DES TYPES DE CIRCULATION DANS LA SÉRIE DES VERTÉBRÉS
Le mouieuL ec^l venu luaiiitenaut de classer les formes qu'affecte l'appareil de la circulation dans la série des Vertébrés, cl les rapports de ces formes avec la vie dans les différents milieux aérien ou aquatique. Les considérations qui précédent nous aideront singulièreiaent à remplir cette dernière partie de notre proj^ramme. Ce sera ià du reste comme la conclusion de notre travad.
On a jus(iu'à |)ruseiit reconnu que l'appareil circulatoire des Vertébrés affectait trois formes principales :
1" L'une d'elles est caractérisée par l'existence d'un cœur composé de deux cavités seulement et ne recevant que du sang veineux. Elle appartient essentiellement ù la classe des Poissons.
2° La seconde se reconnaît cà l'existence d'un cœur à trois cavités, savoir : deux oreillettes, et un ventricule où le sang artériel et le sang veineux viennent se mêler pour être distribués ensuite dans les artères de la grande et de la petite circulation. Ce mode de constitution appartient exclusivement aux Batraciens et aux Reptiles.
3" Enfin, le troisième type diffère des deux précédents par l'existence de quatre cavités cardiaques, la séparation complète entre la portion artérielle et la portion veineuse du cœur, l'indépendance des vaisseaux qui naissent des deux ventricules, d'où résulte que tout mélange entre le sang rouge et le sang noir e.st complètement impossible. Cette forme est propre aux Oiseaux et aux Mammifères.
Les différences qui caractérisent ces trois types ont donné lieu aux dénominations suivantes : 1" Vertébrés à circulation simple pour les froissons; ■2.° Vertébrés à circulation double et incomplète pour les Batraciens et les
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Reptiles: et 3° Vertébrés à circulation tloi/.hlc et complète pour les Mammifères et les Oiseaux ' .
Considérée d'un point de vue très-général, cette classification embrasse certainement les diverses formes que revêt la fonction circulatoire chez les Vertébrés; mais il y a pourtant lieu de se demander s'il ne conviendrait pas de modifier, à la lumière des notions nouvelles, la caractéristique du second groupe, qui'comprend les Batraciens et les Reptiles. Tout ce qui précède dans ce travail ne permet pas d'accepter comme caractéristique générale du cœur desRep'àies, d'avoir un ventricule où, le sang artériel et le sang veineux viennent se mêler, pour être distribués ensuite dansles artères de la grande et de la petite circulation: cette propositiou se trouve d'une part en contradiction avec les résultats de mes recherches sur le groupe tout entier des Reptiles, et tendrait d'autre part à exclure de ce groupe des familles entières qui lui appartiennent pourtant à juste titre. Nous savons en effet que si le sang artériel et le sang veineux se mêlent plus ou moins dans le ventricule, ce mélange n'a pas lieu pour la masse du sang, comme pourrait le laisser croire la proposition que je discute, mais seulement pour les couches voisines de ces deux espèces de sang. Nous savons également que ce n'est pas un mélange des deux sangs qui se distribue dansles vaisseaux des deux circulations, mais que les vaisseaux de la petite circulation ne reçoivent que du sang noir, et que, si un ou deux des vaisseaux de la grande circulation reçoivent au début du sang noir ou du sang mixte, ils reçoivent aussito^t; le sang rouge qui est arrivé au ciEur. J'ajoute enfin qu'on ne peut certainement considérer aucun des caractères énoncés ci-dessus comme appartenant aux Crocodiliens , et que par conséquent cet ordre tout entier se trouve par cela même exclu de ce groupe des Vertébrés, auquel se rapporte le second type de l'appareil de la circulation.
Il faut donc caractériser autrement ce second type, et je crois qu'il convient de dire qu'il se reconnaît à l'existence d'un cœur à trois ou (juatre cavités, savoir: deux oreillettes et un ventricule (Batraciens), ou deux ventricules dont la séparation est plus ou moins complète (Reptiles). Dans ce cœur, la circulation s'accomplit de telle manière que la petite circulation ne
• Voir Milne-Edwards ; Leçons sur la phys. cl l'anal, ramy., tom. III, pag. 314. ISJS.
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i'eçoil(|uo(lu sang veineux, el quel;! gninde roroil. outre luullo sangai'léricl, une (juautilé variable de sang uiixle dont le mélange s'est produit, ou dans le ventricule (Batraciens et Reptiles à ventricules communicants), ou audessus de l'origine des deux aortes (Crocodiliens). En un mot, ce qu'a de vraiment caractéristique ce groupe, ce qui l'empêche d'être confondu avec aucun des deux autres, c'est le passage, dans un des vaisseaux de la grande circulation ou dans les deux, d'une quantité plus ou moins limitée de sang mixte. Aucun des deux autres groupes ne présente un pareil phénomène, et tous les Vertébrés qui appartiennent au groupe dont il s'agit le présentent à un degré quelconque.
Ce second type, qui a donné lieu à tant d interprétations diverses, présente plusieurs sous-types importants qui constituent, comme nous l'avons vu, une chatae presque ininterrompue conduisant des Poissons aux Vertébrés supérieurs, .le n'ai pas à revenir sur ce point ; je liens seulement à étudier ces sous-types au point de vue des relations de plus en plus croissantes du sang artériel imr avec le cœur, et de l'introduction progressive de la vie aérienne dans la nature.
Si on laisse de côté le Lepidosiren, qui est un animal de transition fort remarquable, et quelques Poissons intéressants, tels que le Polyptere du Nil et le Guchia du Gange, chez lesquels la vessie natatoire a quelque tendance à devenir un organe pulmonaire, on peut dire que les Batraciens représentent, dans la faune actuelle, le premier effort fait par la nature pour passer de la vie aquatique (unique lors de l'apparition du régne animal) à la vie aérienne. A cet égard même, les Batraciens représentent deux périodes ou deux degrés de cet effort. Les Pérennibranches constituent un premier degré dans lequel, la vie aquatique étant fondamentale et habituelle, la vie aérienne est devenue possible dans une certaine limite, et pour ainsi dire se surajoute, se superpose à l'autre, sans devenir suffisante par elle-même. L'apparition d'un organe pulmonaire encore peu développé, mais pourtant capable d'un certain rôle, co'incidant avec la conservation des branchies ou houppes cutanées res;)iratoires, et avec l'absence pour la peau de tout revêtement écailleux inperméable à l'air, caractérisent ce premier degré de passage à. la vie aérienne. Les Balraci eus abranches