PHEMIER FOU DEUXIÈME FOU
Me voilà.
r Les deux ducs entrent, familiers. Us portent un costume semblable : une longue robo de soie i)Ianche brodée de fleurs de lys et doublée d'hermine, avec de grandes manches à franges d'or qui descendent jusqu'à
terre. Sx)us la robe, uae « cotte- hardie » de drap écarlalc que serre à la taille une ceinture île cuir décorée de clous dor. Ils portent un grand collier à chaînons d'or, avec les insignes du bâton et du rabot. Â rentrée des ducs, les dames se groupent derrière la reine, qui se soulève lentement.
JEAÏÎ-SANS-PEUR
brusque et familier
Monseigneur l Monseigneur !
Nous avons fait la paix pour le plus grand honneur Du royaume et le bien de la France abattue I
LOUIS d'orléans C'est bien dit.
JEAN-SANS-PEUR
Le temps presse. Il faut qu'on s'évertue.
LOlJts D'ORLÉANS
J'y consens.
JEAN-SANS-PEUR
Notre gloire est en péril. L'Anglais Relient Bourg en Guyenne et ne rend point Calais.
LOUIS d'orléans
D'accord. Mais cette ardeur louable vous entraîne Et vous ne songez point à saluer la reine.
Joan-sans-Peur courbe le genou devant la reine. LA REINE
Soyez le bienvenu, beau cousin.
LOUIS D'ORLÉANS baisant la maia de la reine
Chère sœur !
Le duc de Bavière, le« prinoes et les principaux seigneurs s'approchent et complimentent la reine.
JEAN-SANS-PEUR
persistant
Enfin le peuple souffre et veut un défenseur. 11 se plaint qu'on le pille et l'opprime.
LOUIS d'orléans
Ah! vous êtes Populaire.
JEAN-SANS-PEUR
La Cour passe le temps en fêtes Et nul n'a plus souci du devoir ni des lois.
Vous même, Orléans, vous, pair et duc de Valois, Prince des fleurs de lys et frère du roi Charle, Vous avez mal agi dans tout ceci. Je parle En bon parent. D'abord, vous jouez trop.
LOUIS d'orléans
Le jeu
Vous fâche?
JEAN-SANS-PEUR
Vous perdez.
LOUIS d'orléans
Par Saint-Jacque I aussi peu Que je puis.
LES Traîtres 281
JEAN-SANS-PEUR
Vous avez des dettes.
Qui les paîra ?
LOUIS d'orléans
Faute ancienne.
jean-sans-peur louis d'orléans
Le diable ou moi. J*ai la Guyenne.
La dame de Coucy nous a légué Soissons.
JEAN-SANS'PEUR
Un souvenir d'amour!
LOUIS d'orléans
Je faisais des chansons Pour elle! un virelai vaut bien un apanage.
LA REINE
se rapproche, inquiète de rirritation dos ducs, bas à Louis d'Orléans
Vous l'irritez, bon duc, cessez ce badinage.
Haut :
Mon cousin de Bourgogne est mauvais courtisan, Mais il a bien un peu raison, convenez-en.
Les danses, les cartels, les mascarades folles, Les jeux partis au son des nocturnes citoles, Les rubans.et les vers, ces mille riens charmants Qu'on adore, et l'amour aux déhcats tourments,
Sont choses qu'il est bon de laisser hors d'usage. L'heure est sombre. Louis, il faut se rendre sage.
A Jean-Sans-Peur : . * "
N'est-ce pas, mon cousin?
LOUIS d'orléans
bas à la reine, ironique et menaçan.!
Vous me paierez ceci.
Bonne sœur.
Haut, très gai : , .
Je me rends. Quittez ce grand souci, Bourgogne; on dictera de belles ordonnances.
Plus d'impôts. Montaigu sauvera les finances.
Jean de Montaigu se détache d'un groupe. Toque blanche enrichie de pierres précieuses. Pourpoint noir rehaussé de petits ornements d'argent. Collet noir. Grandes manches dites mahoîtrea. Collier de feuilles de coudre en argent dont les queues sont entrelacées. Louis d'Orléans lui frappe sur Tépaule.
Que devient le trésor, bon intendant?
Jean de Montégu, déplorablement bègue, fait de vains eiforts pour parler et s'explique par un geste de désespoir.
Je sais.
A Jean-Sans-Peur :
Observez qu'il est bègue et lugubre à l'excès. Néanmoins, c'est un clerc illustre, où Pythagore N'était qu'un apprenti.
Jean-Sans-Peur, mécontent, va vers la gauche où sont groupés les seigneurs bourguignons, tandis que d'Orléans rejoint la reine à droite.
Ces robes à la gore Ont un air très galant. Le merveilleux dessin ! Il est de vous, sans doute?
LA REINE
Ehl peut-être.
LOUIS D^RLÉANS
Le sein Moule sa neige intacte au treillis do corsage, y uc de rubans ! Mais, las ! il faut sç rendre sage. Mon cœur a trop souffert de peines pour l'amour Des rubans. ^ •
LA REINE
qui arrache un ruban à son corsage et le donne à Louis d'Orléans
Soyez fou, mon frère, un dernier jour.
Louis reçoit les rubans à genoux et baise la main de la reine. La dame do Romans passe derrière lui, très colèxe.
^ LOUIS d'obléans
toujours à genoux, bas à la ^Buae do Romans
Jalouse ! donnez-moi le bout d'une dentelle Et prenez le ruban.
la reine Qu'est-ce?
louis d'orléans
Une bagatelle î On me demande avis sur un point délicat Qui divise les cours d'amour.
LA REINE
Bon avocat!
louis d'orléans
haut, à la reine
Ce n'est qu'un jeu parti. Voulez-vous que j'expose Le différend?
A Jean-Sans-Peur :
Bourgogne, approchez-vous, la chose Est piquante et des clercs très fins s'y sont déçus. Il faudra nous donner votre avis là-dessus.
JEAN-SANS PEUR
Excusez-moi. Je porte une âme qui s'irrite Aisément.
LOUIS d'orléans
Grâce à Dieu, madame Marguerite, La perle-fleur, comme on disait, ne se rend point D'une humeur bourguignonne et cruelle à ce point ! Mais vous la retenez à Dijon, sans vergogne.
JEAN-SANS-PEUR
La duchesse a des soins et se plaît en Bourgogne.
LOUIS d'obléans Jaloux !
Aux dames et aux seigneurs qui l'environnent :
Mais écoutez.
JEAN-SANS-PEUR
Venez çà, des Ursins.
Juvénal des Ursins se détache d'un groupe à gauche.
LOUIS d'orléans
(( Lequel est le meilleur .entre ces deux desseins, D'aimer une bourgeoise ou quelque noble dame? » Tel est le point. Pour moi, j'hésite et je réclame Vos avis.