CHAPITRE PREMIER
MORANDE LIBE;-L1STE
Naissance de Theveneau de Morande. — Ses premières années. — Theveneau dragon, libertin, joueur, -r Son incarcération au Fort-l'Évéque, puis à Armentières; ses conquêtes périlleuses. — Fuite en Angle> terre. — Plan de conduite. — Situation de la France vers la fin de 1771. — Morande vengeur de la morale publique. — Publication du Ga^etier cuirassé, — Analyse de ce pamphlet. — Ironies contre la magistrature : Maupeou; contre la noblesse : le duc de Praslin, les officiers à talons rouges^ les petits marquis; TAcadémie. — La Du Barry. — L'ordre de Saint-Nicole; la santé de la favorite. — Mot du marquis de Chabrillat. — Tentatives de chantage. — Mésaventure "de Morande avec le comte de Lauraguais. — Retour offensif contre la Du Barry. — Préparation du libelle intitulé : Mémoires secrets d'une femme publique, — Angoisses de la cour. — Sommations adressées par l'auteur au Gouvernement du roi. — Les premiers agents de la Du Barry. — M. de Champreux. — Expédition avortée de la police pour enlever Morande à Londres. — La populace anglaise défend le pamphlétaire. —
10 THEVENEAU DE I10RANDE.
Inquiétudes du roiei delà Du Barry.—Beaumarchai:
chargé de traiter avec Morande. — Comment i remplit sa mission. — Le traité de paix. ~ Deslruc lion du libelle. — Morande devient capitaliste e pensionnaire du roi. — Déception du négociateui Beaumarchais. — Fureur du chevalier d'Eon. — Mort de Louis XV.
CHARLES Theveneau, qui s'intitula plus tard chevalier de la Morande, et qu'on désigne plus habituellement sous le nom de Theveneau de Morande, fit son entrée dans le monde le g novembre 1741 '. D'après Bachaumont, il était fils d'un honnête praticien d'Arnay-Ie-Duc, en Bourgogne, et fit mourir son père de chagrin. Un pamphlet du temps, le Diable dans un bénitier, donne quelques détails sur ses premières années. « Cet homme, né de citoyens de la dernière classe, dans la fange d'Arnay-le-Duc en Bourgogne, d'abord dragon dans le régiment de Bcaufremont, étoit parvenu à se fauhler à
I. La biographie Didot et la biographie Michaud font naître Morande en 174S; mais les recherches de M. Albrier dans les archives d'Arnay-le-Duc permettent de donner ta date exacte de la naissance du pamphlétaire. Voici, au surplus, d'après le Bulletin du bouquiniste, le texte de l'acte de baptême de Morande extrait des actes de la paroisse Saint-Laurent ;
« Le dix novembre mil sept cent quarante-un, a été baptisé, sur les saints fonts de cetie paroisse, Charles, né du jour d'hier, environ les cinq heures après midy.
MORANDE LIBELLISTE. ii
Paris parmi quelques jeunes gens qui dépensent leur fortune et la partagent involontairement avec des escrocs plus fins qu'eux : il avoir alors, dit-on, une assez jolie figure. » Malgré ses charmes physiques, l'ex-dragon végétait en France. 11 se souciait peu de demander des moyens d'existence à l'exercice de la profession paternelle, et il exprime sa manière de voir à cet égard au moyea d'une anecdote édifiante.
« On dit qu'un jeune homme s'étant présenté à Cartouche pour entrer dans sa bande, le chef de voleurs lui demanda oli il avait servi. — Deux ans chez un procureur et six mois chez un inspecteur de police. — Tout ce tempslà, répliqua avec transport le général, vous comptera comme si vous aviez été dans ma troupe. » Avec de pareilles dispositions, le jeune Theveneau ne tarda pas à se brouiller avec son père et à se lancer dans le monde
fils de M* Louis Theveneau, noiairc royal à Arnayie-Duc, et de demoiselle Philiberte Belîn, ses pire et mère ligilimes; son parrain, le sieur Charles Theveneau, ayeul paternel de l'enfant et maistre chirurgien, audit Arnay; sa marraine, dame Claudine Ravier, épouse de maître Claude Bauion, conseiller procureur du ray au bailliage et chancellerie de cette ville, EouGiign£s avec le père de l'enfant.
C, Ravier-Bauzok. — Theveneau. — Theveneau. — MoMNOT, curé. "
Il THEVENEAU DE MORANDE.
interlope. Des ' documents tout récemment publiés, et qui ont un caractère d'authenticité incontestable, permettent aujourd'hui de compléter et de rectifier sur certains points les renseignements donnés par Manuel dans la Police dévoilée.
La première pièce est une lettre adresse'e par Morande, qui demeurait alors, 5, rue de la Ville l'Évéque, à M. de Sartine, lieutenant-général de police. Cette lettrCj datée du 5 mai 1768, a
I. Voir le t. XII des Arcliives de la Bastille, publié par les soins de M. François Ftavaisson, Paris, i8St. Nous plaçons en regard un extrait de ia Police dévoilée, en faisant remarquer que les dates des dilTérenles incarcérations de Theveneau de Morande ne concordent pas avec les dates données par les Archives de la Bastille.
1 Theveneau toit voleur avant même qu'il eût l'âge d'être libertin, et lapremiàre chose qu'il pnl dans une maison de débauche, ce fut une boîte d'or. Conduit au Forl-l'Evêque le 25 juin 176S, sa famille, pour l'arracher au bourreau, le Ht enfermer à Armenlières. Après quinze mois de pénitence, il s'élança dans Paris, où la Beauchamp et la Desmarcs, qui le trouvoientjcune, partagèrent avec lui et leurs biens et leurs maux. [I avoit connu chez elles les grands. 11 prit leur plumet, leurs talons rouges, leurs voilures, et, pour avoir tous les airs d'un homme de qualité, il fil des dettes. Le prince de Lamballc et M. de FIcsscIIes eurent bientôt A se plaindre de lui ; il avott escamoté i l'un la belle Lacour et à l'autre la Crcssy; cl, comme il ne s'en tint point à ces bijoux-là, on lui conseilla de se sauver en Angleterre pour n'ûlre point pendu. »
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pour but de prévenir les effets d'une dénonciation faîte contre luij Morande,parM"° Danezy, de l'Opéra, et M°" de Saint-Arnoux, qu'il avait essayé d'exploiter. L'épître dont il s'agit, d'ailleurs très incolore et fort embarrassée, fut renvoyée à l'inspecteur Marais par M. de Sartine avec l'apostille suivante : Au sieur Marais, pour vérifier; me rendre compte de tout, ainsi que de ta qualité de celui qui m'écrit.
Voici dans quels termes Marais présente au magistrat les résultats de son enquête sur Theveneau de Morande :
L'inspecteur Marais à M. de Sartine.
Je vous avoue que rien ne caraciérise plus l'effronterie et l'impudence du sieur <le Morande que la hardiesse qu'il a eue de se présenter à votre tribunal et de vous écrire la lettre ci-jointc. Ce Morande est un détestable sujet, fils d'un fort honnête homme de père, procureur à Châlons ou à Mâcon, auquel il a mangé déjà par ses déportements au moins 3d,ooo livres. Il y a 5 ou 5 ans que je le vois à Paris, où il est fort soupçonné d'être entiche du péché antiphysique et de servir de patient à ces vilains. Il a circulé aussi beaucoup les maisons des femmes publiques; mais, depuis 2 ou 3 ans, il s'est retranché h faire l'agréable et à s'insinuer chez différentes femmes entretenues, en jouant la passion, et, lorsqu'il en a trouvé d'assez
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sottes pour donner dans ses airs avantageux, il les
a mangées sans scrupule, les dominant jusqu'au point de les maltrûitcr, entre autres la petite Dcsmares qu'il a réduite à s'en aller a Bordeaux pour éviter ses fureurs. Depuis son départ, il a tenié beaucoup d'autres aventures, notamment avec la Beauchamp, tenant lieu de prostitution, rue des Deux-Portes, à laquelle il a fini par voler -une montre dans un voyage à Fontainebleau, dont elle a fait sa déclaration, et pour la suite de laquelle les officiers de sûreté ont arrêté Morande. J'ignore les moyens dont il s'est servi pour s'en tirer. Je l'ai vu aussi chercher à se lier avec plusieurs jeunes étrangers qu'il rongeait impitoyablement, sous prétexte de leur faire connaître Paris et de les faufiler chei nos petites maîtresses, dont il se disait le bien traité et protecteur. Depuis un an, il a fait l'impossible pour s'insinuer chez la demoiselle Souville, entretenue richement par M. de Bourgogne, et chez la demoiselle Lacour, trop connue par les malheurs de M. le prince de Lamballe '. 11 s'y était pris chez l'une et chez l'autre par violence, menaçant, lorsqu'elles lui
I. En janvier 1768, le duc de Penlhièvre ne savait plus où était son fils, le prince de Lamballe. On finit par retrouver le prince dans un hôtel garni où il se lâisait soigner d'une maladie honteuse. C'était un cadeau de la demoiselle Lacour, surnommée palais d'or, parce qu'elle avait en efTei perdu le palais à la suite de la maladie dont le pauvre prince avait hérité, et qu'il avait fallu lui faire un palais artificiel en or. V. les Mém. secrets du 7 avril 1 768.
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refusaient la porle, de les faire meHre à BJc^tre; il a même écrit sur le compte de la demoiselle Lacour des lettres anonymes au prince, dont j'ai eu l'honneur alors de vous faire part, et le tout parce qu'il était désespéré, sachant ces demoiselles fort à leur aise, de ne pouvoir pas prendre pied chez elles pour ea tirer parti; il était lié avec la demoiselle Doppy, dont il m'a dit des horreurs, et il y a encore une k'ttre de lui sous ses scellés. Je sais que son père, rebuté des sommes qu'il lui a coûtées, ne lui envoie pas un sol ; qu'il a même fondé quelqu'un de sa procuration pour vous présenter un placct à l'effet de le faire renfermer; néanmoins son fils fait toujours ici l'avantageux et parait assez bien couvert, est dans ses meubles rue de la Ville-I'Évéque, a un carrosse de remise au mois, et un cabriolet et cheval à lui. Tous ces effets sont certainement dus ou escroqués. Je sais qu'il doit à Haynaull, loueur de remises, 5oo livres, qu'il ne peut en tirer un sol, ainsi qu'à beaucoup d'autres, 11 se dit aujourd'hui sous-lieutenant dans les carabiniers, mais cela n'est pas croyable. M. de Poyanne n'a pas pu donner son agrément il un homme aussi taré. La lettre ci-jointe qu'il vous a écrite n'a été q«e pour prévenir les plaintes fondées que la demoiselle Danczy devait porter contre lui, et qu'il cherchait à dominer comme les autres, et en faveur de laquelle vous a été adressée la seconde pièce ci-incluse, recommandée par M. de Flesselles, intendant de Lyon ; mais je crois que si M. de Flesselles avait bien connu la demoiscUe, il n'aurait pas aventuré sa recomman-
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dation; cette demoiselle est eBcctivemeni de Lyon, mariée à un nommé Derigny dont j'ignore la qualité; il est, je crois, présentement aux îles; depuis 2 ans et demi que sa femme est à Paris, elle vît dans le monde; elle a été entretenue par M. RoUin, fermier-général, et mangeait ses bienfaits avec le chevalier Delamotte qui la greluchonnait. Ce chevalîercst le mèmeque M. de PrasUn a fait arrêter. Cette inconduite a fait perdre h cette demoiselle ce financier; depuis elle a eu différentes aventures et a même postillonné quelquefois chez la Brissaut. Je ne lui connais personne présentement : elle est assez jolie, et peut-être M, l'intendant a-i-il eu pour elle une velléité qui a entraîné sa recommandation; tout cela n'autorise point Morande à la tourmenter, lequel pour achever de peindre on doit regarder comme un escroc et un homme dangereux pour la capitale.
Peu de temps après, Marais reçut l'ordre d'arrêter Morande. L'inspecteur,dans un rapport du 2 5 juin 1768, indique que c'est surtout à la sollicitation de Theveneau père que l'arrestation du jeune libertin doit être attribuée :
L'inspecteur Marais à M. de Sartine.
En conséquence des ordres du roi Ji moi adressés, j'ai arrêté et conduit cejourd'hui Charles Theveneau, dit le chevalier de Morande, et je l'ai conduit es-prisons du For-l'Évèque. Ce jeune
homme ne tient à aucun corps; dcjiuis plusieurs années, il ne subsiste que d'intrigues et d'escroqueries, cherchant à s'insinuer chez toutes les filles un peu huppées pour les manger, et se rendant redoutable h toutes celles qui ne cèdent pas à ses désirs ainsi qu'à sa cupidité. M. de Flessclles a eu l'honneur de vous en écrire, à cause des menaces qu'il faisait k la demoiselle Danczy, pour vous prier de l'en débarrasser, ce qui a déterminé un rapport que je vous ai fait dans le mois de mai, à l'appui duquel est intervenu le placet ct-jotnt de Theveneau père, qui vous a été présenté par Jullîot, avocat au Parlement, fondé de sa procuration, pour vous solliciter des ordres du roi contre Ch. Theveneau fils, dit de Morande. Tous les faits au placet contiennent vérité, et M. JuUiot m'a aussi confirme que de Morande ne tenait à aucun corps, et de fait c'est un détestable sujet et très dangereux; c'est pourquoi j'ai exécuté les ordres du roi que vous m'avez fait passer contre lui, précédemment au renvoi du placet de son père, dont M. Julliot doit être très flatté, car il le menaçait de laver ses mains dans son sang, comptant que c'était lui qui avait instruit son père de la mauvaise conduite qu'il tenait à Paris, ce qui donnait des frayeurs prodigieuses à M. Julliot.
Morande n'accepta pas avec résignation le juste châtiment de ses méfaits. 11 fit tourner la tête de ses guichetiers et, sous la date du 6 juillet 1768, le malheureux Duvergé, con-
iS THEVENEAU DE MORANDE.
cierge au Fort-l'Évéque, soumit à M. de Sartine, dans une lettre plus naïve qu'élégante, le compte-rendu des rébellions du prisonnier.
Duvergé, concierge au For-L'ÉvSque à M. de Sartine.
J'ai l'honneur de vous confirmer que M. de Morande, prisonnier du For-l'Évéque, de l'ordre du Roi amené par M. Marais, le aS juin, a été mis au cachot, il s'est comporté fort mal, il crie à tout moment, que le monde qui passe dans la rue l'entend. Aujourd'Iiui, j'ai monté avec un des guichetiers pour lui parler et en même temps faire la visite du secret où il était; j'ai remarqué une grosseur dans sa culotte, qui m'a donné à soupçonner. J'ai exigé de lui de mettre en évidence ce qu'il pouvait y avoir; il n'a pas voulu. Après plusieurs résistancesâ la force, il nous a tiré plusieurs lettres par morceaux et déchirées. Après, nous avons fait une recherche dans la paillasse de son lit, et trouvé sa couverture déchirée par bandes de deux doigts de large et rajouté tous tes morceaux l'un au bout de l'autre, qui lui servirait k tirer quelque chose du dehors, d'un quatrième étage comme est son secret et qui n'a pour voir le jourqu'un troua ne pas pouvoir y passer le poing; et cela n'a pas empêché qu'il ne s'est fait entendre plusieurs fois dans la rue, qui a amassé du monde au bruit et tapage qu'il foit jour et nuit. J'ai cru
faire mondevoir de le mettre au cachot aujourd'hui, à quatre heures après midi, et vous en donner avis.
Morande ne resta que quelques jours au Fortl'Évêque. Dès le 22 juillet, il fut transféré à la maison d'Armenlières, ainsi qu'en fait foi le rapport ci-dessous :
Marais à M. de Sartine.
31 juillet 1768.
En conséquence des ordres du roi, à moi adressés en date du to juillet 176S, j'ai retiré des prisons du For l'Évèque Ch, Theveneau, dit le chevalier de Morande, et je l'ai conduit de suite dans la maison des bons fils à Armentiêres. Le frère Croquison, supérieur de cette maison, m'en a donné son reçu au bas desdits ordres du roi, en date du ïi du courant. J'ai très fort prévenu ce supérieur qu'il eût à veiller avec grand soin de Morande, parce qu'il était capable d'imaginer l'impossible pour se sauver. Il m'a dit qu'il y aurait attention.
Morande comprit sans doute qu'il n'y avait pour lui qu'un moyen d'abréger sa détention, c'était une feinte docilité et une complète déférence pour ses gardiens. 11 dut se montrer habile comédien; car, au commencement du
Croquison à Sar
• De Morande s'est conduit dan manière à ne mériter aucun occupé à rétude et ayant évité \ manquer aux règles qui s*y obs< fait aucune liaison que nous pui ni formé aucun projet contre le prière, j'ai l'honneur de vous éi qu'il m'a dit être nécessaire.
Ce certificat de bonne con lieutenant-général de police à oi la porte de son cachot. Le f annonce ainsi à M. de Sartine ont été exécutés :
Croquison à Sarti
Armentières,
J'ai mis en liberté, selon les or
reçus, de Morande, qui s'est cor maison de manîAf/» n — ^-?-
MORANDE LIBELLISTE. ïl
que dorénavant il se servira de sa liberté de manière à répondre à l'intérct dont avez paru l'honorer dans la recoramàndation expresse que vous m'avez fait passer à son sujet.
Mais, à peine libre, Theveneau se hâta d'oublier les promesses qu'il avait faites au frère Croquison; il commit une ode contre M. de Saint-Florentin, grave imprudence, puisque ce personnage possédait une réserve toujours prête de lettres de cachet et, pour échapper à l'exempt Marais, il gagna au pied, s'enfuit à Liège, puis i Bruxelles, enfin à Ostende d'ob il prit la route de l'Angleterre.
Ce n'était pas tout que de ne plus avoir à craindre l'indiscrétion brutale de la police française : il fallait vivre. L'élégant persécuteur de M'" Danezy était arrivé â Londres dans une détresse absolue; mais, en homme de ressources, il ne tarde pas A trouver sa voie. Il se frappe le front, et tout aussitôt sa malfaisante carrière se dessine. Il y avait à Londres, comme il s'en est toujours rencontré dans les grandes capitales, une foule d'hommes vicieux, sur le retour, qui cherchent dans des plaisirs équivoques k ranimer leurs sens blasés. Theveneau se fait le compagnon et le serviteur de ces débauchés méprisables, puis les met à con-
que le coup d'essai d'un v Tart du chantage. Il allait hauts personnages, et se vei ingrate qui n'avait récomp tudes d'un de ses enfants qi des prisons *.
I. A côté des rapports de Tinspc nés avec la version de Manuel, d< Tauteur anonyme du Diable dansx certain intérêt et quelque justio donné par Th. deMorande lui-mér à Brissot. Jjgr, (Extrait de VArg
c Le précis du Manuel est très es sur rétat de mon père... mais il sur tout le reste de ce qu'il appelle pamphlétaire nie avoir brissotté (c' boîte d'or dans une maison publiqu dans sa première jeunesse fort in même, mais pas criminel. A dix-sc miné ses classes. Un capitaine de d père, « fut prié, sur la fin de lySg lui >, et l'on peut conclure de ces expi que son père le fit engager de fore faciles à deviner. Quoi qu'il en se fut, prétend-il lui-même, blessé à et resta six mois à l'hôpital. Apr< 1763, il revint chez son père qui 1 reau. Mais Morande or^fi*— ** '
MORANDE LIBELLISTE. il
On sait oti en était la situation intérieure de notre pays vers la fin de 1771. Veuf de la reine depuis trots ans, Louis XV, à qui la mort de M"" de Pompadour ne causa même pas un moment d'émotion, n'avait pas tardé â charnier par des distractions déplus en plus dégradantes son éternel ennui. Dédaignant M"" de Grammont, la soeur de Choiseul, il avait pris de
de la province D qui en avait des cahiers 1. Néaninoins il ne s'en servit pas et laissa partir à Paris le jeune Écervelf en 17Û4. Mais l'ex-dragon se mit à courir les tripots et à faire des dettes. On l'enferma am Cordcliers, chez les Pères de l'ordre de Saint-franf ois. Deux fois il s'évade, puis se réconcilie avec son père; mais, au mois de mai 1764, il quitte de nouveau Arnay-lc- Duc et fait sa rentrée à Paris. Sa vie de désordres recommence. Il enlève à M. de Flesselles M"* Danezy, ce qui le fait enfermer au Forl-l'Évéque, sur l'ordre de M. deSartines et avec l'adhésion de Thevencau père. Du Fort-l'Évique il est transféré au château d'Armentlèrcs. Son père ne l'en laisse sortir qu'au bout de 18 mois. A peine libre, Morande écrit une ode contre M. de Saint-Florentin, échappe, grâce à son audace, à l'exempt Marais, chargé cl'arrfter l'audacieux rimeur, s'enfuit â Liège ei de là â Bruxelles, puis à Ostende d'où il gagna l'Angleterre.
Telle est, en résumé, l'histoire de la jeunesse de Morande, d'après son propre témoignage. En tenant compte de l'indulgence du pamphlétaire pour luimême, on voit que sa conduite, en tout élat de cause, avait été détestable, et que les notes de police publiées par Manuel ne sont pas plus calomnieuses que les notes et tes rapports de l'Inspecteur Marais.
«^o Aurces sociales, la cour, la magi haut clergé s abaissent et s*anéantisi cette fille. L'orgueilleux Choîseul n*ji courber le front. On la exilé à Cl tandis que Maupeou, Terrai, d*Aigu vernent la France, brisent le Parlen mentent les tailles^ accaparent les gr culent sur la misère publique, et, a laissent la Prusse, l'Autriche et la Ru tendre pour démembrer la Pologne. 1 que la décomposition gagne de proche e tout ce qui a un nom, une parcelle de T; Le chancelier Maupeou étale sa sima toilette de la favorite; le cardinal de la Aimon *, grand aumônier, lui présente 1
I. Les mœurs du cardinal de la Roche-Ay saient, paraît-il, à désirer. En juillet 1766, le nommé une commission pour examiner les des différents ordres religieux. Cinq arc étaient à la tête de ce tribunal, entre autr Brienne, archevêque de Toulouse, et M. de Aymon, archevêque de Reims. On fit cetteépi
On a choisi cinq cvcqucs paillards Pour réformer des mo»n«« •-
MORANDE LIBELLISTE. iS
au sortir du lit... Elle va peut-être se faire épouser par Louis XV, qu'elle appelle la Frunce/.,, d'un nom de laquais.,. On avouera que le moment était bien choisi pour un pamphlétaire.
Theveneau de Morande, défendu parles mers contre les rigueurs de la police française, s'érige en vengeur de la morale publique etj trempant sa plume dans le fiel, il écrit le Ga:(etier cuirassé ', Ce livre singulier « imprimé à cent
des prélats de France qui représentaient avecle plus de faste. En juin 1772, il officia à la messe du Saint-Esprit en qualité de président de l'assemblée du clergé. Il assista Louis XV à ses derniers moments et lit, en son nom, la déclaration suivante : n Quoique le roi ne doive compte de sa conduite qu'à Dieu seul, il est fiché d'avoir causé du scandale à ses sujets, et déclare qu'il ne veut vivre désormais que pour le soutien de la Foi et de la Religion, et pour le bonheur de ses peuples. " Le cardinal mourut en octobre C777. On remarqua dans son testament une clause qui attestait la vanité puérile decegcntilhommed'Église -. il laissait auE sonneurs cent écus pour les encourager à bien sonner les cloches à son enterrement.
I. Dans sa Réplique à BrUsot, Morande prétend que c'est le sieur de Courcelles (la première relation qu'il eut i. Londres; qui le poussa à faire imprimer son recueil d'anecdotes, destiné seulement, d'après l'auteur, à faire l'amusement de cinq à six personnes qui s'assemblaient dans sa maison. < Ce ramas d'anecdotes écrit-il, fut conçu, écrit, copié, imprimé et publié en dix-sept jours. « Morande invoque ici le témoignage de M"° d'Éon. t M"° d'Eon sait très bien que si les res-
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lieues de la Bastille, à l'enseigne de la liberté d , parut au mois d'août 1771. L'auteur des Mémoires secrets l'annonce en ces termes, sous la date du 10 : u Un nouvel ouvrage clandestin attire la curiosité des amateurs. Il a pour titre le Ga\etier cuirassé. C'est un pamphlet allégorique, satirique et licencieux, comme l'annonce assez son titre. » Une lettre de Londres, datée du 7, une autre datée du 20 août, ajoutent quelques détails sur le livre et son auteur. <> Le Cafetier cuirassé est attribué ici à un nommé Morande, qui ne s'en cache pas, dit-on. C'est bien un livre à renier cependant par les dangers que doit courir son auteur, s'attaquant au roi même, à M"" la comtesse Dubarri, à M. le Chancelier, à M, le duc de la Vrilliére, à M. le duc d'Aiguillon, à. M, Bourgeois de Boynes, à M. l'abbé Terrai, etc.. > Certaines mauvaises langues, peut-être des amis du véritable auteur, avaient fait courir le bruit que la paternité du libelle devait être atribuée au comte de Lauraguais; mais les Mémoires secrets protestent avec énergie contre cette accusation. « Le Ga-
sentiments que j'avais dans le cixur n'eussent pas élé Échauffés, toute mon ambition Était de rentrer en France, i II ne faut pas oublier que la rÉpli>fue à Brissot est de ijgi, et qu'à cette époque Morande cherchait à faire oublier son passé.
!{etier cuirassé y dit la seconde lettre de Londres, n*est certainement pas de M. le comte de Lauraguais^ et ceux qui auront lu ce livre ne lui feront pas Tinjure de le lui attribuer. Ce seigneur sait jusqu'oti il peut pousser la plaisanterie et se l'interdiroit sur ce qu'il y a de plus sacré. D'ailleurs il a plus de noblesse dans le style et ne dégraderoit pas au point de s'arrêter sur la lie des filles de Paris. En un mot^ il est assez généralement reçu ici que cette brochure est du sieur Morande, ci-devant escroc à Paris et qui ne Test pas moins à Londres, puisqu^il passe pour constant qu'il a eu mille guinées pour la vente de cette rapsodie : les libraires de votre capitale n'eussent pas fait un pareil marché de dupes. »
Malgré l'importance de la somme versée entre les mains de Morande, les libraires de Londres qui se portèrent acquéreurs du Cafetier cuirassé ne firent pas sans doute une spéculation malheureuse : car le libelle se vendait une guinée et il était assez scandaleux pour réussir. Voltaire, qui n'aimait pas Morande, ne pouvait cependant lui adresser le reproche de cultiver le genre ennuyeux. Il y a dans son premier ouvrage, à travers un certain nombre de grossièretés et de cyniques calomnies, bien des traits mordants et spirituels, bien des vérités adressées
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aux principaux personnages du temps, sous la forme la plus originale et la plus comique. On retrouve comme un écho des impressions de la société frivole et légère du xvni" siècle dans les mille quolibets décochés par le Cafetier cuirassé à tous les puissants du jour. Le chancelier Maupeou n'est pas épargné comme on peut le croire. « En installant le nouveau Parlement à la place de l'ancien, le chancelier a fait undiscoursqui prou ve que tous les Français sont des sots, qu'il le sait et qu'il en profite., , On a offert au premier huissier de l'ancien Parlement la place de premier président du nouveau : il l'a refusée. Il y a plus. Le bourreau de Paris a été renfermé à Bicétre pour avoir refusé ses services à un pendu de la création du nouveau Parlement, sous prétexte qu'il ne pouvait manquer à son ancienne compagnie, sans blesser son honneur : sa délicatesse (à ce que l'on dit) a fait rire les juges, au lieu de les faire rougir. » Est-il une plus sanglante satire de l'œuvre du fameux chancelier que cette boutade du maréchal de Biron, conservée par Morande? Le roi consultait le maréchal sur les moyens de remplir le trésor, sans trop faire crier les contribuables. « Il y a un moyen, dit le maréchal, d'encaisser trois millions sans frais : c'est de dresser une potence sur la place
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des Sablons, d'y pendre Maupeou et de prendre un écu parpersonne aux spectateurs, i Le libelliste, avec toute la haine d'un déclassé et d'un bohème de lettres, crible de sarcasmes amers tout ce qui estau-dessus de lui. Beaumarchais n'auraitpasreniéletrait5uivant:i II court une lettre que la noblesse est censée avoir écrite aux princes du sang, qui parle très fortement de l'administration et des devoirs du souverain. L3 roture cependant lui dispute l'honneur de l'avoir faite; on la croit de M, Dalembert, qui écrit tout aussi bien ques'il étoit gentilhomme. » Souvent l'ironie du gazetïerva jusqu'à l'injure, tout en conservant une forme originale ef piquante : « 11 est confirmé que M. le duc de Prasiin, s'étant mordu le doigt en rongeant ses ongles, est tombé dans un accès d'hydrophobie qui l'a emporté en 24 heures. » Ou encore : s M. leduc de la Vauguyon ayant écrit une lettre à l'archevêque de Paris, dans laquelle il lui annonçait qu'il allait communier et lui demandait sa bénédiction. M"' de T... qui s'annonce danslemondeparsesbons mots, ditque, si Dieu pouvait se dispenser d'entrer dans le corps de ce saint homme, il se ferait bien de l'honneur. » On se prendrait à croire que Theveneau de Morande s'est inspiré du Barbier de SévUle ou du Mariage de Figaro, si la première de
suite au Ga:{etier cuirassé, C'ei rande attaque de front Tun des criants de l'ancien régime^ Tatti que exclusive aux nobles des grad « On compte en France que, sui colonels , tant d'infanterie , caval gons, il y en a 1 80 qui savent dam des petits airs, à peu près le même portent de la dentelle et des talon la moitié au moins qui savent lii leurs noms. On ajoute à ce calcul * a pas quatre qui sachent les éléme métier. » Et ailleurs : « Il est défei d'hui parles ordonnances militaires un colonel en France, s'il n*a des tal une maîtresse à TOpéra, un attel et cent mille écus de dettes. S'il se t concurrents, et que Fun d'eux sa l'allemande , il sera préféré. » Mon geait le mépris de Molière pour les quis. Il en donne une jolie définit nom de marquis à Paris n'est pa comme partout ailleurs, la marau«^
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ginaire d'un petit gentilhomme sans bien, qui ne possède qu'une paire de souliers A talons rouges, deux chemises et un plumet sur lequel est affecté son marquisat. « L'ignorance dont se targuaient souvent les nobles comme d'un titre d'honneur, inspire au gazetier des plaisanteries d'un goût un peu forcé, mais qui ne laissent pas d'emporter le morceau, i En ouvrant le tombeau de la maison de Matignon , on a trouvé une mâchoire qui embarrasse fort le prince de Monaco, et la Faculté est consultée à ce sujet; elle ressemble si parfaitement â une mâchoire d'âne que Ton croirait que c'en est une, si l'on n'était sûr qu'il n'y a jamais eu que des gens de la maison inhumés dans ce tombeau. » Personne, pas même l'Académie, ne trouve grâce devant le pamphlétaire. C'est un prétexte à facéties plus ou moins heureuses : c L'Académie française a proposé extraordinairement un prix d'éloquence qui sera une médaille d'or de 1200 livres pour celui qui prouvera le plus clairement que M. le Chancelier est un honnête homme, M"" Du Barri une femme de bien; que le duc d'Aiguillon est innocent et que M. le duc de la Vrilliére a de l'esprit ', » Nous passons un trait grossier sur