LE COMTE DE NEVERS
La réponse est facile.
LOUIS d'orléans
, Eh ! Nevers,
Quatre cours ont porté des jugements divers.
LE COMTE DE NEVERS souriant à la dame de Châteaux
Par d'illustres amours une âme se rehausse.
LOUIS DORLÇANS regardant la reine
Le bonheur est peu sûr, car mainte grande est fausse.
LA REINE
Mais le cœur s*aviht dans un lien banal.
LOUIS D'ORLÉANS
Mais il se meurt dans l'autre.
JEAN-SANS-PEUR bas, à Juyénal
Ehl quoi, bon Ju vénal, Se peut-il qu'on en vienne à ce point de bassesse?
LA DAME DE CHATEAUX
ingénument
Un amant met sa gloire à se mourir sans cesse.
LOlIà DORLÊAXS
Que dira là-dessus la clame de Romans?
LA DASE DE ROMAXS
Ou il convient d'être prêt à tous événements Le sort a des rigueurs où Tâme se résigne.
LA DAME DE OCESlTOY
maigre
Un esprit élevé fait cette humeur bénigne.
Se commande à soi-même et nargue le destin,
LOUIS d'orléa:«s
à la reine
Que résoudre, ma sœur? Je demeure incertain Parmi ces beaux discours dont la grâce m'enjôle.
Dnn Ion plus bas :
Mais nous consulterons le vidame de Maulle, X 'est-ce pas?
Les scigoeurs et les dames s'écartent nn peu. Le sire de Moutaiga s'est rapproche de Jean-Sans-Pcur et lui a communiqué des papiers aux armes royales que le duc feuillette avec impatience.
LA RELNE
soupçonneuse
A quoi bon, le vidame?
LOUIS D ORLEANS
Il est temps De soumettre la cause aux juges compétents.
Levidame Test-ir?
LA HEtNE
LOUIS d'orléans
Sans doute. II a son rêve, Un rêve formidable et charmant, qu'il achève Dans la réalité des vulgaires amours.
LA REINE
inquiète
Cela vous plaît de rire et vous tenez toujours
Cent propos dont plus tard vous plaisantez vous-même.
LOUIS D^ORLÉANS -
Peut-être. L'autre soir, à l'hôtel de Bohême,' Nous étions là, Clermont et moi, d'autres encor; Le vidame a gagé quatre cents écus d'or Qu'il toucherait le cœur .d'une bourgeoise belle A défier Vénus, et vous-même, Isabelle !
LA REINK
qui se lève, conduit Louis d'Orléans sur le rebord de l'avant-scène, très bas, sans colère apparente
Vous mentez, n'est-ce pas ?
Louis d'Orléans proteste. Elle, très calme et souriante :
Eh ! bien, non, je vous crois.
Mais vous étiez là, vous et Clermont, deux ou trois Encore, on peut savoir le nom de cette femme?
LOUIS D ORLEANS comme indécis
* Sans doute.
LA REINE
à part, bas et vite
Si c'est vrai, c*est une chose infâme.
A Loais d'Orléans :
Vous le savez?
Très caressante et minaudant :
Eh bien! dites-le-moi ce nom.
Et racontez-moi tout, de point en point, sinon Je ne vous croirai pas.
Louis d'Orlëans feint d'hésiter encore. La reine, brasqne et farouche :
Ah ! duc, Dieu te punisse Si tu mens ! mais ce nom, je le veux.
LOUIS d'orléans
Bérénice.
La reine réprime un mouvement de colère, regarde haineusement la petite porte do la chapelle, et va s'asseoir. "
JEAN-SANS-PEUR
éclatant, une liasse de papiers à la main
Est-ce que les écus sont des cosses de noix, Monseigneur? Vive Dieu! trois mille écus tournois Aux moines Célestins! On se moque, j*espère?
Il consulte l'ordonnance,
NonI trois mille. Il est vrai que le couvent prospère, Et nous ne manquons pas de beaux sermons latins !
LOUIS d'orléans Est-ce un mal? J'aime fort les Pères Célestins.
JEAN-SANS-PEUR
Beaucoup trop. Qu'a-t-on fait pour les hommes de guerre?
Rien. Pourtant le trésor est vide. Quoi I naguère
J'avais six mille archers bourguignons. Où sonf-ils?
Est-ce avec des amen et des discours subtils
Qu'on reprendra Calais et Bourg? De bons gens d'armes,
De rud^s compagnons vieillis dans les alarmes
Des sièges et des camps, voilà ce qu'il nous faut ;
Car vous n'enverrez pas vos moines à l'assaut
Des bastilles !
LOUIS d'orléans
Bourgogne, il est bon que je fasse Mon salut.
JEAN-SANS-PEUR
à Juvénal des Ursins
Son salut I Donc, le rouge à la face Ne Jui montera pas.
A Loais d'OrléaDS, à voix basse d'abord, violent :
Serait-ce, monseigneur.
Que Ton sauve son âme à perdre son honneur?
Quoi ! le.jeu! quoi! le cri des couche adultères! Nlmporte. Vous avez les moines. Mœurs austères. Vos festins sont coûteux, vos jeûnes encor plus, Beau cousin ! le pays tombe, géant perclus Qu'on détrousse. Ehl péchez au moins sans pénitences! Car le peuple, rêveur à l'ombre des potences. Estime qu'en effet dans cette abjection.
Le crime est moins fatal que l'absolution.
LOUIS d'orléans
Bourgogne, vous avez d*iinprudentes colères ! Ces pudeurs de Flamand et ces airs populaires Ne peuvent m'agréer en aucunes façons.
Nous avons fait la paix, c'est convenu, passons, Mais nos inimitiés, vieilles de quatre années, Un jour ne les a pas si biens déracinées Que l'un de nous, d'un mol qu'il fallait rétenir, * Ne puisse obliger l'autre à se ressouvenir:
JEAN-SANS-PEUR
Vous aviez oublié? Pourquoi? Par Saint-Étienne, Toutes mes actions qu'on les retienne !
^-Quand donc, pour mériter cette honte, l'oubli, Ai-je forfait aux lois ? ou trompé? quand faibli? S'il plaît à Dieu^ moi mort, de me faire revivre. On me verra, paisible et redoutable, suivre.
Le même rêve au cœur, le même glaive en main, La trace de mes pas marqués dans le cîiemin. Car il en est qui vont accomplissant leur lâche Sans dévier. Je suis de ceux-là,' qu'on le sache. Mon père qui fut grand, Philippe-le-Hardi, Et dont le sang en moi ne s'est pas attiédi, Eut une lame austère et jamais émoussée; La gloire à mon berceau ducal fut fiancée.
Et depuis, dans les camps où passe un grand émoi, Nous vivons en époux bien unis, elle et moi.
Aux cris du fifre, aux sons des trompettes hautaines, On nous a vus, parmi les rudes capitaines,' Défier le Croissant devant Nicopolis, El sous les grands drapeaux -ornés de fleurs de lys, Passer, couple tranquille, à travers les mêlées! '"'uoi! les glaives rompus, les armures fêlées
LES TRAITliES 291
Dans les champs qu'enveloppe une rouge vapeur, Le sang qui coule à flots des poitrines sans peur, Abondant et loyal comme Teau des fontaines, Les assauts haletants et les guerres lointaines, Vous aviez oublié tout cela, mon cousin?
Mon exemple, à vrai dire, est un mauvais voisin ; Mais il faut le subir encor qu'il importune.
Sotivenez-v^us ! et toi, surgis, ô ma fortune ! Passé de gloire, où tout est noble, oii tout est beau, Surgis ! fallût-il voir, inattendu flambeau, ' A tes pures lueurs de la honte ennemies Grouiller le louche essaim des propres infamies !