‹ Theveneau de Morande; étude sur le 18e siècleChapitre 45 sur 55 · I. Beaumarchais et son temps, t. I, p. 38 1 et · texte numérisé non relu

I. Beaumarchais et son temps, t. I, p. 38 1 et

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cynisme, il se rend indispensable au gouvernement qu'il a bravé, devient le conseiller ordinaire de la police de Louis XVI et l'un des pourvoyeurs les plus dangereux de la Bastille. Entre temps, il promène sa lanterne de Diogène sensuel sur tous les coins équivoques de la société qui l'entoure et dévoile les hontes du xvni® siècle, en homme qui connaît par expérience ce que le vice a de plus raffiné. Noblesse, clergé^ magistrature, finance, toutes les classes comparaissent à leur tour devant le libelliste impitoyable. Le théâtre n'a pas de secrets pour lui; il peint comme personne le monde interlope des coulisses et des boulevards; et, si l'on ne craignait pas de le suivre, Dieu sait où nous mènerait ce précurseur du naturalisme I II sait tout, car il a tout vu. Il connaît sur le bout du doigt l'histoire des alcôves et déshabille les princes comme les courtisanes. Cet homme étrange joue avec une aisance incomparable les rôles les plus divers; tantôt la terreur, tantôt l'auxiliaire précieux du pouvoir ; défiant les plus formidables puissances, la Du Barry, Voltaire, Cagliostro, Mirabeau, Robespierre. Il marche en riant à travers le monde, tendant la main à quiconque a de l'or, côtoyant les abîmes avec une étonnante souplesse \ méprisé, mais redouté ; perdu de vices et faisant la leçon aux plus ver-

MORANDE ET LA K EVOLUTION. Soy

tueux; déshonoré et n'ayant à la bouche que les mots d'honneur, de patriotisme ; diffamateur de Louis XV et agent aussi fidèle qu'habile de Louis XVI; figure hybride et complexe, qui personnifie tout à la fois l'intelligence superficielle et brillante du xviii- siècle, la corruption de la société qui finit et les aspirations tumultueuses de la société qui commence; vil pamphlétaire^ si l'on veut, mais plein d'esprit et de ressources, d'une observation mordante, d'une rare sûreté de jugement et de coup d'œil; Figaro vivant et réel, si retors qu'il a exploité Beaumarchais lui-même; si habile, qu'il a forcé un roi, mortellement insulté par lui, à lui ouvrir sa cassette; si heureux, qu'après avoir bravé les plus farouches Jacobins, il s'est joué de la guillotine révolutionnaire comme il s'était joué des bastilles monarchiques, et est mort doucement dans son lit!

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