‹ Theveneau de MorandeChapitre 24 sur 46 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Commenl Morande devient le biographe du duc de Chartres. - Antécédents du duc. — Il s'associe aux remontrances du nouveau Parlement. — Mœurs du duc — Son portrait. — Son rôleaucombatd'Ouessa cit. — Revirements de l'opinion publique.— Capitule et roche Tarpéienne. — La reine refuse au duc la survivance de la charge de grand amiral erun nouveau commandement. — Lettre injurieuse de Marie-Antoinette. — Rupture violente. — Morande écrit ( La vie privée du très séréitîssime prince monseigneur le duc de Chartres ». — Monsieur en reçoit le premier exemplaire, — Appréciation des Mémoires secrets sur ce livre. — Violence du pamphlet. — Procédé perfide de l'auteur. — Analyse de l'ouvrage. — Calomnie» sur la naissance du duc. — Louise-Henriette de Bourbon. — La mort du prince de Lamballe. -~ Les passe-temps d'un prince du sang au château de la Folie. — Le duc de Chartres spéculateur. — Les constructions du Palais-Royal. — Suppression des jardins. — Désolation des filles. — L'arbre de Cracovie. — Mécontentemejit du public et du roi. — Passion du duc pour les paris, les courses de chevaux.

— L'illumination du Palais-Royal. — L officielle. — Le duc déconsidéré par les

— Le duc en ballon. — Un accident. — forcé. — Les complaintes satiriques. — cour. — Le déluge approche. — Si tuation d<

DANS ce duel de plume engagé c( gliostro, Tex-gazetier cuirassé a battu à visage découvert, bien que les 1 sonnages qui lui mettaient la plume i fussent restés dans Tombre. Mais s*agissait d'atteindre un prince du s^ mettait plus d'artifice et prenait le n:

l'anonyme. Presque tous les bibliogra tribuent à Morande la curieuse broc porte ce titre : « Vie privée de très sér prince^ M»' le duc de Chartres y contr (sic) diffamatoire écrit en 1781, mat point paru, à cause des menaces { avons faites à l'auteur de le déceler, société des amis du prince, d Cette p apologie du duc de Chartres^ qui paru dres, en 1 784, n'est au fond qu'un vioL phlet contre le prince qui devait gai

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l'histoire le nom de Philippe-Égalité. Nous ne referons pas ici sa biographie; mais il est nécessaire de rappeler en peu de mots les antécédents de l'arrière-petît-fils du régent. Dès 1 77 1 , il avait pris parti contre la cour, en protestant avec le duc d'OrléanSj son père, contre la suppression du Parlement et l'oeuvre du chancelier Maupeou. Lors de l'avènement de Louis XVI et du rappel des anciens parlementaires par Maurepas, le duc de Chartres s'était associé aux premières remontrances des revenants.

Puis, quelques années se passent. Beau '.adroit à tous les exercices du corps, avide de plaisirs et de nouveautés, le duc ne paraissait ni disposé ni apte à jouer dans l'État un grand rôle politique, 11 s'occupait de chiens, de chevaux, et, malgré son mariage, n'avait nullement renoncé â la fréquentation des filles. Ses soupers étaient

I. II 11% Taul pas prendre à la lellre les affreux portraits que tes ennemis du prince traçaient de sa personne. Le royaliste Montjoie, l'auteur si partial de la conjuration de Louis-PhiUppe-Joseph d'Orléans (3 vol. ln-8', 179C) avoue lui-même que le prince était bel homme, bien foit et adroit. Le duc de Saxe-Teschen, qui vint en France en 1786, avec sa femme l'archiduchesse Marie-Cbristine, sceur de Marie-Antoinelte,trace, de son câlé, du duc de Chartres (devenu duc d'Orléani en novembre 1785), et de sa femme Louise de Bourbon, fille du ducdePenthièvre, ces curieux portraits : t La duchesse d'Orléans, princesse respectable... por-

Clermont,Coigny et tant d'autre la guerre avec l'Angleterre éclate, le duc secoue un moment sa t( cieuse, prend du service et comm trois escadres de la flotte français d'Ouessant. Son attitude dans c dont l'issue resta indécise^ commt violemment discutée; et les juge cour eurent sur la conduite ultériei une influence directe et néfaste, i terons tout à l'heure les allégation:

qui furent dirigées contre le duc de la suite de sa première action de gu fira de dire en ce moment que 1

toit sur elle l'empreinte de la bonté et qui lui avoient acquis une affection géi pays-là {la France). Il n'en étoit pas de que je n*ai pu connoitre que de vue, me bourgeonnée et le regard hagard et féroi soient tout le brillant de sa figure avant toient visiblement son abandon à la cra ractère vicieux qui Ta entraîné en tant coupables. > V. Lettres de Louis XVI Antoinette, publiées par M.'Feuillet de C

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avoir loué comme tout Paris la conduite de son parent, laissa ensuite Marie-Antoinette donner aux courtisans le signal des épigrammes et des quolibets contre celui qu'on avait d'abord félicité comme un héros. Il désirait la survivance de la charge de grand-amiral occupée par le duc de Penthiévre, son beau-père : le roi ta lui refusa, tout en reconnaissant par une lettre qu'il « était également content du zèle et de la capacité que le duc avait montrés pour son service dans toutes les occasions et particulièrement au combat d'Ouessant du 27 juillet dernier '. »

Mais ces bonnes paroles, la création même de la charge de colonel général des hussards, qu'on accorda au duc comme par grâce et sur sa prière *, ne compensaient pas les injures amères dont le malheureux prince était poursuivi par les courtisans de la reine. Pour se ménager une revanche et trouver l'occasion de mettre son courage hors de contestation, le duc de Chartres demanda^ l'année suivante, un nouveau commandement. Ce fut Marie-Antoinette qui se chargea elle-même de la réponse, dans les termes suivants :

1. V. Correspondance 4e Lotth-Pkilippe-Joieph d'Or' liant avec Louis XVI et la reine. Paris 1801, p. 26, a. V. la lettre adressée au roi par le duc. ibtd..

devoir faire aux instances les plus * le touche de plus près, les suites exemple ne me laissent que trop v mettra ni excuse ni indulgence. La ai, m'a déterminée à accepter la o vous faire connaître ses intentions positives. Il a pensé qu'en vous éparg sévère d'un ordre, il diminuerait le contradiction, sans retarder votre so tcms vous prouvera que je n*ai const véritable intérêt, et qu'en cette occ£ en toute autre, je chercherai toujoui h vous prouver mon sincère attachera

€ Marie-Antoin

C'était une déclaration de guerre Chartres l'accepta et fut dès lors '.

ennemi de Louis XVI et de la i n'avons pas à écrire rhistoire de a violente de la famille royale, déjà tant de haines et de colères ; mais vons une manifestation et comme des calomnies ou des médisances do faisait volontiers une arme contre 1 le pamphlet de Morande auonel

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premier exemplaire fut envoyé à Monsieur, qui le plaça avec joie dans sa bibliothèque^ « M. le duc de Chartres, dit le continuateur de Bachaumont, s'est fait tant d'ennemis par ses nouveaux bâtiments que le libelle nouveau contre lui est couru avec fureur et conséquemment se vend très cher. Il n*a que deux cents pages et coûte douze livres. On en parle assez hautement dans toutes les conversations : chacun en cite des traits, et comme Touvrage est traité ironiquement, c'est-à-dire en forme d'apologie, cette tournure prête à la gaieté. Au reste, il y a beaucoup de faits et d'anecdotes, et Tauteur paraît avoir fouillé assez avant dans la vie de son héros. »

On ne croit pas se tromper en disant que jamais pamphlétaire n'a pris des formes plus perfides pour accomplir une basse mission de diffamation et d'in;ure. Le pseudo-apologiste du duc de Chartres commence par incriminer les mœurs du duc et de la duchesse d*Orléans. La duchesse surtout est fort maltraitée, bien qu'elle fût morte depuis vingt-cinq ans. Morande reproche à Louise-Henriette de Bourbon- Conti d'avoir vécu publiquement avec le comte

I. V. les Mémoires secrets, 27 décembre 1783 et q janvier 1784.

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d'insinuer que ce Lefranc pourrait bi( le vrai père du duc de Chartres * ; et voyi quel raffinement de méchanceté perv»

gazetier cuirassé distille son poison : « était assez faible pour se laisser sédui l'éloquence séductrice de la calomnie, on çonnerait^ si même on n'était pas persuat c'est aux doux ébats de ce Lefranc que 1 de Chartres doit son existence. Mais plus raison milite glorieusement contre cette position. » Et, il disserte, avec un redouble d'ironie, en invoquant la règle : Pater \ quem nuptias demonstrant.

Le procédé est le même à toutes les ; de Y Apologie. Il déclare, par exemple, qu est vrai qu'on ait accusé le duc de Chai d'avoir provoqué la mort du prince de ]

I. Mont joie, dans son Histoire de la conspirai Louis-Philippe^oseph d'Orléans, reproduit les r imputations odieuses. Il traite Louise-Henrîei Messaline et ajoute : t Le bruit public voula Louis-Philippe-Joseph fût le fruit des amours d princesse avec un valet d^écurie. « Louis d*Oi l*hôte austère de rnKK-«- -»- «'-" - "^

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balle, fils du duc de Penthîévre, l 'pour s'approprier les biens et dignités de la puissante maison de Penthièvrej ■ l'enfer seul a pu produire cette difTamation •; mais il ne néglige pas d'ajouter que le duc de Chartres a débauché son ami et l'a conduit dans les lieux impurs où le jeune prince contracta l'affreuse maladie dont il mourut. Un peu plus loin, passant à la description des orgies du duc, Morande adopte un système commode : ■ Comme historiens, dit-il, nous rapportons fidèlement des faits, et, comme apologistes, nous les justifions, quand il nous est possible. " On devine bien que l'historien s'avoue « forcé d'avouer en cette circonstance, que les mœurs et la conduite du duc de Chartres, bien loin de mériter qu'on les admire et qu'on les imite, ne sauraient inspirer que du mépris et de l'horreur aux honnêtes gens n. Puis viennent des détails, d'une liberté inouïe, sur les prétendues scènes de libertinage grossier qui avaient lieu dans la propriété du duc appelée la Folie, o le temple

prince de Lamballe, qui a épousé t'hiver dernier une princesse aimable et jolie, s'étanl laissé aller à la facilité de son caractère, un autre prince, M. le duc de Chartres, a abusé de son amour du plaisir pour lui donner des goûts fort contra ires à ceui qu'il devoil avoir;

vues courasanes ae la rue jviauDuee ( rue du Pélican. Quand les reines de L terie,la Michelot, la du The, venaient I visite^ il bâillait... et allait retrouver sa Louise de Bourbon, la vertueuse fille de Penthièvre.

L'apologiste met ensuite en relief la pr^ avariceet lecontinuel besoin d'argent du Il le montre introduisant les joueurs et trions au Palais- Royal, ouvrant boutiqt les nouveaux bâtiments qu'il avait fai struire sur l'emplacement des anciens j du palais (ce qui fit dire que le Palaisn'était plus ni palais ni royal, et insp comte d'Artois une saillie assez spiritu Morande peint la colère du public, chas

I. Conf. Mémoires secrets du 3 octobre 1783 lice dévoilée, t. II, p. 118.

a. La reine ayant témoigné sa surprise de n voir le duc à son bai des mercredis, le comte d répondit : c Madame, ne vous étonnez pas, \ l'aurez guère les jours ouvriers : notre cousin jourd'hui en boutique. » Un peu plus tard, < 1784, le duc de Chartres se remit à flot, au moy< prêt de 4 millions que lui fit M. de Galonné, à ii

jardins par les maçons^ et la détresse des filles, qui se trouvent piivées du théâtre ordinaire de leurs conquêtes et adressent au duc une épitre suppliante :

Où pourrons-no us, héla s ! mettre à l'encan nos charmes :

Leduc ne se laissait pas attendrir. Peu lui importait qu'on l'appelât [eprévôt des marchands, pourvu que les spéculations auxquelles il se livrait fussent largement lucratives. Sur la proposition de son confident Séguin, il demandait au Conseil des lettres patentes portant autorisation d'ouvrir trois rues sur les terrains du Palais-Royal, Ce fut dans le public un toile général, u II sortait mille sarcasmes, écrit Morande, mille înjureSj mille imprécations de dessous les racines de chaque arbre qui était arraché. Le fameux arbre de Cracovie fît verser dans sa chute les larmes de cent vieux radoteurs; sa destruction fut annoncée dans les journaux, et les plus mauvais burins de la capitale ont été employés à faire gémir le cuivre pour en perpétuer le souvenir à la postérité la plus reculée. « Et le doux apologiste console tous ces vieillards qui venaient chercher au Palais-Royal un peu d'ombrage, en leur faisant espérer que les arbres

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« du petit jardin déjà formé >< donneront à leur tour un peu d "ombre, dans une vingtaine d'années. La clameur publique monta jusqu'au roi, qui témoigna au duc son mécontentement. A propos du comble qu'on venait de poser sur la portion des bâtiments du côté de la rue des Bons- Enfants, on disait : ■ Le prince a mis le comble il ses sottises. » 11 y eut aussi des mauvais plaisants qui affichèrent en haut du grand escalier du Palais-Royal un placard « dans lequel on lui donnait l'idée d'ouvrir une souscription qui lui fournirait l'argent nécessaire pour bâtir les rues projetées; et on lui assurait que, si chaque personne dont il était méprisé fournissait seulement un écu, il aurait de quoi bâtir même une ville considérable ».

On accumulait encore d'autres griefs contre le duc : sa passion pour les jeux et les paris, son engouement pour les courses de chevaux et de chiens, les jockeys et les grooms. Morande lui reproche de faire proposer sous main des parts inégaux, dans lesquels il s'intéressait d'un dixième, tandis qu'il était de moitié dans le parti contraire. Le biographe du prince le justifie en disant que les grands seigneurs « se trompent toujours et réciproquement dans le commerce qu'ils font actuellement de leurs

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chevaux et de leurs voitures ' *. Un tort plus grave, c'était l'introduction de joueurs de profession dans les appartements du Palais- Royal *. Le duc d'Orléans fut même, à ce que rapporte le pamphlétaire, si indigné des escroqueries qui se commettaient chez son fils, qu'il demandait « que les coquins qui toléraient les jeux fussent arrêtés, fouettés et conduits aux galères t>.

Que ne dit pas Morande pour charger son héros? Il lui reproche son affiliation à la francmaçonnerie et arrange à sa manière ce qui donna aux francs-maçons l'idée de le prendre pour chef. A la mort du comte de Clermont, les francs-maçons étaient désolés. » Il étoit effectivement très difficile de rencontrer autant d'ineptie, jointe à la débauche la plus effrénée. Il est rare de trouver tant de prérogatives de cette espèce réunies, surtout dans des princes. Cependant on jeta les yeux sur le duc de Char-

I. Le public ne parti an nuit pas non plus au duc ses liaisons avec les joueurs et tes entrepreneurs de courses. On lit dans les Mémoires secrets, sous la date du 23 juin 1783 : <• Dans le Mariage Je Figaro il y a une tirade contre les princes qui donnent à jouer, qui font des courses, et elle est si sensible que M. le duc de Chartres, qui étoit à la répétition, fui regardé par toute l'assemblée et en quelque sorte décontenancé de voir tous les yeui se fixer sur lui. 1

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