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et, pour tout dire en un mot, 1 Enfin, pour achever la démonstrat insère à la fin de sa brochure des pa de la Police dévoilée de Manuel < sent qu'il a changé son ancienne ei chantage pour le métier d*espion e cateur de pièces. Il déclare, en tern:
dans la persécution dont Morande e ment « on ne peut méconnaître l'eî nal du ministère qui n'a cessé de le depuis l'instant où il s'est déclaré 1 la liberté. »
Traité d*espion et d'agent vénal c Morande ne pouvait se dispenser de Il le fit dans le n* de VArgus pa 18 août 1791 *. Le Ga:{etier cuin mence par présenter longuement apologie et retrace, à sa manière, P de ses nombreux avatars. On a vu comment il essaie de détruire les £ puisées par Manuel dans les notes
I. L'article forme un supplément à ce m VArgus. Il porte ce titre : c Réplique de C
et il n'y a pas lieu d'insister à cet égard; mais après la défense vient Tattaque. Morande apprécie d'abord la vie privée de Brissot et raconte en détail les entreprises et les voyages de son adversaire. II insiste notamment sur l'affaire du lycée de Londres. Vers 1783, Brissot se serait lié avec un savant musicien nommé Desforges, qui s'était fixé à Londres et cherchait à placer les débris de sa fortune, environ i5,ooo fr. Brissot aurait eu l'adresse de se faire confier cette somme, qui devait servir à faciliter la fondation du lycée de Londres et à soutenir la publication du Journal du lycée. Mais Brissot n'aurait jamais fondé le lycée et le journal n'aurait eu que trois numéros. L'associé du pauvre Desforges liquida ses dettes en passant le détroit et en se réfugiant en France. On connaît la suite de ses aventures : son emprisonnement à la Bastille^ ses relations avec le duc d'Orléans et son voyage en Amérique. Ce qui met le comble à ses crimesj c'est qu'il cherche à renverser la monarchie et à la remplacer par la république. Voilà ce que Morande, défenseur du trôné et de la liste civile, ne lui pardonne pas. a On a vu, écrit- il, la rage de Massaniel contre tous les membres de l'Assemblée nationale, lorsqu'il a vu que cette idée était repoussée avec horreur...
lerme; roui ce qui n a pas ete de la mité républicomane. »
Morande veut à tout prix empêch d'obtenir un siège de député. C'est 1 fixe, ridée inspiratrice de son joui point qu'on pourrait croire que 1'^triote n'a été fondé que pour discréc sot... aux frais du roi. Or, au monn raissait l'article de Morande, dans i8 août, les élections pour l'Asseml lative allaient avoir lieu, et Brissot des candidats le plus en vue, celui, à que la cour redoutait par-dessus toi très. Aussi Morande, en terminant sa ne peut-il s'empêcher de laisser voir en venir : « Les électeurs de Paris, s se respectent trop pour dégrader la législature des Français en élisant ur routier accusé de vol. » Les opératic raies ont commencé le 27 août, et lej de Paris, après avoir entendu la n nommé M. de Lacépède président, espère que les choix seront bons, a L ration Dolitiaue de la France narmi
miers représentants. S'ils sont tous constitutionnels, elle ne redoutera aucune ligue contre sa tranquillité » — n** du 29 août. — Jusqu'à ce que les résultats définitifs du vote à deux degrés soient connus, Morande continue vigoureusement sa campagne contre les candidats républicains : Condorcet, qui autrefois s'élevait dans ses ouvrages contre « l'influence de la populace, ce fléau des États policés », et qui maintenant a s'est jeté dans la secte républicomane » ; Clavière, un Genevois et un agioteur; et surtout contre Brissot « qui réunit sur sa tête tous les genres de déshonneur ». Dans un dernier article (n** du 6 septembre), VArgus patriote affirme que, si Brissot est nommé, une scission immédiate se produira entre les colonies françaises et la mère-patrie, car on croira que la France va mettre en pratique le fameux mot : « Périssent les colonies, pourvu que la liberté s'établisse! » Puis, répondant à l'allégation de son ennemi qui prétendait que le rédacteur de VArgus était soudoyé par une bande, Vex-Ga:[etier cuirassé s'écrie : « J'avoue qu'il y a une bande qui m'a décidé à peindre Brissot. C'est le souvenir de la bande de Cartouche, dont les acteurs avaient, comme lui, un chapelet passé en sautoir sur des mains de cire très proprement gantées, tandis que leurs
cards dont Paris était inondé, grâ( vite des agents royalistes, avaient p le corps électoral un certain effet. E les Feuillants avaient obtenu plus d< que les Jacpbins. La cour put croix ment que les chefs du parti républica raient, mais^ du onzième tour de scr\ sot finit par être élu! Il faut voir a rage Morande annonce dans son n 1 2 septembre le triomphe final du « de rimmaculéj du digne Brissot». La était d'autant plus vive que, pendant premiers jours, les électeurs parisier repoussé Brissot par une majorité de en nommant Garaud de Coulon, Cerutti, Lacépède. Morande triomp « Il est plus que probable, écrivait-i renvoi en renvoi, Brissot sera renvo} lendes grecques. L'honneur de la ; législature est attaché à son exclus partie saine du corps électoral est pé cette vérité. » Aussi, quand Brissot pa Morande est atterré et perd un mo:
constance que, le jour où le roi a juré d'observer la Constitution, beaucoup d'électeurs ont voulu voir passer le cortège! Désormais, VArgus ne s'occupera plus que de la vie publique de Brissot et jamais de sa vie privée. En vain, le journaliste à gages cherche à faire bonne figure; il est visiblement décontenancé. Tout lui montre q.ue la monarchie va aux abîmes, qu'elle a perdu la confiance de la nation. L'enthousiasme factice qui a suivi l'acceptation de la Constitution par le roi n'a pas plus duré que les illuminations de Paris. Depuis la déclaration de Pilnitz, la France, soulevée jusque dans ses profondeurs par le grand souffle révolutionnaire, s'indignait contre le double jeu de la cour et contre cette malheureuse reine qui écrivait à son frère, l'empereur Léopold, de ce culbuter » la Constitution au plus tôt. Les hommes modérés s'en vont. Bailly annonçait l'intention de donner sa démission, en avouant, dans une lettre adressée à la municipalité, (( qu'il serait resté à sa place, s'il avait encore la force et les moyens nécessaires pour être utile ». UAr gus diVinonct (n° du 27 septembre) que a MM. d'Ormesson, Freteau et Duport sont sur les rangs pour remplacer le maire de Paris. MM. d'André et Beaumetz sont désignés pour la place de procureur-syndic du dé-
pour Fautre. Ces deux citoyens ont marché sur la même ligne; mais cou ligne n'aboutit ni à la mairie, ni à h procureur-syndic, il est probable que nation des frères cordeliers n^aura pas Cependant l'Assemblée législative le i" octobre 1791. Tout d*abord, affecte d'être satisfait de sa composit masse est sûre, écrit-il; et ce ne sont exagérateurs qui la conduiront, ni crites qui pourront la pervertir. » Et ces exagérateurs et ces hypocrites?
nettement : « Les membres qui sont redouter dans l'Assemblée sont les cœur et les affiliés des Robespierre e tion, parmi lesquels on en remarque c uns dont les exagérations sont si € naires et si extravagantes que l'on a de soupçonner qu'elles ne sont point si Et puis, cette majorité si sûre traite, but, la personne royale avec le plus i dédain. On vote le 5 octobre, sauf à ] le lendemain, que les mots Sire et Me
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rtt rtliie A»v^*>1r^vTA<• At- rvvnj» 1a w^xï
MORANDE ET LA REVOLUTION. ayi
ces de TAssemblée^ qu'un fauteuil placé pareil à celui du président et placé à la gauche. Morande proteste. « C'est dégrader la nation, écrit-il, que de dégrader son chef. » La suppression du décret, obtenue par les Lameth et le président Pastoret, ne faisait qu'atténuer rinsulte. D'autre part, les modérés^ dont la cour repoussait l'alliance avec dédain, se retiraient sous leur tente, inquiets^ découragés. A la suite de la clôture de l'Assemblée constituante, la Fayette avait donné sa démission de commandant de la garde nationale. Dans une lettre du 8 octobre, il avait remercié la milice de son zèle et recommandé au peuple « de ne pas paralyser l'action légale des autorités légitimes ». L'Argus patriote, dans cette circonstance, apprécie le rôle du général avec une équité parfaite : « M. de la Fayette, dit-il, a été attaqué par tous les partis^ l'un après l'autre^ et il se retire regretté et estimé généralement de tout le monde. On Ta accusé d'avoir une grande ambition ; et il vient de prouver que toute son ambition a été de se retirer avec honneur de la scène d'action. Il a réussi à emporter intacte la gloire dont il s'est couvert par une conduite irréprochable et par la fermeté la plus intrépide aumilieu des plus grandsdangers(n°du i3 octobre). » Dans le numéro suivant^ Morande cher-
J7Ï THEVENEAU DE MOKANDE.
che A poser la candidature de la Fayette à la mairie de Paris. En cela, le Gazetier se montrait plus politique que la reine, qui employait le peu d'influence dont elle pouvait encore disposer à soutenir )a candidature de Pétion. Nous allons voir ce qui advint d'une attitude aussi folle.
Certes, si la cour voulait faire sortir l'ordre du désordre, elle devait être satisfaite. L'anarchie était partout. Dans le vieux château des papes, dans la tour sombre de l'inquisition, Jourdan Coupe-Têtes et sa troupe de bandits avaient jeté soixante cadavres; Avignon est glacé de stupeur, h Ceci est la porte de l'enfer, écrit Michelet, la porte sanglante. La voilà maintenant ouverte et le monde y passera, b De la colonie de Saint-Domingue arrivaient aussi des récits de carnage. Blancs et noîrs se fusillent et s'entre-tuent. En France, le flot des émigrants s'élance aux frontières, surtout vers Coblentz ■ la capitale de la France extérieure», comme disaient les royalistes. Mais la voix ' furieuse d'Isnard tonne à la tribune de l'Assemblée, et la guerre commence entre la Révolution et l'Aristocratie. Le roi, tout à l'heure si faible, a un accès de révolte. Il oppose son veto au décret du 7 novembre sur les émigrés, puis à celui du 39 sur les prêtres réfractaires. Mo-
MORANDE ET LA REVOLUTION. ayS
ment critique où la nation s'exalte jusqu'à la fureur.
Que dit Morande dans ce conflit terrible? Il hésite, mêle les louanges aux critiques^ essaie de séparer l'Église de l'État ou plutôt du roi, pour sauver celui qui peut encore reconnaître en espèces sonnantes le dévoûment des journalistes. Avec une habileté rare, le libelliste retors indique à son maître sinon la voie de l'honneur, du moins celle du salut. Rompez, lui dit-il, avec les influences cléricales; ne permettez pas à une secte religieuse d'en opprimer d'autres; proclamez l'égalité entre les ministres de tous les cultes. Les corporations religieuses doivent être bannies, a Quand on sera parvenu^ lisonsnous dans le n® 44 de VArguSj à dissoudre ces terribles corporations, l'on aura assuré le retour de la tranquillité et le repos de la nation française. » Mais, cette concession faite aux idées révolutionnaires, Morande défend avec énergie les principes essentiels du gouvernement. Il s'indigne de la situation intenable que l'Assemblée fait aux ministres, en écoutant les perpétuelles dénonciations qui sont dirigées contre leurs actes : a On a vu, écrit-il, des séances pendant lesquelles tous les ministres ont été dénoncés, sans qu'aucune des dénonciations fût fondée... On se rappelle la morgue des minis-
très de l'ancien régime et l'on cherche à s'en venger sur les ministres constitutionnels...
Personne ne contestera que le temps que font perdre les dénonciations à l'Assemblée ne soit fort à regretter. C'est un vol fait à la chose publique. » Et le journaliste rappelle, en flétrissant cette infraction déplorable à la discipline, que des simples soldats ont dénoncé le ministre de la guerre, à propos des moyens de défense d'une place forte; que des commis, à 600 livres d'appointements, ont occupé toute une séance de l'Assemblée de la critique des travaux de leurs chefs. H réclame des peines sévères contre les dénonciateurs.
En ce qui touche les émigrés, Morande approuve la conduite du roi et le loue d'avoir opposé son veto aux décrets, tout en écrivant à ses frères pour les engager à rentrer en France. 11 affirme que i la nation pense de la même manière ; qu'elle veut être juste et humaine, et sauver les émigrants, si elle le peut, de leurs propres fureurs n. Puis, passant de la défense à l'attaque, l'Argus patriote se retourne contre ceux qu'il appelle ironiquement « les quatre plus grands hommes de France s, c'est-à-dire Corsas, Carra, Condorcet et Brissot. Il leur fait un crime de leurs protestations contre le veto royal et reproche à Brissot « d'avoir trouvé
dignes de son cœur les Jourdan et les Peylavin^ les brigands d'Avignon que les commissaires de l'Assemblée viennent de faire arrêter, après l'occupation d'Avignon par M. de Choisy ».
Enfin il rejette sur ses adversaires la responsabilité de la révolte des nègres de Saint-Domingue, qui « ont pris pour actes de§ apôtres les écrits des Brissot, des Condorcet et des Clavière ».
Si le jugement de Morande eût été entièrement libre, il aurait, à coup sûr, lui l'admirateur de la Fayette et le partisan des constitutionnels, blâmé les absurdes manœuvres de la cour qui, aux élections du 12 novembre, avait assuré le succès d'un candidat pour la mairie de Paris, nettement hostile au pouvoir exécutif. Plus avisé, l'Argus avait prôné de son mieux les titres de la Fayette (n° du 1 2 novembre). Le 23, Morande déplore la nomination de Pétion ; il prétend que l'échec de la Fayette tient à ce que, sur 27,000 électeurs inscrits, 10,000 seulement ont voté. Faut-il avoir grande confiance dans le nouveau maire? Le journaliste ne le croit pas. Il raconte, non sans esprit, que le premier acte du chef de la municipalité a étéde courir au club des Jacobins oli Couthon, président en exercice, l'a chaudement félicité. Ce fut une scène attendrissante. Suivant l'expression de Gorsas : Pétion était si ému qu'il ne put
nouveau maire. Le patriote Du»
la proposition an ti-égali taire, ma Pétion dans ses bras pour le consc deux se remettent à pleurer! Ils ava des larmes. « Ils en versent en si gr dance, lit-on dans YArguSy que, s'ilî de longues barbes, ils auraient ress Tritons sortant des flots. » Pour effusions touchantes, Morande invi s'occuper des trottoirs et des égoul « Un maire de Paris acquerra plu en s'occupant de ces détails essent administration qu'en allant verser à la tribune des Jacobins. 3> Il est p se dévouer à une ville de 800,000 une société de 1,000 à i,5oo per Ga:(etier cuirassé a compris Tincalc sance des Jacobins, dont les 5 ou t dominent la France entière et s'an tout le contrôle du pouvoir exécutil n** du 18 décembre, il dénonce à t triotes cette usurpation redoutable
Je ne blasphémerai point la Conj
MORANDEET LA REVOLUTION. 277
le patriotisme doit arrêter les progrès du mal qui s'y prépare. J'oserai dire aussi (en bravant et les injures et les outrages et les calomnies de tous les instigateurs des désordres, ainsi que tous les insensés et les lâches adulateurs des sociétés perpétuellement révolutionnaires qui se sont arrogé le pouvoir dictatorial) que l'Assemblée Nationale doit prendre le dessus des sociétés qui ont l'audace d'empoisonner l'esprit du peuple. Si le pouvoir exécutif, les gardes nationales, les troupes de ligne et les membres des départements et des districts ne marchent pas courageusement au secours de la Constitution et ne réduisent pas à leur insignifiance les fourbes qui se disent ses amis, ils finiront par entraîner dans l'abîme une nation qui, sans ces sociétés, aurait bientôt repris son rang en Europe. Si les lois ne sont pas respectées et observées, si les gens corrompus conservent leur influence dans les clubs dont ils sont membres, c'en est fait de la nation française.
Ces avertissements ne restaient pas absolument sans écho. On put croire un moment que le club des Feuillants allait faire contrepoids au club des Jacobins. Le 10 décembre, ï Argus annonce avec joie que près de 25o membres de l'ancienne Assemblée se sont fait inscrire au Club constitutionnel, et que 5oo bons citoyens ont imité leur exemple. Mais, dès le 2 3 du même mois, une troupe de Jacobins envahit la salle des Feuillants et force le président
Î7S THEVENEAf DE MORANDE.
à lever la séance- (n* du 28). Voilà les modérés chassés du local oti ils se réunissent et déjà impuissants à repousser la force par la force. Quant à l'Assemblée Législative, elle tremble aussi devant les menaces de la rue et des clubs. Son temps se passe à des niaiseries, quand ce n'est pas à écouter, comme le dit Morande, « des dépositions d'ivrognes et des contes à dormir debout B. Des séances entières sont employées à discuter des pétitions comme celles du laboureurdelaDordognequi avaitpour toute fortune un assignat de 5a livres. Les rats l'avaient rongé, sans penser à mal. Alors un député humanitaire s'empare de cet accident lamentable. 11 apporte sur le bureau de l'Assemblée les lambeaux de l'assignat et demande qu'on restitue au laboureur de la Dordogne l'équivalent de la somme que les rats ont consommée. La chose fut gravement renvoyée au comité de l'extraordinaire. L'Assemblée n'était plus qu'un théâtre, une sorte de Cirque olympique où soldats et civils défilaient successivement, comme ce jour, — c'était le 1 5 décembre, — où Pétion présente àla représentation du peuple tous les nouveaux officiers de la garde nationale. Ils traversèrent la salle au nombre de i,5oo, en deux colonnes; et l'Assemblée traduisit son enthousiasme par des applaudissements frénétiques, surtout lors-
que M. Chéron, député, cria pour la première fois : tt La Constitution ou la mort! »
Morande s'indigne des inepties que des énergumènes venaient tous les jours débiter à la barre. Il s'élève notamment contre Anacharsis Cloots, qui eut Pingénicuse idée de proposer à l'Assemblée de déclarer la guerre à toutes les puissances, et affirma que « la cocarde tricolore et l'air Ça ira seraient les délices de vingt peuples délivrés ». U Argus ne peut admettre qu'on entrave à toute heure Faction du pouvoir exécutif, ni qu'après avoir réclamé à grands cris telle ou telle mesure, on s'empresse de la combattre et de la proclamer anti-nationale, aussitôt qu'elle est acceptée par les ministres. C'est ainsi que le parti avancé avait d'abord sommé Louis XVI de déclarer la guerre à l'Autriche. Dès que le ministre de la guerre, M. de Narbonne, obéit à ces sommations et annonce à l'Assemblée la formation de trois armées, sous les ordres de la Fayette, Luckner et Rochambeau, on fait volte-face, et Brissot, Carra, Robespierre accusent le roi de ne se prêter aux projets belliqueux que pour trahir la patrie. « Voilà le pouvoir exécutif dans une belle position! écrit Morande; Carra, séant aux Jacobins, avait d'abord enjoint aux ministres de se battre. Sur les observations de Robespierre, il
iBo THEVENEAU-DE MOKANDE.
ne veut plus que les troupes franchissent les frontières et oppose son veto à la guerre extérieure. Il est difficile de plaire à ces deux grands hommes, mais il l'est moins de les envoyer aux calendes grecques. A Rome, on les aurait probablement envoyés aux murènes, n Carra, qui, d'après Morande, aurait été décrété de prise de corps pour vol en 1/58 par le bailliage de Mâcon, professait d'ailleurs de singulières idées sur le patriotisme. Dans la séance du club des Jacobins tenue le 5 janvier 1792, n'osa-t-il pas demander la destitution de Louis XVI et son remplacement par le duc d'York, fils du roi d'Angleterre, motion qui, ajoutons-Ic, lui attira une verte réplique et un rappel à l'ordre de Danton.' UArgus, en ce qui le concerne, n'est pas partisan d'une politique d'effacement, mais il estime que, si la France a le droit de main* tenir sa Constitution et son indépendance.contre les attaques venues de l'extérieur, elle n'a pas à intervenir dans les affaires des autres peu* pies. 1 Ceux qui soutiennent, lit-on dans le n" du 21 janvier 1792,1e paradoxe inepte et impolitique que nous devons faire les frais des révolutions de tous les peuples, qu'il faut affranchir tout le genre humain; ces énergumènes... rendent la France odieuse à tous les gouvernements et à tous les peuples de l'Europe... Si
chaque peuple opprimé a le droit incontestable de résister à l'oppression, les Français n'ont pas celui de leur prêcher la résistance^ puisque cette oppression leur est étrangère. »
A rintérieur, la situation était assez menaçante et assez troublée pour absorber l'attention de l'Assemblée et du Pouvoir exécutif. Au début de Tannée 1792, la fermentation croissait d'heure en heure dans la capitale. Des bruits, habilement propagés par Carra, GorsaSj Brissot, Prud'homme, circulaient. On disait que le roi faisait vendre la vaisselle des Tuileries et les bijoux de la couronne, en vue d'une nouvelle tentative de fuite; que les hôtels des ci-devant nobles étaient métamorphosés en casernes, et que le château royal était bondé de chevaliers de Saint- Louis armés jusqu'aux dents. Les calomnies et les dénonciations pleuvent contre les ministres avec un redoublement de rage.
Dans la rue les attroupements se multiplient, sous prétexte que le pain est trop cher. Une foule exaltée jusqu'à la fureur veut piller les boutiques et les magasins des marchands de sucre et de denrées coloniales. Le plus menacé parmi ces commerçants inoffensifs est M. d'André, l'ancien membre de l'Assemblée Nationale, qui demeurait rue de la Verrerie. « Des scélérats, écrit Morande le 29 janvier, ont dit qu'il leur
ïBï THEVENEAU DE MORANDE.
fallait la tête de M. d'André, et on demandait cette tête comme l'on aurait demandé un pain de sucre. » Qui le croirait? Ces rassemblements dangereux furent dissipés pour un jour par une des célébrités révolutionnaires. « La demoiselle Théroigne de Méricourt est arrivée, dit r./lr^«j, et s'est montrée aussi constitutionnelle sur la terrasse des Feuillans qu'elle l'était peu dans la nuit du 5 au 6 octobre 1789. On l'a entendue prêcher le patriotisme et le respect pour l'autorité, ce qui n'a pas peu surpris son auditoire, d Quant au maire Pétion, il laissait faire les hommes de désordre avec un optimisme étonnant. Des propriétaires, d'honnêtes négociants sont menacés du pillage, la garde nationale Impuissante recule devant les huées et les insultes; peu lut importe, il voit tout en bleu et en rose. Dans la séance du 24 janvier 1792, on l'entend débiter un petit discours dont Morande nous donne l'analyse :
I II a peint les tumultes avec des couleurs si douces, son maintien a été si gracieux, il a parlé avec tant d'aménité qu'il a été regardé par tout le monde comme un chérubin de paix. Selon M. Pétion, le peuple n'était que mal à l'aise : il s'agitait cependant... il se rassemblait dans les places... Il a parlé en passant de l'incendie de la Force. Le feu paraît avoir pris d'abord dans l'ap-
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parlement de l'abbé Bardy (qui n'était pas encore transféré, comme on l'avait dit, à la Conciergerie); M. Le Nain, après avoir vérifié que Bicétre et la SalpÊtrière n'étaient point en feu, comme l'on en faisait courir méchamment le bruit, se rendit au faubourg Saint-Marceau, où l'on trouva des gens attroupés qui lui attestèrent, avec l'inquiétude de la probité, qu'ils ne voulaient point piller les magasins de sucre, mais que la hausse de cetie denrée leur causait du chagrin. Il leur conseilla de s'adresser à l'Assemblée Nationale, et ils l'ont fait. Tout ce qui se passait n'inquiétait point M. PétioD. Tout allait bien, selon lui ; le tumulte était apaisé. On cassait cependant encore les vitres lie MM. Cholet et Boscaris; on entourait les magasins de M. Millot et C'°, et l'on avait blessé dangereusement un commandant de bataillon. Mais tout, au reste, allait bien, et ces incidens légers n'empêchèrent pas M. Pétion de dire que la garde nationale était respectée, que la loi retenait tbut le monde, et que la municipalité n'avait point a se plaindre du peuple. > Argus du i5 janvier 1792.
Le journaliste ne prétend pas dire que le maire de Paris reste inactif. Non : pendant que les bas-fonds remontent à la surface et que la tempête populaire se déchaîne, il prend sa plume d'administrateur et libelle un arrêté condamnant à mort « ... les chiens qui seront trouvés dans les rues, passé dix heures du soir ». Cet effort a épuisé le pauvre Pétion, Qu'on ne
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lui demande plus d'actesl Quant aux discours, aux manifestes, aux lettres, il en aurait â revendre. « Depuis quinze jours, écrit Morande le 6 mars, M. Pétîon s'est vu obligé de doubler les travaux de sa place. Si cela continue, ii lui faudra bientôt une demi-douzaine de secrétaires de plus. Il a écrit aux membres du directoire du département : il a écrit par Je même canal au ministre de la guerre. Il fait des discours à la Ville, il en fait à la barre de l'Assemblée Nationale, il en fait aux Jacobins ; il écrit au Journal de Paris. On peut dire que jamais magistrat ne s'est donné tant de besogne et ne fa si bien /iï/(e. Tous les écrits de M. Pétion sont des morceaux d'éloquence achevée; et ce qu'il y a de plus admirable, c'est qu'il n'y a pas une ligne qui ne soit faite avec une aménité qui enchante ses lecteurs, n
Ainsi le sceptique Argus raille la phraséologie déclamatoire du maire de Paris et son inertie en face des hommes de désordre. Mais ce qui est plus extraordinaire, c'est la vertueuse horreur de Morande pour le déchaînement de la presse et de la littérature anonyme, pour le scandale de certaines représentations théâtrales et tes divertissements malsains qu'offraient au public de la capitale les boutiques du Palais- Royal. Lui, le libelliste sans scrupules, le dif-
MORANDE ET LA REVOLUTION. iS?
famateur éhonté, il demande à la municipalité t qu'elle tienne la main à ce que les écrits que l'on publie portent le nom de l'auteur ou de l'imprimeur, et qu'aucun placard ne soit affiché sans ce passeport ». Lui, l'ancien joueur, l'ancien libertin que ses fredaines avaient conduit au Fort l'Evéque, puis forcé à s'expatrier, il s'indigne maintenant contre « la licence de la capitale, il blâme la liberté des théâtres >. n On pensera peut-être, écrit le saint homme, qu'à cet égard les principes de la liberté auront été poussés trop loin, et qu'en multipliant trop les théâtres, on s'écarte desprincipesde la régénération des mœurs, qui sont tout aussi nécessaires queks lois à une nation libre. > Les plaisirs faciles du Palais-Royal lui inspirent une tirade indignée que n'eût pas renié la chaire chrétienne : « Il vient de s'ouvrir dans ce moment-ci un nouveau théâtre qui réunit tous les genres de corruption et qui se trouve placé au milieu du cloaque de tous les vices : c'est du Cirque du Palais-Royal que j'entends parler.
Ce n'était pas assez que le jardin fût entouré de deux cents boutiques surmontées de quatre étages chacune, oii l'on trouve à la fois, dans la même maison, des bureaux d'escroquerie, des clubs de jeuXj des cavernes de voleurs, des mauvais lieux. L'on a voulu renchérir sur ces
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horreurs, et le cirque est devenu la table des matières des deux cents arcades qui l'environnent. On trouve bien çàettâj dans le Palais- Royal, quelques boutiques honnêtes et quelques appartements habités par des gens déplacés, mais plus des troisquarts des appartements sont des repaires oQ la jeunesse inexpérimentée trouve l'occasion prochaine de se ruiner et de se pervertir, b L'Argus invite la municipalité à prendre des mesures de salubrité publique, et à faire disparaître les 4,000 maisons de jeux qui existentà Paris; le Palais-Royal, à lui seul, en contient de 12 à i,5oo.
Après ceséchappées sur l'administration intérieure de la France et sur la situation de Paris, Morandc revient à la politique générale. La guerre contre les puissances devenait de plus en plus probable. En recevant, le 14 janvier 1792, le ministre de France, le roi de Prusse avait affecté l'attitude la plus blessante. Une partie du ministère de Louis XVI, notamment Narbonne et Cahier de Gervillcj poussait le roi aux résolutions énergiques. Le ministre des affaires étrangères^ Delessart, cherchait au contraire à réagir contre les projets belliqueux. Quant à Morande, il paraît se ranger du côté des partisans de la paix, et témoigne peu de confiance dans la discipline de nos troupes : « Les deux
partis extrêmes, écrit-il le 6 mars 1792, ont chacun une chance, si nous avons la guerre. Les républicanistes et les Orestes de l'ancien régime se flattent que, dans un incendie géné< rai, ils trouveront le moyen d'arriver à leur but. Les patriotes qui ne veulent que la Constitution croient avec raison que leurs espérances sont plus solidement fondées sur la défaite des exa* gérésdans tous les sens que sur les conséquences d'une invasion sur le terrain des puissances étrangères. Pour&ire la guerrechez les autres, et la faire sans fouler le peuple, il faut y porter de l'argent. Pour la faire avec succès, il faut y conduire de l'artillerie et des troupes disciplinées qui ne se laissent point enlever. Ce n'est pas le courage qui manquera aux Français...
11 ne s'agit pas seulement de conduire des hommes braves au combat; il faut qu'ils y marchent avec ordre, qu'ils n'aient qu'une volonté et qu'ils ne forment qu'un ensemble, n
Telle était évidem ment l'opinion du roi , lorsqu'il redemandait son portefeuille à M. de Narbonne. Le ministre de la marine, Bertrand de MoUeville, en désaccord avec Narbonne, tomba par compensation. Quant à M. Delessart, ministre des affaires étrangères, l'Assemblée, par décret du 10 mars rendu sur la proposition de Brissot, le mettait en accusation pour avoir trahi
iciuA uu cxagcrcs 5ur x ciai au Toyi sart, arrêté le même jour, fut cond par deux officiers et six gendarme plaça par Dumouriez. Les autres n stitutionnels ou Feuillants, Gervill Tertre et Tarbé, rentrèrent dans 1 Morande juge sans passion et ne tesse les ministres remplacés, ain successeurs. « Depuis si longtemps du 5 avril, le gouvernement était sa marche, que le roi a jugé nécess^ et au repos de TEmpire de choi nistres qui jouissent de la confiai!
dominant. » M. de Narbonne avai talents, mais il n'avait pas été « fo: par Texpérience t). On aime à croire lessart est innocent des fautes qui 1 putées, mais il aurait dû changer usages de la diplomatie, et ne ps silence sur certaines dépêches partie mouriez, le nouveau ministre des af gères, a une grande popularité; i servera-t-il ? Clavière, nommé nr finances, n'insoire nas imp aranAé^ •
que d'habile braconnier il devienne un gardechasse intrépide ', il méritera que l'on oublie lesccartsde sa trop longue jeunesse.» Morande, par d'autres motifs, n'apprécie guère le nouveau ministre de l'intérieur, l'intègre Roland, dont la capacité lui semble douteuse, a Nous sommes arrivés, écrit-il, à l'époque oti nous avons plus besoin de talent que d'hommes irréprochables. »
Un ministère composé d'hommes de génie n'eût pas été de trop, en effet, pour faire face à la situation. Du 3 au 8 mars, les séances de l'Assemblée Législative furent, en grande partie, consacrées à entendre la lecture desdépéches qui annonçaient les plus graves désordres sur toute la surface du territoire. A Étampes, une troupe de brigands assassine, en pleine place publique, le maire Simoneau qu'abandonne son escorte de 80 cavaliers du i8' régiment. A Verneuil, 5,000 anarchistes occupent le marché et dévastent les campagnes. A Corbeil, à Mont- Ihéry d'autres bandes taxent les grainset fontla loi aux autorités. 4,000 hommes, sortis du fau- 1»urg de Marseille, ont chasse d'Aix le régiment Ernest. Malgré son optimisme d'emprunt, Mo-