TRANSFORMATIONS DU CŒUR
trouve dans un plan vertical oblique, c'est-à-dire intermédiaire entre le plan antéro-postérieur de certains Poissons et le plan transversal des Amphibiens(Pl. XVI, /ig. 1 Ois ); et comme le plan oblique se rapproche plus ou moins de la direction transversale, la transition est on ne peut plus ménagée et la différence insensiblement effacée.
Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de revenir sur l'homologie parfaite que nous ont présentée les oreillettes des Poissons et les cavités de même nom des Batraciens. Chez ces derniers seulement, nous l'avons vu, une cloison s'établit dans le sinus et dans les auricules, pour séparer les deux systèmes veineux. Le Lepidosiren paradoxa, chez lequel la cloison des auricules est incomplète, forme un type intermédiaire extrêmement intéressant entre les Poissons et les Batraciens.
La cavité ventriculaire des Amphibiens offre une identité complète avec celle des Poissons: pas de cloison et cavité unique. Chez quelques-uns cependant, le Siren laccrtina' par exemple, on constate une proéminence plus accentuée de deux colonnes charnues opposées, donnant lieu à l'exagération d'une de ces cloisons incomplètes, à bord concave, que nous avons vues dans le ventricule des Batraciens anoures (PI. XII, fig.Z). C'est là peut-être un premier degré de la cloison interventriculaire, que nous verrons plus accentuée chez tous les Reptiles proprement dits. J'ai déjà dit que la structure des parois venlriculaires des Poissons était moins aréolaire et caverneuse que celle des Amphibiens ; c'est là une différence de degré qui s'efface pourtant d'une manière complète dans certains cas. Ainsi, chez les Gades, suivant la remarque intéressante de M. le professeur Jourdain^, les parois ventriculaires manquent de la couche musculaire à tissu dense qu'on rencontre chez les Poissons. Toute l'épaisseur de la paroi ventriculaire possède une structure spongieuse, et au moment do la diastole s'imbibe de sang noir. Aussi le cœur des Gades, comme celui des Batraciens anoures, ne possède-t-il pas de vaisseaux. Le bulbe seul reçoit un rameau presque capillaire de l'artère hyoïdienne.
Le cœur des Poissons présente, comme celui des Amphibiens, une subdi-
' OweQ; Trans. oj the Zool. Soc, tom. I, pag. 216.
'■^ Jourdaiu; Comptes-rendus de l'Académie des sciences. '28 janvier 1867.
vision de lacavilé venlriculairc par une saillie charuuo supérieure en deux loges très-inégales el communiquant Irès-lârgement entre elles. L'une, grande, est en relation directe avec les oreillettes: c'est la cavité ventriculaire proprement dite ; l'autre, petite, infundibuliforme, présentant supérieurement l'orifice du bulbe, forme la cavUè vestibulaire des troncs artériels.
Chez les Amphibiens comme chez les Poissons, le bulbe conserve une certaine longueur et est tout à l'ait indépendant du ventricule. Chez la plupart des Poissons osseux, il ne possède de valvule qu'à son orifice inférieur; chez d'autres (les Plagiostomes, les Gaaoïdes), il a, comme chez les Amphibiens, un appareil valvulaire plus ou moins complet à ses deux extrémités. Chez certains Poissons (les Poissons osseux), le bulbe est formé presque uniquement de tissu élastique el de quelques rares fibres musculaires lisses; chez les Sélaciens, etc., il est entouré, comme chez les Batraciens, d'une épaisse couche de fibres musculaires striées, circulaires et concentriques. Il y a donc extérieurement identité entre le bulbe des Poissons et celui des Amphibiens; mais dans l'intérieur s'établit chez ces derniers une disposition nouvelle que nous avons longuement étudiée ; je veux parler de la demi-cloison en pas de vis qui divise la cavité du bulbe en deux rampes, l'une aortique et l'autre pulmonaire.
Quant aux vaisseaux naissant du bulbe, l'histoire du développement du têtard de la Grenouihe et l'anatomie des Batraciens pérennibranches démontrent assez qu'ils ne sont que des modifications survenues dans les crosses branchiales primitives des Poissons. Je n'insiste pas sur ces points, qui sont faciles à saisir et dont la plupart sont parfaitement connus. Je préfère m'arrèter plus longuement sur la comparaison des cœurs d'Amphibien et de Reptile; j'espère pouvoir sur ce point présenter quelques considérations nouvelles.
TRANSFORMATIONS DU CCEUR.