus, sommet séparé par une coupe très-oblique en bas et à gauche. C'est une ouverture taillée en bec-de-flùte (PI. XlII./tg'. 2, 4), dont la lèvre droite, très-courte, n'est que la continuation supérieure de la lèvre droite de l'orifice des veines caves, et dont la lèvre gauche forme une légère saillie musculaire qui correspond
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à la lèvre gauche et à la valvule de l'oriOce du sinus veineux des Poissons. Le point de réunion de ces deux lèvres représente l'angle supérieur de ce même orifice. Il résulte de cette description que l'orifice pulmonaire a la forme d'un bec-de-flùte dont la lèvre gauche est beaucoup plus longue que la droite. Les lèvres de ce bec-de-flùte possèdent des fibres musculaires. En dedans, au niveau de la cloison qui sépare les deux orifices veineux ei les deux oreillettes, l'orifice pulmonaire est dépourvu de valvules. Nous verrons du reste, à propos des Reptiles, comment se forme cet orifice pendant la systole auriculaire. Nous tirerons également, des détails de structure que je viens de donner, des déductions propres à jeter quelque lumière sur le mode de formation du système des veines pulmonaires.
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