LA PENSÉE DE BOMBINELLA
O des contacts puants inexprimables extase !
Beauté du lait, parfum des noirs égouts, splendeur Des ténèbres, dégoûts altérants, soif de vase, Quand la beauté se vautre au bras de la laideur!
LA PENSÉE d'aNTOMO
Le lit est blanc, blanche la joue, Et j'ai vu sur ses dents passer ' Sa langue rose qui se joue ; Son rire appelle le baiser;
Et moi j'hésite et la contemple Soucieux, prêt à m'écrier :
— Ta beauté, femme, c'est uij temple Où seul j'aurais voulu prier!
BOMBIiNELLA
Leste comme une chèvre, Berthe courait. « Ta lèvre Est un fraisier charmant, »
Reprit l'amant.
« Le baiser, fraise rose, Donne à la bouche éclose.
Qui le laisse saisir.
Un doux plaisir.
— S'il est ainsi, dit Berthe, Laissons sous Tombre verte, En paix dans les sentiers Les beaux fraisiers. »
Antonio, j'ai soif, fais-moi passer mon verre.
ANTONIO
Entre tes bras de marbre, ô charme! je me serre. Ahl qu'on est bien ainsi, ma blonde, et comme c'est Doux et bon de sentir qu'on aime, et comme l'âme Se dilate et s'étend dans l'amour! On ne. sait Ce que. c'est : vin, céleste ou terrestre dictame,
Regard de femme, ou bien de l'amour éternel
Un reflet idéal figé dans le réel ; /
Mais l'être ravivé s'épanouit en joie!
Se noyer dans l'ivresse et sentir qu'on se noie,
Faire éclore son cœur, bourgeon chétif et nu,
Au fécondant soleil d'un avril inconnu;
N'être qu'un, et pourtant sentir qu'on est deux : être
Deux et sentir que l'on n'est qu'un...
Onétermie dans la pièce voisine.
Flamme et salpêtre!
Nous sommes trois !
BOMBTNELLA
Qu'as-lu donc à crier ainsi?
ANTONIO
N'as-tu pas entendu?
BOMBINELLA
Bon! sans doute la porte.
Qui se plaint sous le vent. Et puis que nous importe, Ma chère ûme !
On éternue de nouveau.
ANTONIO
Par tous les saints du paradis, Cette fois j'en suis sûr !
BOMBINELLA
Qu'est-ce encor?
ANTONIO
Je te dis
Que quelqu'un est caché là. Qu'il prenne soin d'être, Je l'avertis, enfant ou vieillard, femme ou prêtre. S'il ne veut pas sortir cadavre I
Il se précipite.
BOMBINELLA .
Il devient fou !