‹ Thétre en versChapitre 67 sur 96 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

ORLANDA

Mais ils vont le tuer. Je connais leur féroce Justice. Des bourreaux, ces franciscains. La crosse Du prieur, c'est là hache, et leur noir tribunal C'est déjà l'échafaud. D'ailleurs le cardinal Le punira surtout de m'avoir épargnée.

On lui ferait merci, s'il m'eût assassinée... Ah! que ne suis-je morte !

S'asseyant :

Enfin, c'est effrayant, N'importe quelle femme, une pauvresse, ayant

Un bâton dans la main, si quelqu'un vient lui prendre

Son amant peut tenter au moins de le défendre ;

Et moi, lie sceptre au bras, pour protéger le mien.

Moi, reine, car je suis reine! je ne puis rien.

Rien, rien, rien !— Comme ils ont vite courbé leurs têtes,

Ces hommes, lâchetés à toute honte prêtes.

Devant ces frocs. Luther. a raison : tout le mal

Vient des moines. Rien? Rien? Non, rien! C'est infernal.

Et pour comble d'horreur, Danielo me méprise

Et me maudit. Longtemps le destin thésaurise

Les deuils, les pleurs, puis, comme un sac qui se découd,

Verse toute l'affreuse épargne d'un seul coup.

Quand je disais des vers d'amour chez les clarisses,

Dans le murmure épris des voix adulatrices

Quand je riais avec mes folles, folle aussi.

Qui m'eût dit qu'il allait m'arriver tout ceci !

Sanglotant :

Ah ! c'est trop de tourment pour une pau\^e femme.

Entre Giorgio d'Ast. Elle se tourne au bruit.

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