‹ Thétre en versChapitre 78 sur 96 · SCENE rv · texte numérisé non relu

SCENE rv

Ll^ Midcz.^. césar SFOP^V. les CruKTKAXs, ILS Gai-ie^. MERE AGRAALXNTE, •

L£5 ClAFI^Si^. CHL\RINA- LES TROIS FoLLES, LE pÊ'.JflTE'P ET LE? lECi MaSSIEES, qxi s«it sH^ se pUcer

orla:çda

(jiêiCf:. monseicTieur 1 Je ne suis plus la reine î A quoi vous sert ma mort? Faul-il prendre la peine Ij'achever les vaincus quand on est triomphant ? Faites grâce! Je suis une femme, une enfant, El je n'ai pas assez de j^ang pour le supplice.

CÉSAR SFORZA

I] faut, selon Tarrêt, que ton sort s'accomplisse.

Le promoteur et les massiers ont ouvert la griUe.

Kl que le ciel absolve où l'homme a châtié.

La torraKso apparaît toute, mais très noire, sans rien de nettement viMJble, RouH un ciel de nuages sombres et bas qui se précipitent. A poirio aporçoit-on, assez loin, une cbose peu haute et p&le, entre des torriho» rou^foâtros plantées dans le sol comme des arbres qui brûleraient. Hculoraont, entre les tentures levées, tout à fait devant, à jffiurlio, il y a un petit autel-roposoir, où, selon le cérémonial du Httint-Offlco franciscain, la liache d'argent est posée sous les bras qui SéniNMOitt de l'imogo de saint François d'Assise. — Un frère mineur est

prosterné à droite de l'autel. C'est l'exécuteur. Peu à peu, les nuages s'écarteront, la terrasse s*éclairera d« lumière nocturne.

DAMELO

Monseigneur! vous auriez bien fait d'avoir pitié!

Il a saisi la hache d'argent, posée sur le pelit autel, et s est jeté sur le

cardinal qu'il frappe au front.

Un grand cri de toutes parts. Les trois folles et Ghiarina se précipitent

vers la reine évanouie, tandis que les courtisans et Jcs gardes, les . armes levées, se jettent sur Danielo.

Mais César Sforza n'est pas tombé. Sa blessure semble légère. Une ligne

rouge lui coule du front, entre les yeux. — La terrasse, déjà, n'est

presque plus obscure.

CÉSAR SFORZA

Arrêtez, — tous !

On obéit. — Aux massiers :

Liez cet homme et cette femme.

Ils s'aiment? C'est le jour de leur épithalame ! Et je veux vivre assez pour voir à mon signal L'hymen de leurs deux fronts au billot nuptial.

L'exécuteur, qiii a ramassé la hache, se dirige vers le fond de la terrasse.

ORLANDA

Pour la première fois, sois béni !

Avec une joie passionnée :

C'est ensemble Que nous mourrons ! N'allez pas croire que je tremble Parce que notre sang coulera sur l'autel Qui du bonheur d'un jour fait un rêve immortel !

DANIELO

Héléna !

ORLANDA

dans les bras de Danielo, en lui montrant les folles et Chiarina

Laisse-les pleurer notre infortune !

C'est encor le sommeil à deux, la mort commune. Je n'ai plus peur de Tombre où je vais avec lui I — Dans un dernier regard, le dernier d'aujourd'hui, Car nous nous reverrons, demain, dans la lumière, Donne toute ton âme et prends mon âme entière, Et mêlons-les si bien que Tange radieux S'imagine emporter une seule âme aux cieux !

Sous le ciel tout d'azur, la terrasse est devenue magniâquement lumineuse de lune et d'étoiles. L'allée de lauriers- roses apparaît jonchée de fleurs, vers le billot blanc, au fond, et voici qu'entre les lauriersroses, un peu en avant des arbustes espacés, les jeunes clarisses, postulantes et novices, viennent s'agenouiller en jetant des fleurs et levant des cierges dans la clarté plus éblouissante. La lune s'étend jusque dans la sombre salle. Et l'orgue invisible pleure un chant très pur, très clair, angélique.

Cependant César Sforza a ordonné le supplice. L'exécuteur, la hache levée, se tient près du billot; et, s'enlaçant, Orlanda et. Danielo entrent sur la terrasse lumineuse.

ORLANDA

Viens !

Ils marchent, enlacés, vers le billot blanc, dans l'allée de lauriers-roses et de cierges. Les voici à la place même où, par une nuit pareille, elle ■ lui donna le premier baiser.

vers l'exécuteur

Toi ! si tu suffis à cette double tâche.

Frappe les deux amants ravis I Et que la hache

Vers le chevet pâle où nos fronts vont se poser Tombe sans désunir notre infini baiser !

Comme elle fit a^itrefois de son blanc voile diaphane, Orlanda enveloppe Danîelo de sa large maoche de bure blanche. Voilés, ils s'unissent dans une caresse suprême...

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