‹ Theveneau de Morande; étude sur le 18e siècleChapitre 23 sur 55 · I. V. p. loo et suiv · texte numérisé non relu

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titué la biographie peu édifiante des directrices des différents tripots.

La plus célèbre était cette demoiselle Lacour que Morande connaissait bien^ puisqu'elle lui avait accordé ses faveurs K Fille d'un laquais du premier président au Parlement, Etienne- François d'Aligre, elle eut de ce grave personnage deux filles et une recommandation pour M. de Sartine. Ce dernier donna à l'intéressante famille Lacour l'autorisation d'ouvrir un tripot qui fut pour la police une source précieuse d'informations. M. Lenoir^qui remplaça M. de Sartine, et administra la police de 1774 à 1785, ne témoigna pas moins de bienveillance aux Lacour^ qui reçurent un privilège de jeux de hasard et tinrent successivement le Biribi, le Pharaon et la Bouillotte. La belle Lacour, rongée par une maladie peu avouable, avait un palais d'argent -, ce qui ne l'empêcha pas de faire d'illustres conquêtes. Elle ensorcela notamment M. Magon de la Baiue; et le prince Belosenski lui offrit un jour, craignant un refus, un collier de diamants de i5,ooo livres,

1. Manuel l'affirme dans \n Police dévoilée. \. plus haut p. 12.

2. Nous avons vu plus haut (p. 14) que, d'après les Mémoires secrets (du 7 avril 1768), la belle Lacour avait un palais d'or, mais peu importe le métal.

une robe de velours garnie de queues de marte, 100 pistoles par mois et 3oo louis d'épingles. « Elle accepta tout, dit Manuel, excepté les épingles, car elle ne vouloit point en mettre avec lui. » Il y avait bien d'autres tripots, dirigés par la Desmahis, la Druot, la Montaigne, la Demare, la Duffaillant et ses deux nièces, la Dupré, la Salle-Sarou, la Morelle, la Bigot, Ja Gérard, la Denain, la l'Estang, la Poinçot; les trois dernières étaient mariées à des chevaliers de Saint-Louis. Liennette Dufresne, fille d'un savetier de Lyon et ancienne maîtresse du puissant duc de la Vrillière, dont elle prétendait avoir trois enfants, avait aussi obtenu, grâce à ses hautes relations, une permission de jeu. Sa maison était située rue de Richelieu et comprenait un établissement annexe sur la nature duquel il est inutile d'insister. Quant à M"'' Laforêt, autre banquière célèbre, elle avait laissé à Morande des souvenirs très cuisants. On disait d'elle : « La Grenade a coûté moins de soldats à l'Angleterre qu'il ne s'est empoisonné d'Anglais dans ses bras*. « Les

I. Conf., sur les directrices de tripot, les Mémoires secrets, 6 juillet 1782. .M"« Laforêt fut quelque temps la maîtresse du malheureux prince de Lamballe. Quand le duc de Pcnthièvre, indigné de la conduite de son fils, se plaignit au roi et fit arrêter plusieurs des créa-

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dépouilles de ses clients permettaient à Laforêt demenergrand train. Un jour, elle fitdemander à l'inspecteur Marais si Ton ne trouverait pas mauvais qu'elle menât son carrosse à six chevaux à la revue du roi. On lui conseilla d'être modeste, a c'est-à-dire de ne se faire tirer que par quatre chevaux ^ parce qu'il vaut mieux faire pitié que de faire envie ». Cette princesse de rencontre, qui éblouissait Paris par le luxe de ses attelages et le nombre de ses gens^ avait pour père un pauvre balayeur de Lyon, nommé Parabeau, et elle avait accordé ses premières faveurs aux voleurs de grand chemin. Qu'on prétende encore que, sous l'ancien régime, les roturiers ou roturières n'arrivaient à rien I

Le plus important de tous les tripots de la capitale étaitj sans contredit, celui de la Cardonne qui disposait des grâces du premier président, de l'avocat général Séguicr et du Procureur du roi. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que le Parlement ait voté des remerciements à Lenoir pour son excellente organisation des tripots.

turcs que recherchait le prince, M""" Laforêt jugea prudent de s'éclipser. Jlciiwircs secrets du 26 septembre 1707.

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