DES TYPES DE CIRCULATION
chez les Oiseaux et chez les Crocodiliens. il y a au fond une filiation peutêtre plus étroite entre le cœur des Crocodiliens et celui des Mammifères qu'entre ce premier et celui des Oiseaux. Je sais bien que telle n'est pas l'opinion des zoologistes: mais la lumière que j'espère avoir portée sur les rapports qui relient ces organes entre eux me permet d'affirmer que le cœur des Oiseaux est, auprès de celui des Mammifères, le résultat d'une transformation plus radicale du cœur des Crocodiliens, et représente le plus haut degré de perfectionnement de cet organe au point de vue de la vie aérienne.
En effet, tandis que chez les Mammifères nous avons retrouvé une aorte gauche et une aorte droite, incomplète il est vrai, communiquant entre elles par un vaste foramen de Pannizza ; chez les Oiseaux, l'aorte gauche, c'est-à-dire la soupape de sûreté contre l'arrêt de la circulation pulmonaire, s'est entièrement effacée et n'a laissé aucune trace. Je conviens que les rapports de l'aorte droite et de ses branches, qui représentent si bien chez les Oiseaux l'aorte droite des Crocodiliens, je conviens, dis-je, que ces rapports établissent certainement entre les uns et les autres de ces animaux des relations exLrémeraent intéressantes. Mais, au point de vue du perfectionnement de la vie aérienne, il n'est pas douteux que la disparition complète de l'aorte gauche n'annonce chez les Oiseaux une préparation à la vie aérienne plus précoce et plus radicale que chez les Mammifères.
Je dois et je puis maintenant m'elever contre des notions déjà anciennes, et que l'on retrouve encore sous la plume des zoologistes les plus éminents. On dit eu effet que, dans l'organisation des Reptiles, la nature a cherché à réaliser le mélange des deux sangs, et à remplir les canaux artériels, soit pulmonaires, soit aortiques, d'un sang plus ou moins mixte. C'est là une notion fausse et contre laquelle il est de mon devoir de protester. Tout ce que j'ai pu dire sur les Reptiles, dans ce travail, piouve en effet que, dans cette substitution progressive de la vie aérienne à la vie aquatique que nous venons d'étudier, les communications possibles entre le système à sang noir et le système à sang rouge, soit dans le cœur luimême, soit dans les vaisseaux, portent les indices évidents de progrès vers une séparation complète, et ne sont conservées que comme des dispositions
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indispensables pour mcnagcr la li'aiisilii)n ilc la vie a(jual,i(pie à la vie aérienne. La nature n'a point recherché chez les Reptiles le mélange des deux sangs, car, s'il en était ainsi, les Reptiles seraient inférieurs aux Poissons, ce qui ne peut être raisonnablement admis. Elle n'a point recherclic ce mélange, mais elle l'a subi comme compensation à un avantage plus grand, savoir: la possibilité de la vie aérienne au sein même d'un organisme primitivement constitue pour la vie aquatique. La preuve que la nature a subi et non point rec/ierclic ce mélange, c'est qu'elle a tâché de le restreindre de plus en plus et de le réduire aux plus faibles proportions. Pour cela, elle a employé ces moyens, aussi ingénieux que variés, que nous avons longuement étudiés dans ce travail ; les deux sangs ont été mis en contact plutôt que mélangés et confondus. Ils se touchent et peuvent se mêler par leur tranches voisines; mais les masses restent distinctes et reçoivent des destinations difï'érentes. Bientôt, à mesure qu'on s'élève, les points de contact des deux sangs diminuent, se restreignent en nombre et en étendue, jusqu'à ce qu'ils s'effacent entièrement et que la séparation devienne complète chez les Vertébrés supérieurs.
Toutes ces considérations établissent entre les Oiseaux et les Mammifères jjlongeurs d'une part, et les Reptiles et Âmphibiens d'autre part, des différences dans les conditions d'organisation qui doivent frapper l'esprit du lecteur, et que je résumerai ainsi:
(]hez les Oiseaux et les Mammifères plongeurs, il y a sous l'eau interruption brusque et plus ou moins complète des conditions iiormalci et nécessaires de la vie.
Chez les Reptiles, il y a sous l'eau modification et altération ralentie des conditions de la vie.
Chez les Amphibies proprement dits (Batraciens), il y a sous l'eau introduction de conditions différentes, mais normales et régulières, de la vie.
Ici se terminent les considérations générales que j'ai tenu à placer à la fin de ce travail. Je n'ignore pas que dans le cours de ces trop longues pages je me suis .souvent exposé à des longueurs et à des répétitions dont le lecteur aura raison de se plaindre; mais j'espère qu'il voudra bien me
les pardonner, eu égard à la difliculté même du sujet, et en récompense
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des etforls que j'ai faite ]ionr être clair. L'inlérét même des questions que j'ai abordées m'a entraîné plus loin que je ne m'étais d'abord proposé d'aller. D'autres pourront s'en plaindre; mais, pour moi, je ne saurais être trop reconnaissant pour les heures de calme et d'oubli que je dois à ces recherches scientifiques. Au milieu des tristesses et des épreuves que Dieu n'a point épargnées à notre temps, il m'a été permis, en écrivant ces pages, de me transporter dans un monde plus pur et plus serein, et d'oublier parfois les misères humaines.